Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

LÀ OÙ DORMENT LES MONSTRES de Radu Gavan

Donner des cours au fils d’un mafieux avec des aspirations d’écrivain est une manne pour un pauvre universitaire.
Or, l’élève n’est pas doué.

Rafael editions
01/ 2026
192 p.

Résumé

Anton, professeur de littérature à la faculté, hanté par la mort de sa femme, tente tant bien que mal d’offrir une vie décente à sa fille. Un jour, par l’intermédiaire d’une fréquentation « de troquet », un mafieux du coin lui demande de donner des cours particuliers à son fils qui se sent avoir des prédispositions pour l’écriture. Le modeste universitaire voit en cette manne substantielle un moyen inespéré de sublimer rapidement son existence, et de choyer sa fille. Mais rongé de scrupules et d’impatience, il oublie les racines polymorphes des dangers…
En parallèle, se déploie le récit sombre d’un garçon aux prises avec un monde de cruauté.

Mon impression : aspirations d’écrivain 

Contrairement à ce que la couverture – dont j’apprécie d’ailleurs beaucoup le graphisme – laisse présager, le roman est teinté de noirceur. En effet, elle est portée par le narrateur. Sa culpabilité et les scrupules sabotent sa vie depuis le décès de sa femme. Du début jusqu’à la fin du récit ces sentiments exacerbent la colère et l’énergie de Anton. Aujourd’hui, comme pour se racheter une morale, et compenser le manque affectif de sa fille, il se focalise sur le bonheur matériel de sa fille. 

En écrivain qui n’a jamais été au bout, Anton illustre celui qui n’a jamais écrit de livre véritable. Et pourtant, c’est lui qui conseille et guide le fils du mafieux pour que ce dernier le devienne. Alors, le sentiment d’être un imposteur l’envahit, et encore plus devant les progrès invisibles de son élève. 

Les jeunes personnages apportent lumière et chaleur. Au lecteur et surtout au narrateur Anton. Que ce soit sa fille avec ses joies et ses désirs naïfs d’enfant. Ou que ce soit l’enthousiasme du fils du mafieux. Mais en filigrane dans des chapitres plus dramatiques se profile l’expérience douloureuse d’un adolescent. Même si l’on a du mal au premier abord, à lier ces passages au récit, on les comprendra plus tard, patience…

En ce qui concerne les adultes, leurs dialogues s’harmonisent à la perfection avec leurs caractères, et leur statut social pour mieux se représenter les scènes. D’ailleurs les descriptions précises de l’environnement, du cadre ou des mouvements procurent un réalisme très perceptible à la lecture.
Pourtant dans ce tableau panaché, se glisse tout un éventail d’introspections, de ressentis drapés d’un vocabulaire imagé. Au lecteur de se les représenter mentalement au gré de sa sensibilité. Mais ce suggestif édulcore avec délicatesse la dureté de la violence rencontrée ici ou là.

Pourtant et les aspirations d’Anton le poussent à supporter le poids du quotidien, et ses rêves, ses songes éclairent ses ruminations nocturnes.

J’ai beaucoup aimé

L’étude des personnages est parfaitement établie, sans manichéisme, chacun suscite de l’empathie. J’ai apprécié leur diversité et leur cohérence.

J’ai moins aimé

La noirceur du roman. Je vous conseille de privilégier cette lecture lorsque tout va bien dans votre vie.

L’auteur 

Radu Găvan est un auteur roumain comme C. OzonS. Ferrante (chroniquées sur le blog) . Il est l’auteur de cinq romans, d’un recueil de nouvelles et d’un recueil de poésie. Dès ses débuts littéraires en 2014, il reçoit le Prix « Mircea Ciobanu » de l’Union des écrivains de Roumanie pour Exorcizat (Exorcisé), un roman inspiré de son expérience professionnelle d’agent immobilier. L’ouvrage est également sélectionné au Festival du Premier Roman de Chambéry.

Citation

Je connaissais les ingrédients, je savais à peu près ce qu’un roman captivant devait contenir, j’avais la recette sous les yeux, pour ainsi dire… mais il me manquait le talent pour mélanger toutes ces épices qui donnent le goût merveilleux d’un bon livre.

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