Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

💙💙💙💙💙 LE LIVRE DE JOE de Jonathan Tropper

RESUME

10/18
2013
412 p.
U.S.A.
Le retour de Joe Goffman dans son village natal va bouleverser la vie citadine et bling-bling de cet auteur célibataire en mal d’inspiration. Venu assister son père qui vient de faire une attaque cardiaque, un accueil glacial lui est réservé par tous.  En effet, la présence de celui qui est devenu un écrivain notoire est loin de faire l’unanimité de la communauté de Bush Falls même après des décennies de désertion. Son frère Brad le tolère tout juste, les connaissances populaires de sa génération comme les anciens lui affichent ostensiblement leur détestation. À l’époque déjà, Joe se voyait comme une brebis galeuse puisque ses goûts ne s’apparentaient pas aux standards, à savoir, apprécier jouer au basket et supporter l’équipe locale des Cougars qui fait la fierté de tous.
Il faut dire que le best-seller de Joe, son unique et premier roman qui a permis la consécration de son succès, révèle des pans obscurs de l’histoire du village et dans lequel il n’a pas lésiné sur la description de travers acérés des habitants à l’époque. Alors confronté à une ambiance hostile à son égard mêlée aux émotions du décès de son père, heureusement quelques personnes lui témoignent néanmoins le plaisir de le revoir. Ainsi, il découvre la responsabilité d’être le mentor d’un adolescent tel que son neveu Jared qui lui voue une admiration. D’autre part, Joe retrouve l’audace de Wayne, son meilleur ami au lycée, fragilisé aujourd’hui par un Sida, et son ancien premier amour Cathy devenue rédactrice en chef du journal local. Mais sur le trio d’amis ainsi recomposé plane le fantôme de Sammy, le catalyseur indirect des fêlures du passé.
Comment en quelques jours, la vie de Joe va-t-elle prendre un nouvel Ă©lan ?

MON AVIS

Offert il y a un temps infini, (ô pardon à mes bienfaiteurs de ce retard !), cet ouvrage a eu le mérite d’être le seul à pouvoir attirer mon attention durant le confinement, c’est dire sa qualité ! Car malgré ma ferveur pour la lecture, aucun ouvrage n’a réussi à retenir mon assiduité dans cette période.

Or, j’ai refermé ce livre avec regret car j’ai autant apprécié le narrateur que le scénario abordant de nombreux thèmes : les États-Unis, le travail d’écrivain, les rapports familiaux, la différence, l’homosexualité, les culpabilités engendrées par le suicide, la passion du sport et les dérives qui peuvent découler de toutes passions, le Sida, la fin de vie.

Le découpage du livre

Voici un charmant tableau des 90’s. Les souvenirs du narrateur font des allers-retours entre le prĂ©sent et cette pĂ©riode. À première vue, de la mĂŞme gĂ©nĂ©ration que lui, j’y ai retrouvĂ© des points communs sur les habitudes de cette Ă©poque, et les allusions aux tubes de variĂ©tĂ© d’alors nous les rappellent. L’action se situe aux USA, et on s’aperçoit que mĂŞme les français se retrouvent dans cette culture, les goĂ»ts de la jeunesse sont universels. Alors j’ai apprĂ©ciĂ© ces flash-backs parsemĂ©s au sein de la vie du narrateur qui n’embrouillent pas du tout le lecteur.

De plus, l’Ă©vocation d’une certaine amorce de l’Ă©volution de la sociĂ©tĂ© sont remĂ©morĂ©es dans le livre ; d’ailleurs avec en premier lieu, les prĂ©jugĂ©s sur l’homosexualitĂ© prĂ©valaient dans certains milieux, avec d’ailleurs des a priori très nĂ©gatifs imposĂ©s surtout dans le monde sportif. On s’aperçoit qu’aujourd’hui, les mentalitĂ©s ont nettement Ă©voluĂ©. Et le comportement des personnages dĂ©peints dans ce roman illustre les craintes, le jugements homophobes oĂą les homosexuels sont considĂ©rĂ©s comme des marginaux prĂ©sumer Ă©voluer dans des milieux dĂ©pravĂ©s. Le personnage de Wayne et de Sammy en sont particulièrement touchants par leur difficultĂ©s Ă  assumer leur diffĂ©rence et leur acceptation vis-Ă -vis des autres. Un roman social ?

