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💚💚💚💚💚DES-AGRÉGÉE de Julie Moria

Quatrième de couverture

Balland
08/2021
Ce tĂ©moignage relate, avec une pointe d’humour tragi-comique, mes deux ans comme professeure agrĂ©gĂ©e, stagiaire et en situation de handicap, dans l’enseignement public : une expĂ©rience lors de laquelle je suis tombĂ©e de Charybde en Scylla et me suis confrontĂ©e Ă  une institution lourde de dysfonctionnements. Sans doute mĂ©connus du large public, les rouages viciĂ©s de ce milieu en disent pourtant long quant au cruel manque de rĂ©alisme de cette grande machine administrative.
Universitaire de vingt-sept ans, actuellement en doctorat de littĂ©rature, je suis laurĂ©ate de l’agrĂ©gation de Lettres Modernes, obtenue en juillet 2017. Par ailleurs, je suis porteuse d’une maladie rare qui m’oblige depuis toujours Ă  me dĂ©placer en fauteuil roulant. MalgrĂ© les difficultĂ©s liĂ©es Ă  ma situation, j’avais longtemps imaginĂ© ma carrière toute tracĂ©e au sein de l’enseignement, encouragĂ©e par mes rĂ©sultats durant mes Ă©tudes supĂ©rieures. Cependant je suis tombĂ©e de haut en expĂ©rimentant deux terribles annĂ©es de stage dans l’Éducation nationale, qui font l’objet de ce rĂ©cit pour lequel j’ai prĂ©fĂ©rĂ© rester sous pseudonyme et Ă©tablir l’anonymat des lieux et protagonistes. Un système prĂ©tendument « bienveillant et inclusif » fort de ses absurditĂ©s kafkaĂŻennes – et oĂą j’ai subi des discriminations – a eu raison Ă  petit feu, entre 2017 et 2019, de ma passion pour la transmission… du moins dans le cadre de cette institution.

MON AVIS

Je vous recommande cette lecture qui procure un regard de l’intĂ©rieur sur le monde de l’éducation. Le regard portĂ© par une personne en situation de handicap Ă©claire sur le simulacre d’application de la loi au dĂ©triment de personnes volontaires et compĂ©tentes.

DES AGRÉGÉES OU L’HYPOCRISIE D’UNE SOCIÉTÉ

Ceux qui ne fréquentent pas des personnes de l’espèce de la narratrice comprendront ici, que les facultés physiques n’ont rien à voir avec les capacités mentales ou intellectuelles. Mais de là à accepter cette réalité… Après une scolarité brillante, Julie, en fauteuil électrique, a suivi des études supérieures d’un haut niveau en vue de devenir professeure. Et c’est là que le bât blesse dans une société hypocrite qui scande une intégration nécessaire des personnes handicapées… mais qui limite sa place à celle de spectateur ou d’usager. Voilà ce que je dénonce selon ma lecture.

MalgrĂ© sa rĂ©ussite, Julie est loin de gagner la victoire sur la conquĂŞte de l’égalitĂ©. Son courage, ses diplĂ´mes, ses longues Ă©tudes, ne lui ont permis de rĂ©aliser son rĂŞve d’enseigner. Pourtant, avec volontĂ© et force elle a commencĂ© sa carrière dans des conditions difficiles de travail. Son rĂ©cit retrace les humiliations qui l’ont dĂ©sagrĂ©gĂ©e.
Et au-delà de son combat perdu, cet ouvrage dépasse la dimension personnelle de la narratrice, car son analyse du système pédagogique explique aussi peut-être en partie, la pénurie d’enseignants.

L’ACCESSIBILITÉ, UNE DES CLÉS DE L’INTÉGRATION

Son premier stage dĂ©sastreux : Pour ajouter le dĂ©sarroi d’un changement inopinĂ© d’affectation Ă  cause de l’accessibilitĂ©, l’AcadĂ©mie n’avait recrutĂ© aucun assistant au contraire des obligations lĂ©gales. Au lieu d’une classe de seconde, Julie sera orientĂ©e dans un collège en zone prioritaire oĂą l’effronterie d’ados rĂ©fractaires Ă  l’école ne lui sera pas Ă©pargnĂ©e, bien au contraire…
N’importe quel professeur inexpérimenté rencontre des désordres du même genre, mais la hiérarchie a reproché à Julie de mal gérer la situation.

Sans jamais soulever ouvertement le problème de son handicap, les apprĂ©ciations Ă  son Ă©gard peu encourageantes, voire sĂ©vères, invoquent non sa compĂ©tence mais des manquements indirectement liĂ©s Ă  son handicap. La violence des reproches qui lui sont faits et les bâtons dans les roues qu’on lui a mis par la suite quand elle s’est relevĂ©e, m’ont choquĂ©e. La volontĂ© flagrante de refuser Julie au sein de l’Éducation Nationale rĂ©vèle un harcèlement.

Un harcèlement flagrant sous couvert d’un carcan administratif… mais je refuse de spolier car il faut lire avec ses propres mots son expĂ©rience illustrĂ©s d’exemples concrets.

LE MONDE DU PROFESSORAT

Le cheminement semé d’embûches relaté par Julie présente aussi le mérite d’expliquer le constat de la pénurie de professeurs en France dont on nous rebat les oreilles.
Les lourdeurs administratives, les principes philosophiques et psychologiques d’enseignement s’articulent autour d’élèves autant en mal d’éducation que d’instruction. Le système pédagogique en échec complètement inadapté aux besoins des élèves ne se remet pas en cause.

Je passerai outre le niveau requis pour obtenir une culture uniforme. Une aberration : Nier la classification des élèves avec des notations revisitées par un code couleur. Ainsi on ne vexe pas les cancres (un gros mot, ils n’existent plus) avec des notes infamantes. Il n’y a pas de mauvais élèves, mais seulement de mauvais profs… c’est bien connu ! Et le système conforte cette idée au détriment d’un dévouement sincère.

Nota bene : 

lisez ceci

Comme pour J. Moria, le parcours scolaire et universitaire d’élèves à mobilité réduite se heurte surtout à des problèmes d’accessibilité et d’aide humaine. Heureusement, l’évolution sociale de la France prône depuis 2005 « l’égalité des chances ». La valeur suprême de ces principes érige en droit, une compensation des limitations de la personne handicapée pour accéder aux mêmes chances que la personne valide. Ces mesures commencent par l’accessibilité des ERP (établissement recevant du public). Petite précision de mon cru : les enfants handicapés sont aujourd’hui scolarisés de droit en milieu ordinaire quand avant 2005 les parents devaient se battre pour les faire accepter dans les écoles dites « normales ».

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