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💜💜💜 MEURTRE AU RITZ de Michèle Barrière

Quatrième de couverture

Edition Le livre de Poche
295 pages
Alors que l’affaire Dreyfus bat son plein, César Ritz est sur le point d’ouvrir les portes de son nouveau palace parisien, dont les cuisines ont été confiées au grand chef Auguste Escoffier. Quel n’est donc pas le choc ressenti lorsque, à quelques jours de l’inauguration, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé pendu dans une chambre froide du Ritz. Pour ne pas ébruiter l’affaire, l’enquête est confiée au filleul d’Auguste Escoffier, Quentin Savoisy, jeune journaliste gastronomique au Pot-au-Feu. Épaulé par sa fiancée aristocrate et féministe de la première heure, Quentin est loin d’imaginer qui se cache derrière ce terrible meurtre.

MON AVIS

Je dĂ©couvre Michèle Barrière avec ce roman. Sa plume prolixe nous gratifie d’une bibliographie de plus de dix-huit romans conçus dans la mĂŞme trame. Il s’agit d’enquĂŞtes policières menĂ©es dans un contexte historique, du Moyen-Age jusqu’aux annĂ©es 30). Ainsi, ici, « Meurtre au Ritz » illustre maints faits sociaux et politiques situĂ©s au dĂ©but du 20ème siècle. Les amateurs de romans historiques et politiques se rĂ©jouiront de baigner dans cette ambiance troublĂ©e dans Paris et autres  capitales d’Europe juste avant la Première Guerre Mondiale.

UN POLAR MONDAIN

L’intrigue dĂ©bute avec la dĂ©couverte du cadavre de Justine Baveau venue pour un entretien d’embauche au Ritz. Avec ce crime commis dans l’arrière cuisine de l’HĂ´tel encore en travaux Ă  quelques jours de son inauguration, la tension est Ă  son comble car :

« Le Gotha international, la plus haute finance, les artistes, les sportifs, les femmes les plus recherchées, les lanceurs de mode, tous avaient répondu à son invitation. C’était un triomphe. »

Le rĂ©cit vise Ă  rendre une image concrète CĂ©sar Ritz du fondateur avant-gardiste du palace du mĂŞme nom. Fort de sa rĂ©ussite Ă  Londres Ă  l’Hotel de Savoie, et de  l’illustre cuisinier Auguste Escoffier, Ritz a assurĂ© sa rĂ©putation mondiale. D’ailleurs, elle perdure encore aujourd’hui. Les dĂ©tails de son exigence de professionnalisme, son modernisme, et son perfectionnisme exacerbĂ© expliquent son succès. Quelle magnifique cadre fastueux pour mettre en scène un crime sordide ! Le candide et docile Quentin Savoisy, filleul d’Escoffier, va devoir Ă©lucider le crime de Justine. Crime demeurĂ© cachĂ© au public pour Ă©touffer tout scandale. Alors, de simple chroniqueur culinaire, le personnage de Quentin va prendre de l’envergure d’un dĂ©tective avec cette  dĂ©licate enquĂŞte. 

La pression exercĂ©e sur Quentin va dĂ©gourdir ce jeune homme d’habitude rĂ©servĂ©, amoureux de Diane, dotĂ©e d’une forte personnalitĂ©. Sa pugnacitĂ© et son courage le pousse Ă  surmonter ses peurs, et ses a priori. L’enquĂŞte va balader le jeune homme de complots en complots, le mettre en danger, et le faire douter de tous, mĂŞme de la police. Pendant ce temps, les morts s’ajoutent.

DANS LES RUE DE PARIS

Un roman social aussi selon moi , car les pages du livres dĂ©crivent un Paris oĂą mĂ©langent toutes les classes sociales. Notre hĂ©ros dĂ©ambule dans Montmartre, chemine le long des restaurants, troquets, et auberges… On se rend aux Halles, près de l’OpĂ©ra, on visite les Halles, grand marchĂ© d’avant-Rungis…

Dans cette pĂ©riode oĂą l’homme a la part belle, l’auteure redonne Ă  la femme sa lettre de noblesse par l’intermĂ©diaire de Diane, la fiancĂ©e de Quentin. Ce couple rompt les barrières sociales de l’époque en osant une mĂ©salliance (lui, roturier et elle, noble). De plus, leur union libre illustre une modernitĂ© affichĂ©e.