Une déclinaison et interaction de personnages intéressante

En revenant dans son village natal, Joe va expĂ©rimenter le proverbe « Nul n’est prophète en son pays » car son livre ressemble Ă  une diatribe sur les travers de tous ses concitoyens avant son dĂ©part. Alors son retour au volant de sa luxueuse voiture allemande symbole de rĂ©ussite, il dĂ©clenche des animositĂ©s  en cascade, mais elles sont teintĂ©es d’humour quand il nous les relate.

Aucun mauvais sentiment n’anime Joe, notre anti-hĂ©ros malmenĂ©, incompris de tous Ă  part peut-ĂŞtre de son Ă©diteur Owen. Beaucoup d’interrogations l’agitent quant Ă  ses relations paternelles inexistantes, et une relation dĂ©cousue avec son frère. Beaucoup de ressentis s’emmĂŞlent du dĂ©but jusqu’Ă  la fin, mais sans jamais glisser dans le larmoyant.

Par contre, il a le don pour se laisser embringuer dans des histoires pas possibles, peut-être sa faiblesse est-elle d’être sensible aux autres mais sa tolérance pour les faiblesses d’autrui nous attendrissent. Ses repentis sur ses amours émeuvent aussi le lecteur. Sans tomber dans la guimauve, le dénouement de sa relation sentimentale, avec ses cafouillages, ses gaffes et ses regrets apaise les hostilités ambiantes du récit et les adversités de la vie auxquelles doit faire face Joe.Ainsi, on regarde un charmant tableau des 90’s.

Travail d’Ă©crivain

Dans le rĂ©cit se dĂ©gage en trame de fond la difficultĂ© d’Ă©dition oĂą la rencontre providentielle entre Ă©diteur et Ă©crivain tient une affinitĂ© spontanĂ©e entre des personnalitĂ©, sur le style d’Ă©criture, le sujet… Se dĂ©veloppe ici, une problĂ©matique particulière du hĂ©ros qui a connu une notoriĂ©tĂ© et une reconnaissance après un premier roman avec le piège qui se pose Ă  lui de devoir renouveler la mĂŞme performance. En effet, il s’agit de confirmer un talent, de prouver que la prĂ©cĂ©dente expĂ©rience n’est pas une hasard circonstanciel. Les auteurs en mal d’inspiration, bĂ©nĂ©ficieront d’une rĂ©flexion Ă  propos de leur vĂ©cu, dont les mauvaises poussières enfouies dans notre mĂ©moire peuvent constituer de la matière sur lesquelles structurer ses Ă©crits. Encore faut-il savoir exploiter ces ressources !

Que des points positifs quant au fond, et pour la forme, le format poche nous assure plus de 400 pages de lecture. Les libraires vous attendent, courrez-y pour l’acheter ou commandez-le ! 

Reader Comments

  1. Je l’ai lu il y a un bon moment dĂ©jĂ  et en ce qui me concerne, je n’avais pas du tout accrochĂ© Ă  l’Ă©criture de l’auteur ni Ă  l’intrigue….
    Je te souhaite une bonne journée !

    1. Oui c’est un livre dĂ©jĂ  ancien. Merci de ton avis, peut-ĂŞtre ai-je Ă©tĂ© clĂ©mente dans mon jugement en raison de mon inspiration très limitĂ©e en matière de lecture dans ma pĂ©riode de confinement. Mais j’avoue que ce livre m’a bien divertie et dĂ©paysĂ©e.

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