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💙💙💙💙LA DYNASTIE DES FORSYTE de John Galsworthy

RÉSUMÉ 

Archipoche
2020
480 p.

Angleterre. À l’époque victorienne.
Tome 1
Le début de la saga met en scène tous les membres des Forsyte lors des fiançailles de June, la plus jeune d’entre eux avec Phil Bosinney, un architecte en devenir. Sans fortune ni grande famille, celui-ci doit se familiariser avec l’étiquette des Forsyte où être intégré et accepté, il devra faire ses preuves. Déjà, le patriarche et grand-père de June, le vieux Jolyon, a conditionné son mariage à un minimum de revenus substantiels.
Le vieux Jolyon a éduqué June dès sa prime enfance et lui porte toute son affection, surtout à la suite de sa discorde avec son unique son fils Jolyon le jeune, aujourd’hui persona non grata. En effet, la famille a rompu tout lien avec lui depuis qu’il mène une vie d’artiste, un choix aux antipodes des règles conventionnelles des Forsyte.
Puis, peu après les fiançailles, Soames un neveu de Jolyon, et donc oncle de June s’est mis en tête d’acquérir une résidence secondaire. Son stratagème est d’en confier la construction à l’inexpérimenté Bosinney, et il escompte ainsi s’épargner une âpre négociation commerciale avec le nouvel arrivé dans le giron familial. Aussi, avec ce projet de propriété originale, qui assoit sa réussite sociale, le futur propriétaire vise en plus flatter son image pour ranimer son mariage avec la belle, mais distante Irène.
Mais bientôt, même s’il ignore les rumeurs sur l’ostensible entente cordiale entre Irène et Bosinney, Soames va nourrir de la rancÅ“ur pour l’architecte. En effet, le montant du prix de la facture de la maison dépasse les limites initialement fixées.
Comment va se régler ce différend commercial ? Quelle sera la réaction de la famille dans son ensemble, spectatrice du chaos relationnel entre Irène, June, Bosinney et Soames ? Comment vont évoluer l’harmonie des deux couples ? Quel parti va choisir Jolyon le vieux ?

Tome 2

12 années plus tard.
À sa mort, le vieux Jolyon a légué une partie de son patrimoine à Irène toujours séparée de Soames. Et, en vue de mieux préserver des intérêts de la jeune femme, les dispositions testamentaires prévoyaient une protection généreuse de Jolyon le jeune.
De son côté, l’âge aidant, Soames aspire à donner un héritier pour assurer sa filiation. Et pour ce projet, rompre son célibat lui impose une réconciliation avec son épouse actuelle ou une nouvelle union.
Or, l’intransigeance d’Irène va contraindre Soames de subir l’affront public d’un divorce. De plus, la possibilité d’une future descendance repose maintenant le fruit de son mariage avec Annette, une jeune Française.
Or, pendant ce temps, le soutien moral d’Irène de la part Jolyon, devenu veuf, va devenir le prétexte d’un rapprochement plus intime. D’ailleurs, tellement échaudée par la brusquerie de Soames, la magnifique femme s’accorde vite avec la sensibilité artistique de celui qui sera bientôt son mari malgré leur différence d’âge.
Ainsi, l’issue de leur mariage rempli de rancœurs, Irène et Soames vont restructurer leur vie de part et d’autre.

Tome 3

Soames et Jolyon proslpèrent en affaires et savourent les joies familiales avec leur descendance respective. Mais la haine des deux cousins persiste encore malgré le mariage d’Holly la cadette de Jolyon et de Val, le neveu de Soames.
Et durant ces années, la nouvelle génération a été écartée des querelles du passé entre ces deux branches Forsyte. Alors, quand ces derniers sympathisent outre mesure au gré d’une rencontre fortuite, ils s’étonnent des réticences communes de leur entourage. Eux qui ignorent tout des causes des ressentiments réciproques de leurs parents, ils ne comprennent pas cette exhortation à interrompre leur idylle naissante.  Comment ces enfants gâtés vont-ils réagir ?

