Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

LA BONNE MERE de Mathilda di Matteođź’šđź’šđź’šđź’š

Quand une fille s’envole pour un choix amoureux qui rĂ©vèle la violence de diffĂ©rence de classe, l’amour protecteur d’une mère triomphe.

L’iconoclaste
08/ 25
360 pages

Résumé 

Clara, partie étudier à Paris, revient à Marseille pour présenter son petit ami Raphaël à sa mère Véro et au Napolitain. Dès le premier regard, Véro se méfie de ce « girafon » au pedigree bourgeois, trop froid, trop hautain, trop loin de leur monde. Véro, elle, le sait : ce garçon n’est pas fait pour sa fille. Clara croit pourtant à son couple, malgré les différences culturelles et éducatives qui le fissurent.
Or, huit cents kilomètres séparent désormais mère et fille. Et cette distance semble avoir creusé entre elles un fossé de valeurs, de langage et de manière d’être. Entre la mère qui craint de perdre son enfant et la fille qui cherche à s’affranchir sans trahir ses racines. Au cœur de ce dilemme, une question demeure : comment chacune peut-elle rester fidèle à elle-même sans blesser l’autre, et surtout Véro saura-t-elle ne pas reprocher sa clairvoyance auprès de Clara devant l’échec de son histoire avec Raphaël.

Mon impression : résilience de l’amour familial

Une belle surprise pour un premier roman. Mathilde di Matteo propose un voyage qui nous rafraîchit d’attributs marseillais typiques des lieux, et nous refroidit des préceptes baignés d’un conformisme oppressant parfois hypocrite.

Un contraste géographique et social fort. En effet, on se promène dans les calanques bercés par la gouaille et le franc-parler naturel de Véro. En opposition avec le stress parisien et l’austérité quotidienne vécue par Clara.

La cohérence psychologique des personnages rend le conflit central limpide. Chacun agit avec une justesse, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble. J’ai admiré Véro. Haute en couleur, au sens propre comme au figuré, elle nous amuse, nous attendrit. Et du même coup sa force et sa liberté plaisent. Sa présence introduit une dynamique de résistance et de vitalité, qui met en relief les tensions internes de Clara.

En plus le jeu de mot avec Marseille, le titre a été choisi avec justesse. Il rend hommage à ces mamans qui veillent en silence, passant sur la déception des choix de leur enfant devenu adulte. Même lorsque ces derniers les renient.  Des mamans qui respectent l’éloignement en se faisant oublier, mais qui ne baissent pas la garde à distance, et toujours présentes dans les épreuves de la vie.

Le fossé sociologique entre deux mondes qui se confrontent procure à lui seul une situation ubuesque que Clara doit apprendre à traverser.

Cette jolie fresque phocéenne divertit le lecteur tout en lui permettant d’accéder, à une analyse fine des relations familiales. Sous la légèreté apparente, le roman décortique avec finesse l’amour filial qui, malgré les fractures, peut encore triompher.

Citations

C’est un peu comme avec toi. Je me dis souvent, je ne sais pas, qu’un jour, il va y avoir un drame. Je vais te frapper ou je vais te tuer et je regretterai toute ma vie de t’avoir épousée. De ne pas t’avoir quittée quand il fallait.
La laisser se vider de sa haine sans piper mot. Parce qu’avec elle, que je parle ou que je me taise, que je vienne ou que je parte, je finis toujours par être la mauvaise mère.
Car ce ne sont pas seulement des cadeaux autour de nous, Monsieur l’observateur Ce sont des PAM. Vous connaissez ? PAM, c’est Pas Avant le Mariage. Pas de sexe avant le mariage.
Désolé, Madame, j’ai le tutoiement difficile qu’y me dit. Alors ça c’en un bon, de problèmes de riches.
Elle l’a même fini par descendre acheter un genre de robe-chemise noire et large chez Monop. Pas moyen que je la ressorte pour autre chose qu’un enterrement. Le noir, c’est mauvais pour mon teint et ma réputation.

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