Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

💙💙 MAESTRO de Cécile Balavoine

RESUME

Mercure de France
07/2017
Cécile, journaliste, interviewe « Un Maestro » de renommée internationale. Durant cet échange téléphonique, une symbiose est née entre le chef d’orchestre et cette passionnée de musique. L’entretien se poursuivra au-delà de l’interview entre lui, charmé par l’enthousiasme de Cécile, et elle, subjuguée par son statut de chef d’orchestre. Leurs échanges donneront corps à cet ouvrage en guise de message de Cécile où elle se livre à lui.
Depuis sa dĂ©couverte de Mozart depuis sa tendre enfance, tout rapprochera indirectement CĂ©cile Ă  suivre la trace de celui qu’elle tient en passion. Sa destinĂ©e martèlera par choix ou hasard sa propre vie de rappels avec celle de l’illustre musicien : les vacances en famille Ă  Salzbourg oĂą un guide lui permet de jouer sur le piano-forte aux touches d’ivoire et d’ébène, le mĂ©moire de ses Ă©tudes porte sur la comte Collodero commanditaire de Mozart…
Malheureusement, la vie va contrecarrer ses projets de carrière dans le chant. En effet, son vĹ“ux d’entrer dans une Ă©cole prestigieuse de Paris sera avortĂ© Ă  cause d’un sĂ©rieux ennui de santĂ©. Sa voix relĂ©guĂ©e en version « mi-figue mi-raisin » forcera l’enfant Ă  intĂ©grer un collège ordinaire. Elle poursuivra des Ă©tudes dans l’objectif de devenir journaliste, non sans oublier pour autant ses inclinations musicales. Elle a dĂ©jĂ  renoncĂ© Ă  son histoire avec Massimo pour avoir osĂ© dĂ©nigrer le gĂ©nie de Mozart, …
Les confidences de Cécile à un Maestro marié et père de famille dans une communion d’âmes sœurs musicale s’accorderont pour un partage de passion dans une relation chaste et d’admiration réciproque.
Mais jusqu’où ira cette relation platonique ?

MON AVIS

Ce livre fait partie des livres proposés pour la sélection des premiers romans au festival du premier roman de Chambéry pour la saison mai 2018.

J’ai aimé

La construction du roman de la narratrice à la première personne se combine bien avec les voyages dans le temps qui cassent le risque d’une certaine monotonie.

Un amour inconditionnel pour Mozart, ce génie si complexe :

Je m’étais mise à L’aimer comme on aime un vivant.[… ] Il s’était collé à moi comme un suaire invisible, comme un suaire épouse la peau, se mêle à sa substance et la protège de ce qui bruisse et menace au-dehors.

L’ouvrage suscite l’envie de (re)dĂ©couvrir l’œuvre de Mozart dans son intĂ©gralitĂ©. La description des morceaux du prodige, l’analyse de leur musicalitĂ© et des rythmes invitent Ă  Ă©coute attentive avec la description de CĂ©cile Ă  l’appui ( cf. page 169 ou 168. et page 136).

Jolie combinaison de mots où la narratrice fait inconsciemment (ou pas) un transfert entre Mozart et le Maestro. Elle idolâtre du même coup les deux. Et le vouvoiement persistant entre eux marque une distance respectueuse. Par exemple :

Je pense à vous Maestro, et à cette évidence : Maestro, Mozare, Mozart. Une lettre de trop. Un s plutôt qu’un z. Imparfait anagramme.

Le souvenir de CĂ©cile, lors de sa sĂ©lection au concours de chant. Il me rappelle Ă  l’extrait de La Passion du Verbe oĂą l’actrice Brigitte Fossey(cf. le blog) relate son casting pour « jeux interdits ». Dans ces deux cas, les narratrices l’enjeu Ă©tait minime sans aucun espoir et pourtant, Ă´ surprise !

Le ressenti de la narratrice sur la naissance de sa petite sœur Lucie :

Je suis entière du dehors. Mais dedans ? Dedans, j’en suis certaine, quelque chose ne va pas. Sinon personne n’aurait pas eu besoin de fabriquer une autre fille.
C’est une fille de lumière. Une lumineuse luciole. Elle éclaire tout, elle irradie. Pourtant la blessure reste là, béante, insurmontable, le sentiment, la sensation de n’avoir pas pu, de ne pas avoir su être assez.

 J’ai moins aimé :

Les personnages ne m’ont pas Ă©mue.  CĂ©cile, outre sa parfaite connaissance de l’œuvre et le personnage de Mozart, ne m’a pas sĂ©duite, elle m’a mĂŞme un peu irritĂ©e. Le Maestro ne m’a pas convaincue non plus (il reste impersonnel, sans ĂŞtre jamais nommĂ©). Ses silences, son manque de disponibilitĂ© et d’investissements (Ă  part ses messages laconiques), ses retenues, et son manque de fantaisie n’aident pas Ă  cerner la sympathie de cet homme.

La romance entre maestro et Cécile m’a dérangée. Au prétexte de leur goût commun pour la musique, il semble que soit avant tout le prestige du chef d’orchestre qui ait séduit Cécile. Amoureuse sans se l’avouer, on dirait une adolescente grisée comme à son premier rendez-vous… Comme pour se donner bonne conscience, ils s’imposent mutuellement une retenue dans leurs appels, leurs gestes et leurs paroles ; pour rester chaste en rapport avec leur conjoint respectif. Difficile d’adhérer à leur histoire, de compatir à leur amour quasi-impossible car le Maestro, a été franc, il ne quittera pas sa femme.

Je n’ai pas aimé (ne pas lire pour garder du mystère) :

Une histoire adultérine somme toute banale : Un homme marié, avec un statut de pouvoir contraint dans ses déplacements professionnels doit gérer les tourbillons de sa conscience tentée par l’intelligence d’une femme que l’on suppose séduisante.

Un passage d’amour plus charnel me parait surfait, mĂŞme dans une ambiance Mozartienne non vierge de sensualitĂ©. J’ai presque Ă©prouvĂ© du dĂ©gout, me rappelant un certain film publicitaire d’un dĂ©odorant lorsque une lumière diaphane une femme embrassait l’aisselle d’un homme ex : Je passe ma langue sur votre front mouillĂ©, vos tempes, battantes et ruisselantes.

Elle, Cécile maitresse de ce Maestro soumise et subjuguée par son statut et la puissance de ce Maitre, se plie aux contraintes de son programme, accepte les règles du jeu qu’il établit.

J’ai été ravie de me baigner dans l’univers de Mozart car l’écriture est fluide et agréable ; mais j’ai éprouvé des difficultés à partager les efforts de Cécile pour s’approprier son Maestro.

Et vous, que pensez- vous de la chronique ? Avez-vous envie de lire l’ouvrage ? L’avez-vous dĂ©jĂ  lu, d’accord ou pas d’accord avec moi ? N’hĂ©sitez pas Ă  laisser un commentaire…


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