FĂ©ministe militante, indĂ©pendante, et instruite, et un brin fantaisiste quand on la connait ses origines nobles, la jeune femme dĂ©tonne avec ses contemporaines. Moderne, son rang social pourrait la dispenser de travailler, et pourtant, elle s’active avec enthousiasme. Elle Ă©crit pour LA FRONDE, un journal engagĂ© et fĂ©ministe. Diane ne lĂ©sine pas sur les prises de risques pour l’amour de son mĂ©tier. M. Barrière n’est pas avide de renseignements historiques sur la question, vĂ©rification faite par moi-mĂŞme…). La Fronde crĂ©Ă© par la patronne de Diane, Margueritte Durand ont vraiment existĂ©.

ROMAN POLITIQUE

L’environnement alentour populaire teintée de paupérisation paraît indécent à côté du faste du Ritz. D’où l’idée d’y insérer des éléments politiques.

La mort de Justine Baveau suscite moults questions que notre intrĂ©pide hĂ©ros va devoir dĂ©nouer. Les complots politiques fourmillent dans cette France encore traumatisĂ©e par la guerre de 1870. La France couvent de nombreux perturbateurs de tous les cĂ´tĂ©s : AntisĂ©mite, Les Nationalistes, comme la Gauche internationale, les anarchistes, revendiquent des droits et attentats au noms de leur cause. Difficile de s’y retrouver dans toute cette violente populaire. Ainsi, d’un banal crime digne d’un fait divers, Quentin va comprendre la possibilitĂ© d’une tournure politique, et ses pistes vont multiplier jusqu’Ă  ĂŞtre sidĂ©rĂ© par la finale. Il ressort de ce livre un sentiment d’une pĂ©riode politique trouble oĂą l’extrĂŞme dĂ©nuement de la population supporte mal l’opulence avoisinante. LĂ  encore, nombre rĂ©fĂ©rences historiques colorent le rĂ©cit de noms, et de faits rĂ©els.

ROMAN GASTRONOMIQUE

Les recettes, les mets, desserts et menus divers assaisonnent presque toutes les pages et titillera les papilles de tous les gourmands et les autres. Le livre s’assimile Ă  un guide des bonnes tables de l’Ă©poque.

Un soupçon d’humour teinte ce contexte politique. En effet, les menaces des Nationalistes imposent une requalification des menus. Comme les plats ne doivent faire rĂ©fĂ©rence qu’Ă  la France au mĂ©pris des plats bien plus raffinĂ©s conformes Ă  un restaurant gastronomes, les plats servis au Ritz pr l’inauguration font sourire.

N’oublions pas de rendre à César ce qui lui revient. Prenez cet exemple : la pêche Melba a été inventée par Auguste Escoffier.

Autre note insolite avec la prĂ©sentation d’un dĂ©calage alimentaire avec notre Ă©poque. La revue culinaire « Pot au feu » oĂą Ă©crit Quentin, Ă©voque une recherche sur la consommation de viande d’ours !

La fin du livre propose un recueil de plusieurs recettes traditionnelles.

Mon regret :

NoyĂ©e dans les rebondissements de l’enquĂŞte, les quelques mois qui me sĂ©parent de la lecture m’ont brouillĂ© les souvenirs sur les mobiles des crimes.

Une belle lecture. Livre dense et riche qui se lit en plus de deux soirées. Et on passe un bon moment.

Vous pouvez vous le procurer sous le format pratique de Livre de Poche chez votre libraire, chez DECITRE ou Ă  la FNAC.
Votre avis sur la chronique ou le livre est le bienvenu…

Citation(s) pour en avoir avant-goût

– P. 62 : « Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando… ».
Qui est le coupable, quel est le crime, où est-il commis, par quel moyen, pourquoi, de quelle manière, quand ?

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