Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

💙💙 MAESTRO de Cécile Balavoine

RESUME

ISBN : 2715245440 

        Mercure de France (06/04/2017)

 

Cécile, journaliste, interviewe « Un Maestro » de renommée internationale. Durant cet échange téléphonique, une symbiose est née entre le chef d’orchestre et cette passionnée de musique. L’entretien se poursuivra au-delà de l’interview entre lui, charmé par l’enthousiasme de Cécile, et elle, subjuguée par son statut de chef d’orchestre ; leurs échanges donneront corps à cet ouvrage en guise de message de Cécile où elle se livre à lui.
Depuis découverte de Mozart déjà enfant, tout rapprochera indirectement Cécile à suivre la trace de celui qu’elle tient en passion. Sa destinée martèlera par choix ou hasard sa propre vie de rappels avec celle du musicien : les vacances en famille à Salzbourg où un guide lui permet de jouer sur le piano-forte aux touches d’ivoire et d’ébène, le mémoire de ses études porte sur la comte Collodero commanditaire de Mozart…
Son projet de faire carrière dans le chant en entrant dans une école prestigieuse de Paris sera avorté : à cause d’un sérieux ennui de santé. Sa voix reléguée en version « mi-figue mi-raisin » forcera l’enfant à intègrer un collège ordinaire qui poursuivra des études pour devenir journaliste, non sans oublier pour autant ses inclinations musicales. Elle a déjà renoncé à son histoire avec Massimo pour avoir osé dénigrer le génie de Mozart, …
Les confidences de Cécile à un Maestro marié et père de famille dans une communion d’âmes sœurs musicale s’accorderont pour un partage de passion dans une relation chaste et d’admiration réciproque.
Mais jusqu’où ira cette relation platonique ?

MON AVIS

Ce livre fait partie des livres proposés pour la sélection des premiers romans au festival du premier roman de Chambéry pour la saison mai 2018.

J’ai aimé :

  •  La construction du roman de la narratrice Ă  la première personne se combine bien avec les voyages dans le temps qui cassent le risque d’une certaine monotonie.
  •  Cet amour inconditionnel pour Mozart, ce gĂ©nie si complexe :
Je m’étais mise à L’aimer comme on aime un vivant.[… ] Il s’était collé à moi comme un suaire invisible, comme un suaire épouse la peau, se mêle à sa substance et la protège de ce qui bruisse et menace au-dehors.
  •   L’ouvrage nous donne envie de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir l’œuvre de Mozart dans son intĂ©gralitĂ©. La description des morceaux du musicien, et l’analyse de leur musicalitĂ© et rythme incitent Ă  les Ă©couter avec la description de CĂ©cile Ă  l’appui ( cf. page 169 ou 168. et page 136).
  • Joli combinaison de mots oĂą la narratrice fait comme un transfert entre Mozart et le Maestro qu’elle idolâtre du mĂŞme coup Ă  travers le Maestro. Le vouvoiement marque cette distance respectueuse entre :
Je pense à vous Maestro, et à cette évidence : Maestro, Mozare, Mozart. Une lettre de trop. Un s plutôt qu’un z. Imparfait anagramme.
  • Le souvenir de CĂ©cile, lors de sa sĂ©lection au concours de chant. Il me rappelle Ă  l’extrait de La Passion du Verbe oĂą l’actrice Brigitte Fossey relate son casting pour « jeux interdits ». Dans ces deux cas, les narratrices l’enjeu Ă©tait minime sans aucun espoir et Ă´ surprise !
  • Le ressenti de la narratrice sur la naissance de sa petite sĹ“ur Lucie :
Je suis entière du dehors. Mais dedans ? Dedans, j’en suis certaine, quelque chose ne va pas. Sinon personne n’aurait pas eu besoin de fabriquer une autre fille.
C’est une fille de lumière. Une lumineuse luciole. Elle éclaire tout, elle irradie. Pourtant la blessure reste là, béante, insurmontable, le sentiment, la sensation de n’avoir pas pu, de ne pas avoir su être assez.

 J’ai moins aimé :

– Les personnages ne m’ont pas Ă©mue.  CĂ©cile, outre sa parfaite connaissance de l’œuvre et le personnage de Mozart, ne m’a pas sĂ©duite. Le Maestro ne m’a pas convaincue non plus (il reste impersonnel, sans ĂŞtre jamais nommĂ©). Ses silences, son manque de disponibilitĂ© et d’investissements (Ă  part ses messages laconiques), ses retenues, et son manque de fantaisie n’aident pas Ă  cerner la sympathie de cet homme.

– La romance entre maestro et CĂ©cile m’a dĂ©rangĂ©e. Au prĂ©texte de leur goĂ»t commun pour la musique, il semble que soit avant tout le prestige du chef d’orchestre qui ait sĂ©duit CĂ©cile. Amoureuse sans se l’avouer, on dirait une adolescente grisĂ©e comme Ă  son premier rendez-vous… Comme pour se donner bonne conscience, ils s’imposent mutuellement une retenue dans leurs appels, leurs gestes et leurs paroles ; pour rester chaste en rapport avec leur conjoint respectif. Difficile d’adhĂ©rer Ă  leur histoire, de compatir Ă  leur amour quasi-impossible car le Maestro, a Ă©tĂ© franc, il ne quittera pas sa femme.

Je n’ai pas aimé (ne pas lire pour garder du mystère) :

Une histoire adultérine somme toute banale : Un homme marié, avec un statut de pouvoir contraint dans ses déplacements professionnels doit gérer les tourbillons de sa conscience tentée par l’intelligence d’une femme que l’on suppose séduisante.

Un passage d’amour plus charnel me parait surfait, mĂŞme dans une ambiance Mozartienne non vierge de sensualitĂ©. J’ai presque Ă©prouvĂ© du dĂ©gout, me rappelant un certain film publicitaire d’un dĂ©odorant lorsque une lumière diaphane une femme embrassait l’aisselle d’un homme ex : Je passe ma langue sur votre front mouillĂ©, vos tempes, battantes et ruisselantes.

Elle, Cécile maitresse de ce Maestro soumise et subjuguée par son statut et la puissance de ce Maitre, se plie aux contraintes de son programme, accepte les règles du jeu qu’il établit.

J’ai été ravie de me baigner dans l’univers de Mozart car l’écriture est fluide et agréable ; mais j’ai éprouvé des difficultés à partager les efforts de Cécile pour s’approprier son Maestro.

Et vous, que pensez- vous de la chronique ? Avez-vous envie de lire l’ouvrage ? L’avez-vous dĂ©jĂ  lu, d’accord ou pas d’accord avec moi ? N’hĂ©sitez pas Ă  laisser un commentaire…

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