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đź’śđź’ś LES FLAMBOYANTES de Robin Wasserman

RESUME  

ISBN :978-2-213-70666-5
janvier 2018
Ă©ditions Fayard

Au lendemain d’Halloween 1992. Le village de Battle Creeks, et surtout l’enceinte du lycée est en émoi par le suicide de Craig Ellison, d’après le cadavre retrouvé en forêt. La popularité de l’adolescent tient surtout à sa relation avec la coqueluche du lycée Nikki Drummond.
Dans cette ambiance troublĂ©e, Hannah Dexter, se fait aborder par Lacey Champlain oĂą une amitiĂ© bien particulière va naĂ®tre entre les deux adolescentes. Ă€ part leur dĂ©fiance Ă  la fameuse et prĂ©tentieuse Nikki Drumond, tout les oppose : 

«Lacey Champlain avait des cheveux sombres coupés au carré, des boucles d’un noir presque pur qui lui encadraient le visage façon années 1920. La peau pâle et les lèvres rouge sang, comme s’il lui était inutile de jouer les gothiques, car elle l’était naturellement, vampire de naissance. Elle avait les ongles de la même couleur que les lèvres, de la même couleur aussi que les godillots à lacets qui ceignaient ses mollets et avaient l’air faits pour la baston. Contrairement à moi, qui n’étais qu’un assemblage maladroit de monticules et de cratères, elle était dotée de ce qu’on pouvait raisonnablement appeler une silhouette, vallées et collines harmonieuses qui pointaient toutes dans la bonne direction. »

Adolescente effacée, Hannah devenue Dex sous l’influence de Lacey va se transformer en rebelle et effrontée où seul son père semble séduit par leurs extravagances, un rappel de sa jeunesse. Mais les nombreux défis où se mêlent alcool, drogue, et jeux sexuels ou blasphématoires que les deux jeunes filles se lancent les sépareront : Lacey sera internée dans une maison de correction pour la remettre sur le droit chemin tandis que Dex subira les conséquences humiliantes d’une soirée entachée à cause de son comportement honteux et dépravé.
Et c’est au moment de cette sĂ©paration que la parfaite Nikki Drummond (voir une fille comme ça. Une bĂ©nĂ©diction. Mais c’était pour se rassurer, tout simplement : ces mères n’étaient en rien responsables de l’infĂ©rioritĂ© de leur progĂ©niture, pas plus que Mme Drummond une fille en or) viendra cueillir l’amitiĂ© de d’Hannah, car elle aussi connaĂ®t l’influence nĂ©gative que peut avoir Lacey, et c’est le fruit d’un lourd secret… 

MON AVIS

 Je remercie avant tout NetGalley et les Ă©ditions Fayard de leur confiance pour ce SP.
Le rĂ©cit nous immerge dans cette amitiĂ©-amoureuse sulfureuse oĂą la psychologie des uns influe sur celles des les autres ; les relations se jouent d’un trafic d’influnce – souvent mauvaise-. On aborde les curiositĂ©s qui animent certains adolescents, insouciants et inconscients du caractère irrĂ©versible de leurs expĂ©riences. La violence, la cruautĂ©, l’absence de scrupules et de compassion est le lot commun de cette population Ă  Battle Creek.
L’amitiĂ© entre Lacey et Dex exclusive, avec cette volontĂ© illusoire de tout quitter pour du mieux avec ce risque d’enfreindre les lois, n’est pas sans Ă©voquĂ©e Telma et Louise. La diffĂ©rence du film des annĂ©es 90 prĂ©sentent des protagonistes adultes qui fuient une insupportable rĂ©alitĂ© conjugale. Les deux adolescentes des Flamboyantes subissent elles aussi les contraintes familiales difficiles : pour Lacey, et dĂ©laissĂ©e par une mère soumise Ă  un beau-père arrogant et violent ; pour Anna, jeune fille insipide ainsi dĂ©finie :
La dépositaire des attentes de mes parents et la preuve vivante de leurs déceptions. J’étais Hannah Dexter, médiocre à tous points de vue, bien engagée sur les rails d’une vie ordinaire, et à peine assez maligne pour que ça me pose un problème.
 Les chapitres s’alternent de la narration des deux filles mais l’emprise malsaine de Lacey transparaĂ®t telle celle d’un gourou qui va l’emmener au Nirvana.  On ne peut qu’éprouver une certaine pitiĂ© envers Dex qui se fait manipuler, consciemment et avec son consentement entachĂ©e Ă  ce point d’une personnalitĂ© dĂ©nuĂ©e de texture.
L’idée de mort, de violence, de lieux sombres tout le long du roman sera renforcé par les allusions et références au groupe Nirvana et à son chanteur suicidé Kurt Cobin adulée par Lacey.
L’auteur apporte de l’oxygène au lecteur en lui soumettant un troisième personnage aux antipodes des deux prĂ©cĂ©dentes adolescentes avec la « parfaite » Nikki Drumond : Elle apparaĂ®t lumineuse, sĂ»re d’elle-mĂŞme et de ses valeurs, aimĂ©e et admirĂ©e par ses parents et entourĂ©e d’amis.
 
 Mais la lĂ©gèretĂ© du roman sera fugace avec l’amitiĂ© tout aussi malsaine entre Hannah et Nikki. Leurs relations restent troubles et menacĂ©es Ă  cause de secrets sordides marquĂ©s d’un passĂ© enfoui mais jamais oubliĂ©. La disparition de Craig plane dans les esprits et ressurgit sous la pression des leurs jeux  Ă  connotation sulfureuse. L’ambiguĂŻtĂ© des relations s’amplifiera jusqu’à un paroxysme incroyable, bien entretenue par l’auteur.
L’univers des adolescents n’est ici en rien guidĂ© par les adultes censĂ©s les orienter pour mieux se construire. Les parents restent Ă©trangers aux Ă©vènements, au contraire l’image parentale normalement inflexible et rassurante fait dĂ©faut, contrits dans leur impuissance face aux menaces de la sociĂ©tĂ©. Le rĂ´le peu glorieux des parents expose leurs failles, rĂ©percutĂ©es sur leur progĂ©niture mĂŞme s’ils leur souhaitent le meilleur.
Ma note sĂ©vère condamne surtout la noirceur trop prĂ©gnante du rĂ©cit et la psychologie des personnages m’ont dĂ©rangĂ©e ; je suis rĂ©fractaire Ă  cet univers de personnages dĂ©jantĂ©s.
La lecture des 330 pages est facile : L’écriture est fluide, et agrĂ©able. Heureusement, car le fond est parfois difficile Ă  supporter. Je ne conseillerais pas cette lecture Ă  tout le monde ; je dissuaderais aussi aux adolescents en quĂŞte d’identitĂ© ou aux parents en conflit avec eux, et aux lecteurs en proie aux idĂ©es noires.

Et vous, que pensez- vous de la chronique ? Avez-vous lu le livre, d’accord ou pas d’accord avec moi ? N’hĂ©sitez pas Ă  laisser un commentaire…

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