Accusé de harcèlement, puis de viol, un expert financier va payer cher son adultère et mettre en danger le confort social et son couple.
RESUME

09/2019
365 pages
Jusque-là, Jason Powell, expert financier réputé, savourait un succès médiatique avec ses chroniques, et professait aussi à l’Université de New York. Tandis que lui s’illustre au quotidien dans la presse, son épouse Angela, depuis plusieurs années, discrète à ses côtés apprécie sa vie qui frôle la perfection. Pourtant son histoire cache un lourd passé qu’elle réserve à quelques intimes. Voici sa mésaventure traumatisante : kidnappée et séquestrée à l’âge de 16 ans dans son petit village de Pittsburgh, elle a réussi à échapper à son tortionnaire Charlie Franklin, après trois ans de captivité et la naissance de Spencer, son fils né de cette relation forcée avec son ravisseur.
Dès la rencontre d’Angela et Jason, celui-ci s’est instantanément montré protecteur et compréhensif avec Angela, reconnaissante de considérer Spencer comme son propre fils, prêt à l’adopter, et de l’avoir sortie de son milieu modeste.
Mais cet équilibre de vie new-yorkaise confortable des Powell va être bouleversé par les accusations de Rachel Sutton, une élève de Jason. Elle reproche les attitudes sexuellement déplacées de la part de cet expert en finance très en vue. Or, quelque temps plus tard, une autre jeune femme Kerry Lynch porte plainte contre lui pour viol.
Convaincue de l’innocence de son mari, Angela le soutient dans l’épreuve, comme leurs amis Suzanna et Colin fait front avec lui pour le défendre. Quand bientôt la situation s’aggrave avec l’ADN de Jason retrouvé sur les vêtements de Kerry. Une procédure s’engage avec la défense d’une avocate hors de prix. Mais l’affaire s’embraye quand un ténor du barreau représente les deux jeunes « victimes » pour un procès en civil afin d’obtenir des préjudices moraux.
Alors, si Jason peut éviter l’incarcération s’il est reconnu coupable, tous les biens acquis par le couple pourraient être engagés dans les dédommagements dus aux plaignantes.
Les certitudes d’Angela s’ébranlent et les questions fusent. D’abord convaincue de l’impossibilité de viol par Jason, elle en doute par la suite. Ensuite, si c’est une fausse accusation, cette fille veut-elle se venger du choix de Jason de rester en ménage avec Angela ? Est-elle responsable de l’adultère commis puisqu’elle ne répond plus aux besoins sexuels de son mari ? Comment peut-elle se protéger dans cette situation ?
Et quand Kerry va disparaître, tout se complique…
MON AVIS
Les éditions Presse de La Cité et le site Internet Netgalley m’ont permis la lecture de cet ouvrage avec ce service de presse, et je les en remercie.
Ce « policier domestique » très complexe imbrique beaucoup d’éléments. D’abord le passé compliqué d’Angela, est marqué de traumatismes cachés. On assiste à une résilience frappante pour cette jeune femme qui a pu fonder une famille « normale » avec une personne brillante sous les feux des projecteurs, tout en taisant son secret. Avec un début parti sur la délicate question du harcèlement, j’avais craint à un nouveau livre sur tous les postulats sont possibles : la parole de l’un contre celle de l’autre. L’auteur a évité cet écueil, car la question est abordée avec originalité avec le lourd passé de l’héroïne. Mais j’ai eu du mal à adhérer à la cohésion des personnages et la vraisemblance des relations établies.
Dans le secret de la chambre à coucher : adultère accepté
Le couple formé par Angéla et Jason est parfait aux yeux de tous. Cependant, les « flash-backs » inopinés d’Angela sur son passé douloureux ont compromis leur vie sexuelle depuis trois ans. Ainsi, Jason « va voir ailleurs ». Elle le sait et ferme les yeux en guise d’accord tacite entre eux. Mais à présent, Angela culpabilise : à cause de ces incartades sa vie va dérailler. Aujourd’hui les frasques de son mari risquent de le mener en prison et de ruiner l’équilibre et les finances de leur famille.
