Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

BAIGNABLE SURVEILLÉE de Laura Kasischke 💚💚💚

La baignade si attendue de Richie, achevée de manière fatale provoquera une onde de choc émotionnelle et durable pour ses témoins malheureux.

Résumé

USA 1969. Michigan
Planétairement, la date du 16 juillet 1969 est marquée par le décollage de l’Apollo 11. Et la diffusion de l’événement sur les écrans de télévision bouleverse l’emploi du temps de nombre d’Américains. Mais Richard, retenu pour son travail à des kilomètres de chez lui, regrette amèrement de ne pas partager ce moment historique avec son fils Richie, 6 ans.
De toute façon, insensible Ă  l’euphorie collective, l’enfant se focalise surtout sur le fait d’aller se baigner. Or, en ce jour particulier, le dĂ©calage d’une compĂ©tition de natation a dĂ©sorganisĂ© l’accueil de la piscine municipale. Ainsi, dans l’enthousiasme de la victoire, on a oubliĂ© de raccrocher la corde qui sĂ©parait le grand bain du petit bain.
Même la jeune maître nageuse, responsable de la surveillance ne s’en est pas aperçue.
Et c’est Richie, qui va faire les frais de cette erreur avec toutes les conséquences qui en découlent.

Mon avis

Ayant beaucoup apprĂ©ciĂ© un prĂ©cĂ©dent ouvrage de l’autrice, je me suis prĂ©cipitĂ©e sur celui-ci, annoncĂ© dans la rentrĂ©e littĂ©raire 2026. Les thèmes — noyade accidentelle, perte d’un enfant, culpabilitĂ© — promettaient une exploration sensible et profonde. Et de fait, comme dans Esprit d’hiver, l’autrice excelle Ă  traduire la psychologie intime des drames familiaux.

Ă€ la manière de Vivre vite de Brigitte Giraud, la fatalitĂ© naĂ®t ici d’une succession de dĂ©cisions, de gestes anodins, qui finissent par converger vers l’accident tragique. La noyade de Richie dĂ©clenche un vĂ©ritable tsunami Ă©motionnel : colère des parents, sidĂ©ration des tĂ©moins, culpabilitĂ© diffuse. Bien que l’on connaisse son destin, ce petit garçon nous touche profondĂ©ment.

Au-delà de l’émotion, le roman offre un regard social intéressant sur l’Amérique de la fin des années 60. Les interactions entre les personnages donnent du rythme, alors même que la scène de l’accident ne dure que quelques secondes.

La jeune maître-nageuse jamais nommément désignée, a fini par donner raison à la maman de Richie qui la voyait déjà d’un œil hostile. Son profil évoque une version sombre d’Alerte à Malibu.

Et même si le drame est connu dès les premières pages, l’autrice parvient à maintenir le mystère. Car l’intrigue se joue ailleurs : dans le devenir des personnages. Des décennies plus tard, des chapitres s’insèrent d’une femme brisée, rongée par ses démons qui revient sur les lieux. Qui est-elle vraiment ?

Mes regrets sur l’ouvrage 

MalgrĂ© ses qualitĂ©s, un Ă©lĂ©ment m’a stupĂ©faite : l’Ă©vocation de l’épouse de l’institutrice. L’action se dĂ©roule dans les annĂ©es 70, et l’idĂ©e de mariage homosexuel relève d’un anachronisme majeur. Si l’autrice souhaitait l’aborder, pourquoi situer le rĂ©cit dans cette pĂ©riode oĂą le sujet n’était ni formulĂ©, ni socialement envisageable ? Ce dĂ©calage affaiblit la cohĂ©rence historique et, par ricochet, la force du roman. Peut-ĂŞtre que je chipote, mais je dĂ©teste les anachronismes.

Citations

Il se demanda si on se sentait encore mortel après avoir contemplĂ© le monde depuis cette perspective. Pouvait-on encore se promener dans une rue animĂ©e sans penser que nous n’y Ă©tions que des fourmis sans importance – combien nous devions avoir l’air perdus, ici, vu de lĂ -haut !
Pouvait-on encore faire quoi que ce soit sans éprouver de l’ennui, du vide, comme si en rentrant à la maison, on avait abandonné la personne qu’on était ?
Nous étions le 16 juillet 1969. Toutes les personnes qui vécurent ce jour-là se dirent qu’elles n’oublieraient jamais où elles étaient ce matin où la fusée envoyait ses astronautes sur la Lune pour effectuer les premiers pas de l’humanité à sa surface.
Après la compétition ils avaient oublié de remettre la corde à sa place chaque extrémité devant être attachée à un côté en métal
« Vous croyez que votre douleur et votre chagrin sont sans précédent dans l’histoire du monde, et puis vous lisez. » James Baldwin.

 


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