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❤ LES TALONS ROUGES d’Antoine de Baecque

RESUME
Editions : Stock
23/08/17

Quatrième de couverture

Juin 1789. L’Ancien Monde bascule, entraînant dans sa chute une partie de la France d’autrefois. Les Villemort forment une longue lignée d’aristocrates, un clan soudé par l’idée ancestrale de leur naissance supérieure, de leur sang pur, un sang dont précisément cette famille se délecte. Les Villemort ces « talons rouges » sont aussi des vampires. Respectables mais assassins. Deux d’entre eux veulent échapper à l’ordre familial, renoncer au sang de la race pour se fondre dans la communauté des égaux. Ils sont les héros de cette fresque folle, ce roman oscillant entre le fantastique et le réel des journées révolutionnaires. Voici William, les revenus de l’Amérique, qui a pris là-bas, le goût de la liberté et la cause des esclaves affranchis, s’entourant d’une garde couleur ébène. Voici Louis, le neveu exalté, beau, révolutionnaire, épris de Marie de Méricourt jusqu’à lui donner la vie éternelle. Comment échapper à la malédiction venue du fond des âges ? Comment renoncer à faire couler le sang quand le peuple républicain défile, assoiffé, appelant au sacrifice de ces ennemis ?

Mon résumé

Juin 1789. Dans cette ancestrale famille aristocratique des Villemort, la tradition veut réunir tous les dix ans autour du patriarche Henri les nombreux membres cette famille au blason au sceau de la salamandre au croc de loup. Une longue lignée profite de ses privilèges dus à leur rang. Henri, le patriarche courtisan du roi Louis XVI reste respecté par les siens, malgré sa responsabilité dans la malédiction familiale marquée du sceau du vampirisme. Abreuvés de sang, ils sont capables d’immortalité.
Au sein de cette famille bien cosmopolite, William le fils d’Henri, convaincu de la cause anti-esclavagiste à son retour du Nouveau Monde, a gagné sa popularité dans les mouvements de la Commune dont les idées neuves séduiront et envouteront son neveu Louis :
 William dominant, soldat par et avocat à ses études était un homme de mérite. Il chérissait cette vertu nouvelle, qui renvoyait le passé d’une France ancienne que les privilèges et les situations héritées. Son idée que le mérite allait au talent, non à la seule naissance, pouvait être partagé par tous, du moins par ceux qui s’étaient donné une éducation. À l’aristocratie du privilège devrait succéder une aristocratie de mérite.
William et Louis en symbiose dans leurs convictions politiques tenteront de rompre avec l’histoire pour s’écarter des principes séculaires ; de surcroît, ils essaieront, de s’émanciper de leur nature vampirique.
Dans Paris socialement troublé par une agitation sous-jacente dans la capitale, William et Louis vont rallier la cause de Sieyès et vont rejoindre l’Assemblée nationale. Pendant ce temps, leur famille va quitter leur appartement du Marais pour se réfugié dans leur château de Parisi, affronte les rouges qui s’acharne sur le sang bleu et la tête des aristocrates ; Henri et sa femme Ewa vont ainsi voir périr leur fils Amaury et sa fille Eugénie. L’ampleur des violences répandues stimule Henri de Villemort conservateur dans l’âme, pour défendre le règne de roi Louis XVI ; il va jusqu’à suggérer une stratégie pour sauver la monarchie ou du moins, sa tête…
De leur côté William et Louis poursuivent leur carrière politique. Louis, populaire, deviendra député de Paris et suivra les plans de Robespierre. Avec son environnement amical et bientôt familial puisque les parents de sa fiancée Marie de Méricourt défendent la cause nationale et coupera définitivement les ponts avec sa famille.
Mais William, pourra-t-il parvenir à renoncer avec succès sa nature de vampire ?

L’auteur (Source : Babélio)

Antoine de Baecque est un historien de la littérature, un critique de cinéma et de théâtre et un éditeur français.
Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud (lettres), il est spécialiste de histoire culturelle du XVIIIe siècle. Il enseigne à l’Université de Versailles.
Mais il a aussi édité de nombreux articles et ouvrages sur le cinéma français, en particulier sur François Truffaut et l’histoire de la revue Les Cahiers du cinéma, dont il a été rédacteur en chef.

MON AVIS

Ce que j’ai aimé

L’écriture du roman agréable et fluide rend une lecture aisée c’est une qualité. Cet ouvrage est un premier roman qui promettait beaucoup.

Un roman dont le déroulement s’inscrit sous le signe la Révolution  une période clé de l’histoire de France, est plaisant car souvent, notre connaissance sur le sujet, remonte à nos souvenirs scolaires, parfois flous ou vagues dans les détails. Ici, cet ouvrage est l’occasion de l’aborder de manière moins didactique. La qualité d’historien de l’auteur gageait d’un certain enseignement, une certaine ressource culturelle et pourtant, il ne faut pas tout prendre pour argent comptant.

Ce que j’ai moins aimé

Le choix d’A. de Baecque d’orienter sa narration sous un éclairage du genre « fantastique » m’a un peu déstabilisée.  L’idée d’une famille de vampires, de surcroît de souches aristocratique dans le contexte révolutionnaire marque l’originalité. Cette fantaisie aurait pu s’accorder à un roman historique mais ici, le résultat est déroutant : l’amateur de fantastique, ou de gothique, restera sur sa faim car au final ces vampires font pâle figure par rapport aux images d’Epinal traditionnellement véhiculées dans le domaine : ici, leur intégrité physique est facilement mise à mal par leurs ennemis, elle peut les tuer facilement… rien d’invincible mais sanguinaires quand-même.

