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đź’śđź’śđź’śđź’śDEUX SOEURS de David Foenkinos

Résumé / Quatrième de couverture 

Gallimard
21/02/19
Du jour au lendemain, Etienne dĂ©cide de quitter Mathilde, et l’univers de la jeune femme s’effondre. Comment ne pas sombrer devant ce vide aussi soudain qu’inacceptable ? Quel avenir composer avec le fantĂ´me d’un amour disparu ? DĂ©vastĂ©e, Mathilde est recueillie par sa sĹ“ur Agathe dans le petit appartement qu’elle occupe avec son mari FrĂ©dĂ©ric et leur fille Lili. De nouveaux liens se tissent progressivement au sein de ce huis clos familial, oĂą chacun peine de plus en plus Ă  trouver un Ă©quilibre.
Il suffira d’un rien pour que tout bascule….

David Foenkinos dresse le portrait d’une femme aux prises avec les tourments de l’abandon. Mathilde rĂ©vèle peu Ă  peu une nouvelle personnalitĂ©, glaçante, inattendue. Deux sĹ“urs, ou la restitution prĂ©cise d’une passion amoureuse et de ses dĂ©rives.

MON AVIS

J’ai trouvĂ© la quatrième de couverture si parfaite qu’il n’y a pratiquement rien Ă  ajouter pour prĂ©senter le livre.

Le récit se partage en deux parties. La première est consacrée exclusivement à Mathilde dont la vie périclite à tout point de vue à cause du retour d’Australie d’Iris, l’ex-petite amie de son fiancé Étienne. À peine celle-ci a-t-elle effectué une prise de contact qu’Étienne sur le point d’épouser Mathilde retourne à ses premières amours.

Les sentiments ne se commandent pas. Il s’ensuit une descente aux enfers sentimentale et psychologique pour Mathilde. L’ingratitude dont elle est victime la confronte à la brutalité émotionnelle dans le fait d’assister au départ de son fiancé soumis à une ex qui, en plus, l’avait laissé tomber sans scrupule plusieurs années auparavant ! Cependant, à la violence des circonstances de la séparation, s’ajoute celle d’être éjectée de son appartement.

En découle la seconde partie du roman où Agathe, jusque-là quasi absente, entre en scène. Gagnée par la tendresse filiale et la pitié, elle apporte un secours providentiel à sa cadette. Devant la détresse de Mathilde, et même si elles n’ont jamais été très proches, Agathe lui ouvre son foyer tout naturellement ; et sans tergiverser, elle réorganise sa vie avec sa sœur entre son bébé et son mari complaisant.

Mathilde apprécie ce cocon, mais se voit comme l’intruse de cette famille. Un peu gênée de s’incruster au début, elle se sent redevable alors elle remercie à sa façon, mais peut-être avec un acte manqué (?). Cependant, la jalousie s’introduit subrepticement, car elle devient envieuse du foyer fondé par sa sœur.

D’une déception amoureuse…

Comment ne pas ressentir de la compassion devant le choc de Mathilde par rapport au comportement d’Étienne ? Elle perd les pédales de désespoir qui va virer à une énorme dépression.

… à une secours ambigu

Spectatrice du contraste d’avec sa sœur, Mathilde finit par détester la personne qui lui offre refuge. Bien que sœurs, peu de points communs dans leur mode de vie les rapprochent. Pourtant Mathilde apprécie vite la douceur et la sérénité d’un foyer aimant. Elle découvre dans son beau-frère, un homme sympathique et prévenant. Et elle s’attache à leur petite fille. Mais cette image d’un bonheur serein lui renvoie avec fracas celle de sa propre condition de sa solitude de célibataire, sans emploi.

L’enlisement de cette situation pathĂ©tique la navre. Mais la dĂ©sinvolture apparente d’Agathe l’agace car Agathe ne semble pas se rendre compte de sa chance. Alors exaspĂ©rĂ©e par sa frustration, celle qui est perçue comme « la bontĂ© incarnĂ©e » enrage peu Ă  peu. Sa hargne progresse — lisez en fin chronique le passage de sa rencontre avec sa collègue (p.151) —, et finalement cette « gentille looser » rĂ©agit… pour procurer au roman une chute effroyable que je ne dĂ©voilerai pas, un dĂ©nouement on ne peut plus glauque imaginĂ© par l’auteur et qui vous sidĂ©rera.

Excellente lecture  !

Plus

Sur allocinĂ©.com. J’ai trouvĂ© un film peut-ĂŞtre Ă  venir 🎞👉  : https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=276715.html

CITATIONS / EXTRAITS

Page 23

Elle observa le cadre vide,  et la  Symbolique  lui sauta au visage.  c’Ă©tait sa vie,  sa nouvelle vie. un cadre, avec rien dedans.

page 39

Ils s’Ă©taient retrouvĂ©s tous les deux sur le balcon d’un appartement, Ă  une soirĂ©e, chez un ami commun ;  d’ailleurs il ne connaissait pas si bien que ça, c’est un ami commun. Disons, une vague connaissance commune. Un de ces ĂŞtres qui traversent votre existence et qui, malgrĂ© lui, sera l’organisateur de ce qui va bouleverser votre vie.

page 118

Quand vous souffrez, tout le monde vous considère comme un produit explosif. Vos interlocuteurs s’approchent de vous en espĂ©rant que le fil rouge et le fil bleu qui sont en vous ne vont pas leur faire exploser une bombe au visage.

p. 151 / J’ai adorĂ© cette semaine :

— Tout ce que tu me racontes, je m’en fous. Tu ne peux pas imaginer Ă  quel point je m’en fous. C’est le cas pour tout ce que tu me racontes  depuis toujours.  Ta vie est la chose la moins intĂ©ressante du monde, Ă  mes yeux. Je prĂ©fĂ©rerais le grand vide et un bon plutĂ´t que de continuer Ă  t’Ă©couter.
— …
— Si je t’ai vue ce soir, c’est uniquement pour donner un gage Ă  ma sĹ“ur. Elle veut que je sorte, que je reprenne une vie sociale. Et je ne sais pas pourquoi j’ai Ă©tĂ© idiote au point de penser Ă  toi. Je ne me souvenais pas de la torture que cela reprĂ©sentait.
— …
— En revanche, il y a une  chose sur laquelle je suis d’accord avec toi : ton Anthony,  il doit ĂŞtre assez gĂ©nial. Car pour te supporter, il faut vraiment ĂŞtre solide.
— …
— Je te laisse payer. Tu sais bien que je n’ai plus de travail »,  dit Mathilde en se levant pour quitter le bar.

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