Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

LA GARDIENNE de Sonja Delzongle 💜💜💜💜💜

De voir sa famille éclatée, Gerda, est responsable malgré elle du sort de sa soeur et de leur sécurité. Mais qu’en est-il advenu de Rune ?

Fleuve éditions
02/26
435 p.

Résumé

L’éducation de Frode le père de la famille Olsen dictait à ses filles d’agir comme un garçon en toutes circonstances. Ainsi, la cadette Rune avait été tabassée par ses camarades d’école pour un comportement inapproprié selon les codes sociaux normaux. Pourtant sa grande sœur, Gerda, pas très éloignée des lieux, aurait dû veiller sur elle pour éviter ça. Alors, après le harcèlement dont a été victime la fillette, les Olsen ont fui Lille pour le Morvan. 
Sur cette immensité boisée et isolée, surnommée la Petite Norvège en souvenir de sa Norvège natale, Frode Olsen avait convaincu sa femme Mathilde et sa famille de vivre en autarcie, possible avec la pêche, la chasse, la nature, mais aussi grâce à l’héritage du grand-père. Frode transmettait inlassablement à Rune, son acolyte exclusive, l’art de pouvoir subvenir à ses besoins dans la forêt. Conquise, la petite adhérait à ses idées tout en se détachant de sa grande sœur. Jusqu’au jour où, à la suite d’un accident, Rune a dû être imputée du pouce. Alors, celle-ci, prostrée dans une convalescence qui s’éternisait, contraignit Frode à poursuivre seul sa tâche d’alimenter sa famille de ressources naturelles. Cependant, l’inquiétude de l’avenir matériel incertain accentuant son tempérament impétueux et instable poussa le père et mari colérique au féminicide.
Or, en parallèle avec cette vie sauvage et rudimentaire, dans le secteur, des jeunes filles victimes du serial killer le « collectionneur » disparaissent régulièrement. Une aubaine : en dénonçant leur père comme étant  le prédateur recherché, Gerda et Rune s’en débarrassaient. Mais avant que les services sociaux ne prennent à charge les deux enfants encore mineures, Rune se volatilisa dans les bois.
Une nouvelle destinée s’offre à Gerda, mais laquelle, sans sa sœur ? Avec bientôt l’espoir détruit de revoir sa cadette puisqu’un cadavre calciné au pouce amputé a été retrouvé dans l’espace de chasse de Rune. Comment vont réagir Gerda, puis Frode ?
Et le mystère s’épaissit lorsqu’une décennie plus tard, Lise Chance rouvre le dossier, et découvrir que Rune serait encore vivante.

Mon avis : 

Mes vifs remerciement pour le service de presse à Fleuve Editions et Netgalley.

Je présente toutes mes excuses à l’autrice pour mon modeste résumé loin de rendre justice à la densité du récit, dont le développement fourmille de rebondissements. Rendez-vous-en compte : les éléments que je vous ai rapportés représentent seulement un tiers de ce roman noir. Quelle imagination !

Difficile de compter près de 450 pages relater autant des revirements de situations (on part d’un huis clos forestier pour évoluer dans les trépidations de la civilisation urbaine d’un commissariat …), des coups de théâtre (des morts brutales ou des blessures non pansées, des identités mouvantes), des manipulations psychologiques, pour dérouler un suspense palpitant… jusqu’à la fin.

Le scénario met en scène des personnages à des époques différentes, alors pour une meilleure structure de l’intrigue, les chapitres annoncent les flashbacks mentionnant l’année.

La couverture du livre, fidèle à une ambiance sauvage, hostile et glaciale, nous met en condition de pénétrer dans la rudesse du climat de la Franche-Comté, et peut-être donc, indirectement, dans la rigueur de la météo de la Norvège… où, avec justesse, le vocabulaire imagé décrit la faune et la flore, l’univers des Olsen. Une touche poétique sublime le suspense régi par l’agissement sordide des protagonistes.

Les personnages, particulièrement bien campés, sont diversifiés. Et par bonheur pour les lecteurs, la bienveillance des uns compense la noirceur des autres. Ainsi, on en aime certains, on en admire d’autres, et on en déteste plusieurs. On apprécie surtout la droiture et la force de Gerda, la gardienne du bien et du mal. Même si la peur est toujours présente à son sujet.

La plume fluide et glaciale de l’auteur accompagne notre héroïne Gerda dans ses choix difficiles. Immanquablement, la question nous vient : comment aurais-je moi-même réagi ?

Une lecture qui marque les esprits et ne laisse pas indifférent.

Ce que j’ai aimé :

La dérive de l’éducation du « non genré », même si cette position défendue est anecdotique dans cet ouvrage.

Citations

De grosses racines en tortillon sortie de terre, évoquant des tentacules, des nœuds dans le tronc qui rappelaient une paire d’yeux, une écorce plus ou moins rugueuse, des branches plus basses, le lichen formant une barbe grisonnante, le tronc épais et trapu ou, à l’inverse la silhouette gracieuse et onduleuse presque féminine.
Son cœur était-il de pierre ou avait-il emporté dans son âme des blessures qui ne se refermeraient jamais ? Sa violence était-elle une vaine défense contre un monde plus dur et plus cruel qu’il ne l’était lui-même ? un bouclier hérissé de pointes qui n’hésitait pas à planter dans la chair de sa chair.

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