MON AVIS

Une fresque sociale romanesque. Cette saga, écrite fin XIX et début du XXe siècle tout juste rééditée en format poche présente plusieurs générations de Forsyte sous l’ère victorienne. Cette famille est le parangon d’une société bourgeoise plaquée dans des clichés conventionnels, se décline en plusieurs tomes. Dans un style suranné très agréable, le roman traite de nombreux thèmes sociaux toujours actuels : la famille, le mariage, la place de la femme, la transmission, le couple, la vieillesse, la mort, les luttes des classes sociales.

La couverture représente bien le fast de la réception du début du récit. Il s’agit ici, des fiançailles de celles de la plus jeune des Forsyte avec Bonnisey. Son surnom Brigand affublé par la famille donne le ton.

SOCIETE EN EVOLUTION

On part de l’ère Victorienne avec les amours malheureux de June avec Phil pour finir à la fin des années 20 avec ceux de son frère Jon avec Fleur. On voit que l’Histoire lie ses évènements économiques et militaires (guerre mondiale, guerre des Boers)  à la fortune de la famille.

Le premier tome, justement intitulé « le propriétaire », présente tous les membres de la famille et s’attache en particulier à Soames, caractérisé par un instinct de possession développé. Son éducation l’a voué à réussir dans la finance sur les pas de son père, avec un sentiment inconscient  d’appartenance à une classe supérieure. Matérialiste, comme tous les membres de la famille, la carrière reste un outil pour acquérir des biens de valeurs. Bien investir dans l’art peut aussi devenir un autre moyen de s’enrichir. Les raisons du cheval de bataille de Soames, dans lequel il va placer sa rage est instructif car en effet l’art tient une place prépondérante dans la culture familiale. June la première a voué sa galerie d’art destinée aux « canards boiteux » des artistes incompris en mal de succès.

Car, Soames se désole de la platitude de son mariage avec Irène mais ne s’en inquiète pas outre mesure. L’insatisfaction de sa femme l’étonne quand même. Vu leur train de vie enviable, pourquoi ne l’aime-t-elle pas comme elle le devrait, puisqu‘elle a tout pour être heureuse !

LES CONVENANCES

Le deuxième personnage intéressant (mais ils le sont tous) est le patriarche, le vieux Jolyon.  Ce pilier historique en tant qu’ainé, rassure de sa seule présence. L’usure des années sans lui retirer son autorité naturelle l’a rendu plus apparemment sensible, à la fraicheur de la jeunesse pour mieux se plier au choix de sa petite fille. Son indulgence comme la modération, grandissant avec l’âge, le vieil homme révisera son modèle de vie et son intransigeance pour les exclus du cercle. Car on devine un trait de caractère affadi avec le temps.

L’unité de la famille soudée par des valeurs matérialistes subsiste malgré les désaccords – présents dans toutes les familles. D’ailleurs, le respect de protocoles, de la hiérarchie et du paraître subsistent quoi qu’il en soit.

LE CLAN ET LES PIÈCES RAPPORTÉES

La magnifique Irène, la meilleure amie de June jusqu’aux fiançailles est remarquable par sa distinction naturelle. Reconnue pour sa beauté incontestable et sa prestance, elle ne passe pas inaperçue dans une société superficielle, et finalement sa plastique a eu raison des principes de  la naissance. La belle potiche en puissance et pourtant… (rappelons que le texte a été écrit il y a plus d’un siècle).

Sa présence se distingue des autres membres de la famille, car l’auteur lui accorde peu de place dans l’action au début, ses faits sont surtout rapportés par les uns ou les autres. Mais sa discrétion s’explique et contraste avec l’assurance des autres membres de la famille. Dépourvue de fortune, elle se trouve coincée dans un mariage malheureux avec Soames. Et celui-ci, enferré dans sa conception du mariage ne comprend pas le dédain de sa femme qui a tout pour être heureuse. Alors, comme dans un microcosme un peu cloisonné quand un élément extérieur arrive, comme Bosinney, il apporte un nouveau souffle.

On la retrouve dans les tomes suivants et son personnage reste cohérent comme son choix de vie aussi.

