Les souvenirs d’une femme exceptionnelle poussent l’auteur Ă s’intĂ©resser Ă l’histoire de sa Grand-mère et Ă la transmission familiale.

01/26
192 p.
Résumé
Ă€ l’enterrement de sa grand-mère dont il Ă©tait très proche, Vincent Joury rĂ©alise que finalement, il connaĂ®t mal l’histoire familiale de cette femme. La force de caractère de Berthe plus puissante que les vicissitudes de l’existence a gommĂ© les traces de blessures enfouies. Elle ne s’Ă©panche jamais.
Alors, l’auteur entreprend une enquête dans les archives de l’administration française pour mieux comprendre celle qui a tant compté dans sa vie jusqu’à son adolescence. À travers Berthe, on suit l’itinéraire depuis la fin du 19e s,, d’une famille fuyant les hostilités règlementaires à cause de leur origine juive. Mais surtout, il s’agit d’observer comment la résilience permet d’accéder à une réussite méritée à force de travail et d’opportunités saisies.
Mon impressionÂ
Avec dignité, par pudeur ou pour oublier, Berthe avait tourné la page noire de l’Histoire. Et pourtant il semblerait qu’il faille être vigilant pour que ce chapitre ne se rouvre pas.
Cet ouvrage rĂ©confortera toutes les grands-mères qui s’attachent Ă offrir des parenthèses enchantĂ©es Ă leurs petits-enfants. A toutes celles (Nanou Granny…) qui s’évertuent Ă occuper les enfants de leurs enfants de manière plaisante. La mĂ©moire, les sentiments et la curiositĂ© feront le reste. Ces soupçons de magie fugaces agrĂ©menteront les souvenirs doux d’adultes mĂŞme si les relations peuvent se distendre Ă leur adolescence. A l’instar de l’auteur qui se les rappelle et les partage.
D’oĂą sa recherche historique sur des pans inconnus dans sa branche paternelle. En fuyant la Pologne, pour l’Europe puis la France au dĂ©but 20e, les parents de sa grand-mère pensaient Ă©chapper Ă un Holocauste qui se profilait sur les cartes de gĂ©opolitique. Un parcours difficile, risquĂ© jusqu’à la fin de la 2e Guerre mondiale. Ă€ partir de l’émigration, leur acculturation Ă la France explique le succès d’une intĂ©gration totale sur la terre d’accueil permettant des ambitions professionnelles. Puis le rĂ©cit de V. Jaury se concentre sur Berthe, oĂą l’auteur s’inclut lors de sa naissance en 1975, dans cette biographie lĂ .
Et de fait, l’auteur dresse un portait des membres de sa famille, une petite « saga » sur plusieurs générations. Réaliste, le tableau n’épargne personne, mais tous visent la réussite par l’opiniâtreté à s’intégrer, et à garder confiance dans leurs valeurs.
La lecture de ce tĂ©moignage fait du bien, car 192 pages se lisent en quelques heures comme un roman historique sous la plume d’une Ă©criture fluide. La personnalitĂ© positive de Berthe illustre un exemple de rĂ©silience. Son vĂ©cu nous invite aussi Ă des rĂ©flexions sur l’âge, la vie, la filiation.
Quelques citations qui m’ont touchĂ©e
Ce lien à demi partagé en dit long sur un trait de caractère de ma grand-mère : l’envie n’existait pas chez elle. Elle n’était pas envieuse, non en raison d’une humilité dont elle aurait tiré une vertu, mais plutôt parce que s’estimant supérieure d’intelligence et de culture, elle n’avait à  envie à personne.
Tu seras lecteur mon petit-fils ! Jusque-là , parce que j’étais adolescent mais aussi parce que d’une génération sans contour ferme, Déboussolée, ma vie manquait de cap, ma grand-mère pour qui le livre devait être ma pierre angulaire borna mon avenir, l’articula définitivement.
Mieux vaut vivre avec le risque de mourir jeune que de mourir en regrettant de ne pas avoir vécu la vie choisie
Injuste, je lui demandais l’impossible : Qu’elle reste cette personne tout à sa tâche de m’aimer, alors qu’elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Longtemps j’avais pensé que notre Indéfectible lien durerait jusqu’à sa mort. Erreur : la vieillesse change les êtres.
Ma grand-mère m’apparaissait comme un chef d’orchestre, dans cet aimable tableau de guerre bourgeois, menant Ă la baguette son petit monde, et le Père NoĂ«l Ă mes yeux n’Ă©tait autre qu’un prolongement d’elle-mĂŞme. Je l’aimais, que dis-je, je l’adulais encore plus que d’habitude : elle Ă©tait mon Dieu d’un soir.






