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đź’śđź’śđź’śLES TROIS MEURTRES DE WILLIAM DREVER de John Wainright

Résumé 

Sonatine
10/22
William Drever, un comptable sans histoires, vient d’être jugĂ© pour le triple meurtre de prostituĂ©es.  Sa dĂ©fense faiblarde au procès dĂ©stabilise ses proches, qui ne comprennent pas comment il a pu commettre de tels actes. Après plus de vingt ans de mariage, la vie de son Ă©pouse Carol s’effondre car la culpabilitĂ© de William ne fait de doute pour personne. 
Et à la disgrâce sociale, s’ajoute la révélation d’un détournement de fonds dans son travail. Pour rembourser sa société, un arrangement avait été convenu avec un remboursement sur son patrimoine familial, et celui-ci prendra effet dans un an.
Alors en plein désarroi, Carol se réfugie dans une tentative de suicide. Pendant son hospitalisation, sa sœur Liz sa belle-sœur Babs vont gérer ce qui reste de la famille.
Mais une certaine Ruth Lenley surgit dans leur vie en assenant une vérité dérangeante sur William mais qui le disculperait. Est-ce que  Babs et Liz, vont parvenir à rétablir l’équilibre après cette nouvelle?

Mon avis

Ce livre atypique, dĂ©bute avec l’illustration de ce postulat intĂ©ressant. En fait, ici le personnage principal parait fade et insignifiant et pourtant ce criminel est au cĹ“ur de tous les problèmes. Difficile Ă  qualifier car il n’est pas un policier, ni thriller, ni romance, ni vraiment psychologique ou tout Ă  la fois… Une lecture agrĂ©able, mais qui ne marquera pas ma mĂ©moire. 

L’OPPROBRE SOCIALE SUR UNE FAMILLE

Ă€ cause des crimes qu’il aurait commis, William Driver est devenu « Jack l’Imitateur » aux yeux des mĂ©dias et du public. OubliĂ©e sa respectabilitĂ© de bon père de famille ! Son image lisse est dĂ©jĂ  ternie Ă  cause de ses honteuses frĂ©quentations de prostituĂ©es, qu’il soumettait aux pires tortures… car il les dĂ©peçait !

En plus, se prétendre « non coupable », un rôle quasi passif et résigné comme unique moyen de défense à son procès n’a convaincu personne. D’où condamnation. Et si on part du fait que justice a été rendue, alors sa condamnation révèle sa culpabilité. Or, par répercussion, du même coup toute sa famille, souillée, va souffrir de cette situation infamante. Désormais, chacun sera considéré par rapport à son lien avec le criminel (mari, frère ou fils…).

Quand Ruth Linley arrive comme un chien dans un jeu de quilles avec ses révélations, elle chamboule les convictions, même si personne ne comprenait le comportement criminel de William.

Une descente aux enfers pour la femme du criminel qui se rĂ©fugie dans une tentative de suicide… comprĂ©hensible ! Difficile d’assumer publiquement un mari dĂ©pravĂ© devenu un sĂ©rial killer notoire sur des prostituĂ©es… et pour couronner le tout, cet arnaqueur risque de dĂ©pouiller sa famille Ă  cause de ses malversations financières.

UNE PALETTE DE PERSONNAGES dans la famille 

La dĂ©clinaison de dĂ©fauts et de qualitĂ©s composent tous les membres de la famille, du plus faible  au plus fort qui rĂ©agit diffĂ©remment Ă  la sentence. Au sein du noyau familial, la relation entre les sĹ“urs Carol et Liz interroge. La loyautĂ© inconditionnelle de Liz parait Ă©trange. Son influence et son aura met, selon moi, le lecteur mal Ă  l’aise. Sans doute le but recherché… Personnellement, sa forte personnalitĂ© comme celle de Babs m’ont plu. Ces 2 belles sĹ“urs ou tantes se ressemblent. Ces deux Ă©picuriennes ravivent la platitude familiale et colorent d’espoir le rĂ©cit un peu noir. Elles dĂ©tonnent avec Carol et William si terens.

MARIAGE VS CELIBAT.

L’idée du couple est ici assez négative.
Celui de Carole et William se résume à : Mensonge. Non-dit. Indifférence. Sans tendresse.
LBill et Mary Driver, ancré par le nombre d’années dans un vieux couple constitué connaissent aussi : non-dits, rancœurs, résignation et lassitude.

