Chroniques régulières sur des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

đź’śLES RAISONS DE MON CRIME de Nathalie Kuperman

 Résumé

Plusieurs années ont éloigné Marianne de sa famille maternelle. Et en retrouvant sa cousine Martine, l’idée lui vient d’écrire un roman sur qu’elle considérait comme son modèle lors de leur jeunesse. Aujourd’hui, Martine vivote dans un univers glauque dans son pavillon de Rambouillet, où l’alcool côtoie l’embarras quotidien de devoir compter chaque sou.
Durant ses visites régulières chez elle, Marianne se laisse conter les désastres conjugaux de sa cousine et de sa tante Biquette. Alors, les souvenirs de Marianne abondent d’anecdotes familiales dans l’intervalle de leurs rendez-vous. Mais malgré le constat de l’écart social entre ces deux femmes, Marianne reste envoutée par cette cousine atypique…

MON AVIS

Le titre « Les raisons de mon crime » m’a induite en erreur. Je m’interroge sur ce choix, car le récit ne mentionne aucun crime. Voici mon idée (loufoque, j’avoue !) : Peut-être qu’à l’instar des albums éponymes de notre enfance, les « Martine », on aurait pu intituler celui-ci : « Martine devient alcoolique », ou « Martine attend les allocations » :).

Ici, très noir, l’ouvrage me laisse un goĂ»t amer. On ressent un malaise de bout en bout. De plus, la vĂ©nĂ©ration de l’hĂ©roĂŻne pour sa cousine Martine se comprend mal. Vu le personnage, l’on se questionne alors encore plus sur cette volontĂ© de lui consacrer un livre. C’est pourquoi ses souvenirs de la jeune Martine semblent tronquĂ©s. En effet, il est difficile d’apprĂ©cier l’adolescente pĂ©tillante promise Ă  un bel d’avenir, quand on perçoit surtout l’image d’une peste. 

D’un autre côté, les ingrédients utilisés pour décrire cette famille déjantée se révèlent d’une tristesse tellement affligeante que l’on peine à s’émouvoir pour ses membres. Les liens affectifs distendus s’affranchissent de toute solidarité filiale, et ne s’encombrent pas d’obligations morales. Le résultat est pitoyable.

C’est assez surprenant comme chacun peut choisir sa voix au sein d’une mĂŞme famille.

Et bien qu’il ne soit pas très long, ce livre a rĂ©ussi Ă  m’ennuyer. En plus, si le fond du rĂ©cit m’a refroidie, l’écriture ne m’a pas non plus conquise. En effet, l’auteur fait des apartĂ©s sans transition. LĂ , elle fait parler divers membres de sa famille (prĂ©sents, absents, ou mort) qui s’adressent Ă  elle. Ce procĂ©dĂ©, au lieu d’ajouter du rythme perd un peu le lecteur (en tout cas moi), car on ignore de qui il s’agit si l’on n’y rĂ©flĂ©chit pas. Et du coup, la fluiditĂ© se rompt et cela dĂ©stabilise, hĂ©las !

L’environnement de Martine renforce l’impression de pĂ©nĂ©trer dans l’univers de Zola. Dans ce Zola du 21e siècle, sordide, l’atavisme de l’alcool, l’oisivetĂ©, se rĂ©pand. Il prend l’allure d’une misère sociale « contentĂ©e » et acceptĂ©e, grâce Ă  l’obtention fallacieuse d’allocations.

Bien sûr, mon avis cinglant sur ce livre n’engage que moi, c’est pourquoi je vous laisse faire votre propre opinion.