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💙💙💙💙💙UN FUNAMBULE SUR LE SABLE de Gilles Marchand

Résumé

POINT
2018
360 p.
Stradi est nĂ© diffĂ©rent dans une famille pourtant normale. Sa malformation hors du commun tient Ă  un violon dans sa tĂŞte qui joue des airs selon son humeur. Les mĂ©decins ne comprennent pas cette Ă©trangetĂ© et ne l’expliquent pas, mais Stradi va subir un lourd traitement pour tenter de guĂ©rir.
 En attendant la libĂ©ration de ce mal envahissant, Stradi et sa famille vont   apprendre Ă  vivre cette diffĂ©rence. Ainsi, la scolaritĂ© et l’acceptation d’un enfant qui sort des notes de musique ne sont pas aisĂ©es mais Stradi va se lier d’amitiĂ© avec Max, lui-mĂŞme handicapĂ© par une claudication.
Nous suivrons ainsi l’Ă©volution de Stradi…

Mon  avis

Voici mon coup de cœur du mois de novembre 2022 —Nous sommes en décembre, mais raisons de santé obligent —.

J’ai vĂ©ritablement adorĂ© ce roman, une illustration très originale de la diffĂ©rence. Gilles Marchand a mis sa sensibilitĂ© musicale au service de l’écriture pour Ă©clairer le vĂ©cu du handicap. Avec une sensibilitĂ© particulière et une poĂ©sie souriante, il prĂ©sente une extravagante maladie, comme celle de « naitre avec un violon dans la tĂŞte ». Mais cette jolie originalitĂ© handicape et encombre Stradi. Car, oui, notre hĂ©ros en souffre au sens physique et moral dans son quotidien. Quand la fatalitĂ© sanitaire et gĂ©nĂ©tique s’impose, une violence psychologique imperceptible se terre !

Une Ă©criture percutante

Passée maitre dans le domaine du handicap et de la différence, ce livre recouvre tout ce qui s’y rapporte et aussi les conséquences qui en découlent. Mais l’ensemble de la problématique y est abordée en finesse et avec une vérité touchante et réaliste. En effet, G. Marchand a su trouver les mots pour exprimer ce que j’ai pu ressentir à certaines étapes de ma vie. J’aurais aimé écrire avec ce talent les phrases prononcées par Stradi. À croire que G. Marchand est la réincarnation de son personnage  ! En tout cas, il a réussi une sacrée prouesse.

De plus, sa prose imagĂ©e m’a rappelĂ© « L’écume des jours » (B. Vian). LĂ , la lĂ©gèretĂ© apparente gomme la mĂ©lancolie inspirĂ©e par un sujet grave. D’ailleurs, les dialogues de Stradi avec ses amis les oiseaux sont rocambolesques et sympathiques. Et de mĂŞme, les conversations dĂ©calĂ©es avec le voisin plombier m’ont carrĂ©ment amusĂ©e.

Sans flagornerie, je fĂ©licite l’auteur, dĂ©couvert Ă  une sĂ©ance de dĂ©dicace pour un autre de ses livres. Si j’avais lu « un funambule sur le sable » avant cette rencontre, j’aurais pu lui dire de vive voix combien j’ai Ă©tĂ© frappĂ©e de la justesse des ressentis dans le vĂ©cu du hĂ©ros comme de la dĂ©clinaison des nombreux thèmes.

Ainsi, l’expérience de Stradi et de Max illustrent :

De la survenue du handicap assortie de l’errance du diagnostic, Ă  l’impact familial du handicap et notamment l’influence inconsciemment contrainte de la fratrie. La lourdeur des traitements et sa honte Ă©prouvĂ©e de ne pas supporter les souffrances. Le regard et l’acceptation d’autrui, de la sociĂ©tĂ© ; la difficultĂ© de l’inclusion dans sa scolaritĂ© ; l’adolescence difficile mais encore plus quand l’adolescence diffĂ©rente est marquĂ©e d’une blessure narcissique ; l’épreuve de la sĂ©duction basĂ©e sur un registre atypique ; le rejet par les parents de son amoureuse ; l’amitiĂ© salvatrice de Max diffĂ©rent lui aussi…

Et que se passerait-il si on effaçait cette diffĂ©rence avec lequel le hĂ©ros s’est construit ?

L’auteur Gilles Marchand

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dédicace

 Citations

p. 260.

« J’hĂ©sitais Ă  lui expliquer que ce n’est pas pour l’amour que recevrait notre enfant que je m’inquiĂ©tais. C’Ă©tait pour lui, uniquement pour lui. Je souffrais de  l’imaginer, supportant ce que j’avais endurĂ©, ou pire encore. J’avais eu beaucoup de chance.  [… ] un grain de sable pouvait se glisser dans l’engrenage. C’était cette conscience qui nous effrayait, qui nous interdisait de vivre dans l’insouciance. »

p. 252, entretien Ă  PĂ´le emploi.

J’avais encore Ă©tĂ© un peu Ă  cĂ´tĂ© de la plaque. Je n’ai jamais su rester très longtemps sur la plaque. Ce n’Ă©tait pas complètement de ma faute : mon violon ne devait pas l’aimer cette foutue plaque.

p. 171 présentation chez les parents de Lélie.
Concerto avec les oiseaux.
p. 150

Elle Ă©prouvait une espèce d’admiration qui ne monopolisait pas toute son attention. C’est en cela que ma relation avec elle diffĂ©rait de celle que j’avais avec mes autres camarades, incapable de passer par-dessus mon violon pour voir la personne qui l’hĂ©bergeait. A la maison, la douleur avait pris beaucoup de place et mon violon Ă©tait toujours perçu comme un ennemi qui s’Ă©tait incrustĂ© de force et avait introduit un bĂ©mol Ă  l’harmonie du foyer.
p 148.
Inutile de le dire mais elle s’en est rendu compte quand mon violon s’est mis Ă  jouer La DĂ©cadence de Gainsbourg . Elle aurait pu s’en offusquer, mais elle a ri.
Page 138.
Ton instrument, c’est ton exception grammaticale. Il est ta petite poĂ©sie.
Page 78.
Alors qu’elle crevait de n’ĂŞtre pas davantage remarquĂ©e, nous rĂŞvions d’un monde oĂą on ne nous remarquerait pas. Je passais mon temps Ă  Ă©touffer mes cordes tandis que Max passait des heures dans sa chambre Ă  essayer diffĂ©rentes dĂ©marches qui masqueraient sa claudication.