Des chroniques réguliÚres pour partager des livres, et faire connaßtre de nouveaux auteurs

💜💜💜CRIMES PASSIONNELS : les grandes affaires criminelles de Sylvain Larue

QUATRIÈME DE COUVERTURE 

Ed. De Borée
25/02/2021
410 p.
« MaĂźtre des passions, maĂźtre des haines, maĂźtre des larmes et des tourments », selon Magma, l’amour n’est vraiment pas toujours le sentiment de paix et de douceur auquel on aspire. Chacun se sait capable d’accomplir des miracles pour les beaux yeux de l’ĂȘtre aimĂ©… Mais quand l’amour sans limites se complique de jalousie, de colĂšre, d’envie et de violence, le cocktail peut ĂȘtre dangereux et conduire au meurtre.
Supprimer l’ancien conjoint que l’on ne supporte plus, les parents s’opposant Ă  un mariage, l’enfant naturel faisant obstacle, ou bien n’importe qui – pourvu que cela rapporte de l’argent -, tels furent les faits d’armes de ces « amants diaboliques », chers Ă  Boileau-Narcejac. De l’affaire de la VĂ©nus de Gordes Ă  celle des diaboliques de Bourganeuf, ils sont, en ces pages, une trentaine de couples Ă  avoir eu droit, chacun Ă  leur Ă©poque, aux honneurs des journaux, du milieu du xixe siĂšcle Ă  nos jours. Citons ici les noms d’Elisabeth Ducourneau, Jacques Algarron, Simone Deschamps, Bernard Cousty et ValĂ©rie Subra… Pas de happy end en ces histoires : pour leurs noces, les diaboliques s’unissent uniquement pour le pire, et toujours jusqu’Ă  ce que la mort les sĂ©pare…

MON AVIS

Remerciements au site Babelio pour l’envoi gracieux du livre en vue d’une chronique dans le cadre de l’opĂ©ration Masse Critique. Cette rĂ©trospective des chroniques judiciaires autour de crimes scabreux s’étale du XIXĂš siĂšcle en 1862 jusqu’à une pĂ©riode plus contemporaine de 1984. La mention « crimes passionnels » du titre fait allusion aux modes opĂ©ratoires de crimes motivĂ©s par des haines, elles-mĂȘmes impulsĂ©es par des passions contrariĂ©es. L’adjectif « passionnel », comme on l’entend dans l’acception collective suppose un passage Ă  l’acte incitĂ© sous l’effet de la jalousie et d’une colĂšre incontrĂŽlable dans une relation amoureuse. En effet, ici l’auteur a Ă©largi cette notion pour y adjoindre des meurtres prĂ©mĂ©ditĂ©s par la complicitĂ© barbare d’amants motivĂ©s par la cupiditĂ©.

De l’authenticitĂ©. La version papier du livre prĂ©sente chaque affaire avec un dessin ou d’une photo du criminel ou de la victime. De plus, un paragraphe dans une police d’Ă©criture diffĂ©rente met en exergue la stratĂ©gie élaborĂ©e. Par contre, je trouve superflu l’insert du rĂ©sumĂ© de la chronologie en caractĂšres gras.
Le choix d’un vocabulaire surannĂ© s’adapte parfaitement Ă  l’époque narrĂ©e. J’ai enrichi le mien de : potard, chapeliĂšre, femmes accortes.

Un travail de recherche

Chaque rĂ©cit retrace l’intĂ©gralitĂ© du processus judiciaire des affaires. La motivation du crime puis sa rĂ©alisation vont aboutir Ă  une condamnation et une peine infligĂ©es au(x) coupable(s).
Ainsi, commence une relation des antagonistes qui va conduire Ă  l’élaboration du crime, jusqu’à l’arrestation de criminelle, puis la stratĂ©gie de dĂ©fense adoptĂ©e par les avocats lors du procĂšs. On assiste Ă  l’attitude dĂ©routante des prĂ©venus, aux circonstances attĂ©nuantes ou accablantes retenues. L’auteur complĂšte le tout avec la peine prononcĂ©e, dont celle effectivement purgĂ©e. Dans la pratique, les jugements sont plus clĂ©ments pour les femmes, avec une peine de mort quasi Ă©cartĂ©e, hormis pour la derniĂšre condamnĂ©e Germain Godegroy (guillotinĂ©e en 1949).
Les prĂ©venus arrĂȘtĂ©s redoutent la peine capitale, « fĂȘtĂ©e » par une dĂ©capitation publique, ou un voyage sans retour (ou rare) en Guyane. Ici, « Sauver sa tĂȘte » prend toute sa valeur ! Alors, pendant leur procĂšs, sans hĂ©sitation, ils accablent leur complice. Ainsi, ils rejettent la responsabilitĂ© sur l’objet de leur passion enragĂ©e. Ils tentent aussi de plaider la folie.

Des crimes décrits

La nature malsaine des complices excite leur perversitĂ© qui fourmille de stratagĂšmes imaginatifs pour dĂ©guiser leurs crimes. Ainsi, le but est de commettre un crime parfait, c’est Ă  dire impuni. Par exemple, l’assassinat d’une Ă©pouse ou d’un mari encombrants va ĂȘtre truquĂ© en crime crapuleux ou banal accident de voiture. Sinon, pire, la vĂ©nalitĂ© d’amoureux vont exercer une sauvagerie meurtriĂšre sur des personnes aimantes ou dĂ©vouĂ©es. D’oĂč la constatation d’une cruautĂ© d’autant plus terrible, que le coupable  l’influence pernicieuse du complice sera aussi souvent la personne de confiance de la victime. Une illustration de la comĂ©die humaine pour constater les effet des vices… moteurs des crimes.

Des modes opératoires divers

AprĂšs les crimes commis, le sordide produit des consĂ©quences terribles pour se libĂ©rer des dĂ©pouilles. Finalement, la rĂ©alitĂ© d’antan n’a rien Ă  envier aux faits divers contemporains ou aux romans policiers les plus noirs. On constate : des dĂ©peçages de corps transportĂ©s dans des malles, des saignĂ©es pour Ă©viter les coulĂ©es de sang importunes, des corps calcinĂ©s morts ou vifs, et la suppression de tĂ©moins gĂȘnants (voire, des enfants). J’ajouterai des amants si passionnĂ©s, qu’ils s’adonnent aux plaisirs charnels Ă  cĂŽtĂ© du cadavre encore chaud de leurs victimes.

Une bonne lecture pour les amateurs des Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es du mĂȘme genre, qui trouveront dans ce livre leur bonheur. Le rĂ©cit rend un bel hommage aux victimes, souvent seulement coupables de faiblesse crĂ©dule.

De tous les rĂ©cits, la mort de la mort de la MĂšre Roussel est celle qui m’a la plus touchĂ©e (Le Viager, 1949).

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