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đź’śđź’śđź’śđź’śLA FILLE D’AVANT de J.P. Delanay

RÉSUMÉ 

Livre de poche
2018
500 p.

Jane sous le choc d’un bébé mort-né, doit trouver un logement au loyer plus accessible pour ses revenus réduits à cause d’un congé de maternité forcé. Ainsi, One Folgate Street, une espèce de forteresse des temps modernes répond tout à fait à ses vœux. Dotée d’un système connecté ultra performant, et d’une intelligence artificielle rendue possible grâce à des contacteurs et un wifi, cette maison assure au locataire une sécurité infaillible et un confort pratique. Et sa décoration spartiate, mais ultra-pratique permet de faire abstraction de toute question de goût et de sensibilité esthétique.
Edward Monkford, l’architecte créateur de ce dispositif n’a rien laissé au hasard en restant maître d’une sélection drastique des locataires établi sur un questionnaire exhaustif et méticuleux. Après un entretien, ceux-ci peuvent signer le bail conditionné à des règles strictes, presque liberticides.
Et bientôt, fort de son charisme Edward Monkford va séduire Jane, de plus en plus intriguée de sa ressemblance physique avec sa feue épouse. Alors, à partir de ouï-dire, elle va apprendre sa mort brutale d’Emma, l’ancienne occupante de la maison, ses consultations chez sa psy et sa relation avec Edward. Tous ces ouï-dire ébranlent peu à peu les certitudes de Jane. Est-elle, elle aussi en danger ?

MON AVIS

Comme dans « La femme parfaite », J.P. Delanay,  s’exerce Ă  une intrigue psychologique Ă  partir d’un genre d’anticipation. La donnĂ©e première de ce thriller domestique tourne autour d’une villa Ă  l’architecture futuriste. Sa conception originelle empreinte de gĂ©nie devait abriter sa propre famille mais depuis, un mystère l’entoure. La maison est censĂ©e influencer l’Ă©quilibre psychologique de ses occupants en vue d’optimiser un bien-ĂŞtre ou un mieux-ĂŞtre au risque de faire abstraction de leur intimitĂ©.

Des confidences de Jane et d’Emma, des occupantes successives de One Folgate Street s’égrainent au fil des chapitres. Elles cherchaient toutes les deux Ă  panser des souffrances psychologiques encore fraiches dans la sĂ©rĂ©nitĂ© de ce nouveau foyer. Et dans cette quiĂ©tude, Edward, le propriĂ©taire, va y insuffler une sensualitĂ© troublante et une sexualitĂ© torride. Cependant, la vie (des mensonges dĂ©jouĂ©s, des grossesses compliquĂ©es) va contrecarrer des calculs rigoureux de l’architecte.

UN THRILLER DOMESTIQUE

L’intrigue tourne autour des occupantes d’une mĂŞme maison. Au dĂ©but, on s’interroge sur les critères pour mĂ©riter d’habiter cette maison. Puis, avec quelques questions les plus improbables insĂ©rĂ©es en tĂŞte de chapitres, on se demande quelle est la rĂ©ponse attendue.

Peu Ă  peu, un mystère qui plane autour de la mort de la famille d’Edward, puis celle d’Emma Ă©veille Jane. Beaucoup de questions taraudent Jane… et nous aussi, donc ! Surtout quand celle-ci s’aperçoit qu’Edward reproduit le mĂŞme schĂ©ma avec les femmes. Sa relation avec s’apparente-t-elle Ă  celle qu’il entretenait avec Emma ? Mais au fait, comment Emma a disparu ?

UN ARCHITECTE, MODELEUR D’UN CADRE DE VIE

La technique d’Edward pour mettre les femmes dans son lit (je vous laisse la dĂ©couvrir) m’a fait tiquer. L’aspect brutal et amoral dĂ©concerte, certes, mais difficile d’admettre le succès d’un tel procĂ©dĂ©. Ce plan « drague » (si on peut ainsi dire) dĂ©range. Apparemment l’auteur l’a fait fonctionner avec des femmes meurtries psychologiquement, ou elle les fait passer pour des femmes faciles, ou des paumĂ©es rassurĂ©es quand ce genre de cupidon s’intĂ©resse Ă  elles. Un calcul de l’auteur pour renforcer l’idĂ©e d’une certaine perversitĂ© ne m’a pas plu.

Le charisme extrĂŞme de cet homme talentueux lui permet d’exercer une emprise phĂ©nomĂ©nale sur les femmes qu’il dĂ©sire. Sa rĂ©ussite et son talent professionnels expliquent son assurance avec les femmes, mais son art de sĂ©duire m’a carrĂ©ment dĂ©plu et pas du tout convaincue : son attitude cavalière avec les femmes me paraĂ®t outrancièrement exagĂ©rĂ©e.

LA MAISON, CADRE DE VIE

L’architecture suggĂ©rĂ©e soulève de jolies rĂ©flexions sur son cadre de vie : peut-elle influencer notre Ă©tat d’esprit ? Notre conscience s’encombrent-elle de meubles dĂ©coratifs, ou d’objets auxquels on accorde une valeur sentimentale ? Quelle place occupe le superficiel chez nous ? L’imagination de l’auteur pour la conception de la maison dĂ©crite dans le roman m’a subjuguĂ©e.

Une belle intrigue autour d’une maison, de la psychologie avec le thème de la rĂ©pĂ©tition et de nos erreurs inconscientes qui nous animent.  La psychologie prend une bonne part dans cet univers.

En bonus de l’intrigue que je qualifierais d’assez captivante, outre la crise du logement, de nombreux thèmes sont abordĂ©s : le deuil, les consĂ©quences d’un mensonge, le viol, le choix de la maternitĂ©, le choix de la non-paternitĂ©, la perte d’un enfant, les choix de la vie, avorter d’un enfant malade ou pas, l’emprise amoureuse, le choix du conjoint, l’adultère, la violence conjugale sous toutes ses formes.

Mais le style d’Ă©criture agrĂ©able des 450 pages env. permet une lecture facile avec une intrigue bien menĂ©e et un dĂ©nouement bien amenĂ©.

CITATIONS

« Ne vous excusez jamais pour une personne que vous aimez, lui dit-il sans élever la voix. Vous passez pour un connard. »

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