Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

💜💜💜💜 MEFIEZ-VOUS DES CONTREFAÇONS d’Agnès Boucher

RESUME

isbn :2370111372
Hélène Jacob (17/05/17)
Victoire rentre au petit matin d’une nuit torride passĂ©e chez son amante Ludovique Vernon.
Dans la pénombre et le silence des rues de Paris silencieuse, elle ne se retient pas de se livrer à sa marotte : à coup de poignard, elle lacère les pneus de toutes les voitures sur son trajet. Survient à quelques mètres d’elle, une altercation entre une femme esseulée avec un homme. D’instinct, Victoire s’interpose pour sauver la vie d’une femme sous le joug d’un homme, mais sans succès car la victime meurt étranglée. Au milieu de la bagarre, Victoire poignarde l’épaule de l’agresseur, et de son côté son visage porte les traces de la violence des coups assénés. Surpris par des témoins, chacun prendra la suite de son côté.
Ce qu’elle considère comme un fait divers, va mêler Victoire dans une affaire de serial killer qui sévit dans la région parisienne sur des jolies femmes célibataires.
Secrète de nature, Victoire va taire l’épisode, exceptée Adèle, son amie et associée dans son activité de taxi.
Pendant que se dĂ©ploie une enquĂŞte pour dĂ©couvrir l’assassin maintenant de cataloguĂ© de serial killer, la sĂ©rie de crimes continue. Par le plus grand des hasards (!), Victoire pourtant dĂ©sireuse d’oublier cette fameuse nuit et la mauvaise rencontre, voit tous ses proches de près ou de loin liĂ©s Ă  cet Ă©pisode qu’elle est pourtant dĂ©sireuse d’oublier au plus vite… :
Témoin involontaire d’un des meurtres, elle se retrouve prise en tenaille entre la sœur d’une des enquêteurs et une journaliste à l’affût de la moindre exclusivité. On a rarement fait pire comme situation explosive.

MON AVIS

Merci Ă  l’auteur de ce SP. Dès le dĂ©but de ce polar, le cadre choisi d’un Ă©tang calme et paisible nous plonge avec Lisa dans une ambiance tendue pourtant baignĂ©e de quiĂ©tude mais il laisse prĂ©sager un funeste dĂ©roulement.
Il faudra lire ces quelques presque 400 pages avec une certaine attention, au risque de perdre le fil avec le nombre des personnages (j’en décompte six du côté de la police et une douzaine pour le reste). Je considère cela comme un avantage, car j’ai apprécié la panoplie de personnages dépliés tout au long du récit. Bien différenciés, ils favorisent un certain dynamisme à l’enquête qui sans eux, risquerait de devenir monotone avec des crimes qui se suivent et présentent des similitudes.
L’équipe de la brigade est détaillée à l’apparition de ses membres ; ensuite, leurs atouts et leurs faiblesses sont affinés au fur et à mesure du déroulement de l’enquête. Ainsi bien individualisés ils prennent corps dans leur rôle avec leurs caractères propres bien décrits pour que les lecteurs les distinguent avec précision dans leur travail, leurs questions et leurs raisonnements.
Le commissaire Tahar Agnelli se distingue du lot pour donner la dimension d’un polar Ă  l’ouvrage. Meneur d’hommes douĂ© d’impartialitĂ© dans les enquĂŞtes, mais loin d’être dupe sur la nature humaine, il nous Ă©voque le commissaire Adamsberg de l’armĂ©e furieuse de Fred Vargas. Et la fin du livre nous laisse penser que le personnage d’Agnès Boucher a l’envergure d’être revu dans une prochaine enquĂŞte.
Ici, on entrevoit le monde gay, dans un degré limite voyeuriste dans les scènes d’amour de Victoire et Ludovique. L’auteure s’amuse avec les mots pour confondre le lecteur : elle stimule sa mémoire encombrée de prénoms mixtes pour des lesbiennes, ou carrément masculinisés pour une femme mariée (Léo pour Léopoldine) et ajoute de la confusion des prénoms en patronyme comme Hugo, et y adjoint des noms germanique imprononçable.
L’orientation sexuelle et des jeux de séduction entre les personnages occupent une bonne place dans l’histoire. On pénètre dans le monde lesbien, et on sourit de voir tous les hommes éconduits par entre autre, Ludovique, ce parangon de femme fatale. La séduction concurrentielle des bisexuelles fragilise l’assurance dans les relations sentimentales des gays, en tout cas de Ludovique qui s’interroge sans cesse à devoir rivaliser avec le sexe opposé. C’est Adèle la plus touchante, l’amoureuse transie pour sa meilleure amie ; elle lui est loyale et dévouée malgré l’indifférence et la dureté à laquelle Victoire la confronte.
Victoire, cette femme intelligente, secrète et solitaire est affublée d’un caractère hors du commun, hors des stéréotypes. