Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

LE CLUB DES VEUVES qui aimaient… Jaswal

La popularité des cours d’alphabétisation de Nikkie, transformés en Club de lecture érotique bouleverse la communauté indienne de Londres.

Belfond
2024
370 p.

 

Résumé :

Londres, Angleterre.
Dans le quartier de Southall, Nikkie vient déposer une annonce afin de trouver un mari pour sa sœur. Sur place, elle remarque une offre d’animatrice pour des cours d’écriture proposés par la Communauté sikhe. Kulwinder, la directrice, se voit alors contrainte d’embaucher Nikkie, seule candidate au poste.
Nikkie déchante vite en découvrant qu’il s’agit en réalité d’alphabétiser des femmes seules. Sa surprise grandit encore lorsque ses élèves se révèlent conteuses d’histoires érotiques. Aussi, les mettre par écrit donne une portée pédagogique à ces récits, qui circulent ensuite sous le manteau dans la communauté.
Mais cet engouement ne fait pas l’unanimité : certains désapprouvent le caractère subversif de ces rencontres. Nikkie, partagée entre deux cultures, devra alors défendre ces femmes qui s’approprient un plaisir longtemps inavoué.

Mon impression

Malgré sa longueur, le titre m’a séduite par l’humour et l’originalité qu’il suggérait.
Les lectrices les plus prudes feraient sans doute mieux de passer leur chemin. Des récits comme Un grain de beauté disgracieux ou Un voyage de noces avec une lombalgie racontent des épisodes du quotidien qui dérapent vers un érotisme explicite.

Mais le roman ne se résume pas à cette dimension. Un ouvrage dense ! Il met en scène la communauté indienne de Londres à travers plusieurs générations. Des jeunes partagés entre croyances séculaires et les valeurs familiales, cherchent à s’ancrer et s’identifier dans la seule société qu’ils connaissent vraiment. Et à ce volet sociologique, s’ajoute aussi un cold case !

À travers une galerie de personnages, notamment Nikkie et Jason, l’autrice aborde les rapports entre hommes et femmes sous l’angle audacieux du plaisir charnel. Ce thème, encore largement tabou et rarement traité ainsi en littérature, paraît d’abord léger, presque superficiel, grâce à l’humour employé. Il révèle pourtant des barrières bien plus profondes. J’ai ainsi découvert l’existence de « Frères » autoproclamés gardiens de la moralité, craints par tous, qui menacent et punissent en toute impunité, protégés par une forme d’omerta.

Ce que j’ai moins apprécié :

J’ai trouvé que l’intrigue mettait trop de temps à se mettre en place. Trop de lenteur.

Cette impression est accentuée par des chapitres très longs. Le roman, qui compte près de 350 pages, n’en comporte qu’une dizaine. Les diviser en deux ou trois parties aurait sans doute rendu la lecture plus fluide.

Ce livre est le premier roman de Balli Kaur Jaswal, autrice originaire de Singapour, qui a vécu dans plusieurs pays en raison du métier de son père. Elle a déjà publié cinq ouvrages, dont deux sont traduits en français.

Citations 

« …Tu ne comprends toujours pas Nikky. Cette affaire du mariage arrangé est en réalité une question de choix. Je sais que tu penses le contraire, mais tu te trompes. Je prends mes propres décisions, mais je tiens à inclure ma famille. »
… Le regret littéraire. On tombe sur un livre et puis on se dit, je le prendrai plus tard. Ensuite, on regrette et impossible de le trouver nulle part. Ça devient une obsession. »
Dans les contes indiens traditionnels, les enfants désobéissants sont la première cause des problèmes cardiaques, des grosseurs cancéreuses, des perles de cheveux et autres maux qui affligent des pauvres parents.

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