Le couple tout neuf de Robert le fils avec sa petite amie ragaillardit d’optimisme.

Mais les deux sœurs célibataires Liz et Babs semblent les plus épanouies du récit. Déterminées, leur histoire les a peut-être encouragées à s’affirmer, mais elles respirent l’indépendance, la liberté et la persévérance. À se demander si ces femmes sont épanouies et fortes parce qu’elles sont célibataires ou qu’elles sont célibataires parce qu’elles sont épanouies. En tout cas, contrairement à leur modèle familial, leur célibat n’est pas un problème.

Remerciements au site NetGalley et aux Ă©ditions Sonatine.

Citations

 P. 48
Le meurtre est un acte très résolu. Sans doute l’acte le plus résolu qu’on puisse concevoir. Non pas la mort donnée dans le feu de l’action, non pas la colère qui monte, la soudaine perte de contrôle et le geste exécuté dans la chaleur incandescente d’un esprit devenu fou. Non, pas ça. Une chose planifiée. Réfléchie. Une chose qui se fait pas à pas, que l’on commet et sur laquelle on brode afin de la rendre encore plus diabolique. Un acte très résolu[…]
Lorsqu’arrive ce genre d’événement, vous avez tendance à éplucher le passé jour par jour – presque heure par heure – pour y déceler des signes. Avec la conviction qu’il a forcément dû y avoir quelque chose. Quelque chose que vous auriez dû voir mais qui vous a échappé. Une humeur changeante, par exemple. Un indice que vous avez négligé. Un épisode aussi dérisoire qu’inexpliqué. Un léger changement de comportement, voire une différence dans la manière de parler, de s’habiller, de réagir aux situations du quotidien. L’esprit était incapable d’accepter que trois meurtres, commis avec un sadisme abominable, aient pu ne s’accompagner d’aucune manifestation extérieure.
p.107
Un peu poussiéreux sur les bords, peut-être, mais enfin le droit – même pénal – est une discipline poussiéreuse. Le temps qu’une affaire atterrisse au tribunal, tout le sang a été nettoyé, toutes les haines et les jalousies mesquines ont été enrobées dans des déclarations pesées au trébuchet, toutes les péripéties ont été réduites à de simples questions et réponses. D’où la tendance des avocats à être insensibles, ternes et, quand ils ne sont pas entre eux, d’une compagnie sinistre.
p.123
– Chérie. » Babs ressembla alors à une mère prodiguant sa sagesse à une enfant légèrement attardée. « On sort tous d’un trou, on finit tous au fond d’un trou. Entre les deux… c’est à nous de jouer. La facilité ou la difficulté. C’est très simple. Il faut choisir : tu mâches ou tu recraches. Moi  ? Il n’y a que les bons morceaux qui m’intéressent. »
P ;136
La femme la plus sotte peut mener un homme intelligent ; mais il faut qu’une femme soit bien adroite pour mener un imbécile.
Rudyard Kipling, Simples contes des collines

L’AUTEUR (source Bebelio.com)

Nationalité : Royaume-Uni (1921-1995) écrivain, auteur de romans policiers.

Il a également publié quatre titres sous le pseudonyme Jack Ripley.

Il quitte l’Ă©cole Ă  quinze ans. Il a d’abord travaillĂ© dans l’immobilier, puis s’est engagĂ© dans l’aviation anglaise oĂą il a servi en Afrique de l’Ouest. Il a Ă©tĂ© canonnier dans la tourelle des bombardiers Lancaster de la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1947, il rejoint la police, West Riding Constabulary, Ă  Yorkshire, oĂą il a participĂ© Ă  d’importantes enquĂŞtes. Pendant son temps libre, il fait des Ă©tudes et obtient un diplĂ´me en droit en 1956.

En 1965, il Ă©crit son premier roman policier, acceptĂ© par George Hardinge, Ă©diteur au Collins Crime Club, et publiĂ© sous le titre « Death in a Sleeping City ». En 1966, Wainwright quitte la police pour se consacrer Ă  l’Ă©criture Ă  plein temps.

Auteur de quatre-vingt-trois romans, il a également écrit des nouvelles (publiées en recueil, pour la plupart), sept dramatiques radiophoniques et de nombreux articles de presse.