P.182. « Non, il fallait que ce sois moi la raison de son infidélité. Je suis perturbée et frigide, incapable de satisfaire au lit un homme séduisant. Et lui passerait pour héroïque, et il est resté avec moi malgré tous les problèmes. »
Beaucoup de questions surgissent : Un risque de l’attachement mal vécu ou Jason a-t-il imposé une relation sexuelle à cette femme, se venge-t-elle comme il le prétend, se sert-elle de lui pour sauver son emploi ?
Les revirements et les questionnements de notre héroïne tout au long du roman finissent par embrouiller l’esprit du lecteur. Suspens réussi. Mais on a du mal à suivre son raisonnement alors cette confusion du personnage dans ses choix fatigue un peu.
En un instant, je suis devenue celle que j’étais censée être depuis le début : l’épouse qui ment pour protéger son mari.
Trop beau pour être vrai
Le couple formé par Angela et Jason s’apparente à un conte de fées difficilement crédible. Déjà l’amitié d’Angèle avec Suzanna paraît assez peu réaliste mais cela peut passer. Puis, le mari idéal apparaît. Alors effectivement, quand un grain de sable se glisse dans les rouages, on se dit que le vernis va se rayer. Mais non. Pas immédiatement en tout cas, et ça surprend. Les amis restent spectateurs d’une débâcle conjugale, mais une débâcle que je qualifierais de « gentille ». Fidèles, ils conseillent sans cesse Angela, conseils suivis ou non. Quant à Jason, il va payer cher ses fautes.
Le personnage de Spencer me laisse songeuse : l’enfant paraît trop mûr pour son âge même si les enfants d’aujourd’hui sont moins naïfs que les générations précédentes. Comment a-t-il pu deviner tout seul l’infidélité de son père ? Comment peut-il avoir une notion si tranchée de l’infidélité, de surcroît chez un père qu’il adule ? Sa réaction est plus calquée sur un adolescent plus âgé, pas un enfant de 13 ans.
Seule la mère d’Angela, Ginny me paraît plausible.
Un policier judiciaire
Les accusations alléguées contre Jason mettent en action la machine judiciaire américaine. Là, le pénal et le civil ne sont pas complémentaires apparemment dans le procès. Des avocates s’acharnent en duel pour gagner à tout prix la partie au détriment de leur client. Ensuite, la constitution du grand jury implique des conséquences importantes pour les témoignages.
L’affaire de Kerry permet aussi d’évoquer le problèmes de malversations financières par le biais d’aide au développement. Par exemple, la sté Oasis à l’origine de la liaison entre Kerry et Jason qui a un rôle confus : « il a confié ses soupçons à Mlle Lynch, qui a laissé entendre que sa société avait versé des pots-de-vin et falsifié les écritures pour se couvrir ».
Mon jugement réservé sur cet ouvrage ne demande qu’à être contredit. La lecture est agréable, j’ai néanmoins passé un bon moment avec beaucoup de retournements de situation. Mais la fin dont on ne peut difficilement deviner la substance, est annoncée de manière trop abrupte. Balancée comme ça, on a du mal à la reconstituer dans sa conception, elle manque d’explications pour ne pas paraître improbable. J’en garde un goût bizarre.
Citations :
La première réaction de l’opinion publique, c’est toujours de jeter le discrédit la femme, parce que la société ne veut pas admettre que de telles horreurs se produisent. Alors, en réaction, les féministes convaincues qu’il fallait croire toutes les femmes, chaque fois.
P.111. ‘ai raccroché, avec la certitude que, pour la première fois depuis que je l’avais épousé, Jason m’avait menti en me regardant droit dans les yeux. Comme si de rien n’était.
P.74. « Je n’ai donc aucun moyen de me défendre ? Il aurait mieux valu qu’il me viole, c’est pas ? Au moins, j’aurais des preuves physiques ! »
P. 244. Les malentendus ne surviennent pas quand les situations sont parfaitement claires. Ils naissent d’un certain flou, qui peut donner lieu à plusieurs versions d’un même événement.







Il avait l’air intéressant ce roman. Comme tu le dis, c’est du « policier domestique », assez à la mode j’ai l’impression, j’en vois beaucoup. En général ils sont assez sympas. À voir…
Bonjour Aydan, comme tu as pu le voir, je n’ai pas été des plus convaincues… mais j’attends des détracteurs. À bientôt et merci de ton passage, cela fait toujours plaisir d’avoir des commentaires