Or, ici le traditionnel lecteur de romans historiques, l’amateur de faits et de vécus de personnages ayant réellement existé sera lui aussi désappointé car difficile de faire la part du faux et cela ternit la lecture. Par exemple : le peintre David, a bien existé mais pas Lavis, l’ami de Louis et William.

En choisissant le prisme du vampirisme dans une société dépravée, l’auteur s’est fourvoyé en nous imposant des scènes sordides, morbides, imbibées de sang. Les amateurs de ce thème resteront pantois car au final, à part les allusions au sang les vampires peut-être immortels en théorie présentent nombre faiblesses humaines. Leurs atteintes corporelles peuvent devenir mortelles, et la dégradation physique de William n’est pas sans rappeler celle des gueules cassées de la Grande Guerre.

L’auteur aurait pu éviter aussi de nous infliger des scènes de luxure sordides dans une société pénétrée de libertinage. Les scènes de sexe obscènes avec un caractère presque pornographique n’apportent rien à l’histoire. Aucun intérêt pour l’Histoire ici.

Pour le titre : les talons rouges et un jeu de mot avec « l’étalon rouge » en rapport avec le sang rouge, le rouge révolutionnaire ? et là, j’en appelle à l’auteur ou à quiconque de moins inculte que moi pour m’éclairer. Mais cette lacune est réparée grâce à un commentaire à la fin de l’article que je vous recommande de lire.

La valeur de ce livre tient au déroulement de la révolution avec l’installation de la période de Terreur qui s’en est suivie. Pour qui ne s’y est jamais intéressé avec précision, les rôles de Danton, de Robespierre, des Jacobins, des Cordeliers demeurent lointains et emmêlés dans une confusion totale où tous ces groupes interfèrent entre eux pour la cause de la Nation.

  là on s’engage, on s’oublie, on se précipite, et on plonge dans un autre fleuve, non pas celui qui ramène au passé et celui qui emporte tout sur son passage et transporte.

La description du massacre du Champ-de-Mars est instructif, mais dommage qu’il soit narré par l’intermédiaire d’un personnage fictif comme Louis de Villemort à qui l’auteur accorde un rôle prédominent. En revanche, Le député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau a véritablement existé avec cette même fin tragique (que je vous laisse découvrir dans le roman…), l’existence des Méricourt a bien été rapporté mais, ici, avec quelques inexactitudes suggérées par quelques digressions de l’auteur. A. de Baecque a aussi fait revivre Alfonse Martainville, fervent royaliste de cette période.

Ce que je n’ai pas aimé

Il faut considérer cet ouvrage comme pure fiction fantastique pour ne pas être déçu.

Cette manière d’assortir l’Histoire avec des anecdotes réelles avec des inventions pures et des personnages fictifs donnent un résultat confus au lecteur. Les amateurs d’histoire iront chercher quelque bride de renseignement pour les compléter car c’est l’intérêt d’un livre de susciter des interrogations et de nourrir une curiosité mais la lassitude le gagne à force de vérification pénible. Du coup, à douter de la confiance accordée à l’auteur, on en devient dégoûté.

Mais comme pour chaque ouvrage, tout est affaire de goût…

Vous pouvez vous procurer le livre ici par exemple, pour le découvrir. N’hésitez pas à ensuite revenir après votre lecture, me contredire !

Des citations à remarquer :

Au seul mot de nation, bien des figures antiques frémissent ; et plus encore lorsque que Louis assène, caustique, confortée par son oncle William : « les députés du privilège gagnent en se dépossédant eux-mêmes de ces vieilleries, leurs fonctions sont agrandies quand leurs titres en sont raccourcis ! » Lui-même a déjà donné l’exemple en renonçant à sa particule. Il se fait désormais nommé Louis Villemort, « Villemort tout court ».
 « on ne peut régner innocemment »
[…] une procession, où le cortège accompagne le char funèbre ; la déposition dans un tombeau que la République a créé spécialement, le Panthéon, où elle enterrera dorénavant ces « grands hommes ».
Merci de notez la chronique selon vos envies. Avez-vous lu le livre ? N’hésitez pas à laisser un commentaire…

Reader Comments

  1. Bonjour,
    je viens de lire votre critique, et j'espère pouvoir apporter une réponse à un de vos questionnements. Les "talons rouges" sont une marque de la noblesse, seuls les aristocrates et courtisans pouvaient en porter.
    Pour la petite histoire, il paraît que c'est le régent Philippe d'Orléans qui en marchant dans le sang aurait teinté les talons de ses souliers, lançant involontairement la mode des talons rouges parmi les courtisans.

  2. Un vif merci à cet éclairage instructif. Cette contribution opportune et d'un grand intérêt illustre qu'il y a toujours à apprendre de la lecture, et de l'échange qu'elle peut susciter. L'appréciation enchantée ou modérée peut ainsi être contredite, discutée ou étayée. Merci à vous encore de votre visite et de votre commentaire !

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