L’AUTEUR

L’Å“uvre majeure romancier et dramaturge du britannique John Galsworthy fut adaptée en feuilleton télévisé britannique diffusé en 1967. En France, le feuilleton a été diffusé en 1970. Le feuilleton britannique tourné en noir et blanc, compte parmi les séries les plus populaires de la télévision anglaise et les plus vendues dans le monde entier. J. Galsworthy a reçu le Prix Nobel de Littérature en 1932. Son écriture très agréable dans un style suranné traitent de nombreux thèmes sociaux toujours actuels : la famille, le mariage, la place de la femme, le couple, la vieillesse, la mort, les classes sociales.

CITATIONS pour un avant-goût

Irène

La puissance d’attraction qui émanait d’elle, il y voyait un élément dans une valeur, les valeurs qu’elle avait à ses yeux comme étant l’une de ses propriétés. Mais à cause de cette puissance même, il supposait qu’Irène saurait donner autant que recevoir, et elle ne lui donnait rien ! « alors pourquoi m’a-t-elle épousé ? » se demandait-il continuellement.

Famille

La famille s’était réunie pour triompher de cela, pour manifester son unité tenace, illustrer glorieusement la loi de la propriété, grâce à laquelle il avait crû et prospéré comme un homme gonflant tous ses membres de sève, et atteint son plein développement au temps marqué.

p. 101/

Plus que pour chacun des autres, la famille était pour James une forte réalité. Il s’y donnait avec une sorte de naïveté, de primitive bonhomie : il aimait le foyer familial, il aimait le racontar et les grogneries. toutes ses décisions naissaient en lui de l’esprit collectif de la famille et, à travers cet esprit, de celui de plusieurs milliers d’autres familles de même subsistance.

p. 349/

…un livre serait-il utile ; il n’y avait que les journaux pour agir comme narcotique dans un tourment comme le sien. Les faits divers lui procuraient quelques apaisement.« Suicide d’une actrice, grave maladie d’un homme d’État, divorce d’un officier, incendie dans une mine. » Il lut jusqu’au bout ; c’était une petite ressource, le remède offert par le meilleur des médecins, notre goût naturel pour le malheur d’autrui.

p. 372/ Divorce

C’était la négation de tous les principes qui avaient jusque-là guidé la vie de Soames Forsyte. Ce que le terme avait d’intransigeant l’atterrait, il se sentait comme le capitaine d’un navire qui a jeté à la mer de ses propres mains ce qu’il y a de plus précieux dans sa cargaison. Abandonner volontairement ce qui lui appartenait allait contre toutes les habitudes de son être.

p. 416 :

Avec le temps, sa haine des conventions avait augmenté ; les orthodoxes qu’il affichait au cours des années 1870 arborer ses favoris, par simple bravade, il s’en était détaché depuis longtemps, ne gardant de révérence que pour trois choses seulement : la beauté, l’honorabilité, la fortune ; et maintenant, ce qui comptait le plus pour lui, c’était la beauté.

p.  431 :

Ne jamais se voir comme les autres vous voient, c’est une merveilleuse défense.

p. 476 :

Pourquoi imposer les expédients, les sordides opprobres et les échecs latents de la Cour des Divorces, quand Irène, pareille à une maison inoccupée attendait seulement que son légitime propriétaire en vint reprendre l’usage et la possession ?

p. 695 :

Comme la plupart de ses compatriotes, il maintenait que le mariage doit être basée sur l’amour. Et quand l’amour s’éteint, ou quand on a découvert qu’il n’a jamais existé, et bien, n’avouez jamais. On ne s’aime plus, mais la situation reste inchangée, Et on continue à faire semblant.… On ne tombe pas , comme les Français, dans le cynisme, le matérialisme et l’immoralité. De plus, le principe de propriété exige le maintien des apparences.

p. 749 :

Pourquoi commençons-nous la vie par la jeunesse ? Si nous naissions vieux pour aller rajeunir nous comprendrions les choses et nous perdrions cette mauvaise intolérance.

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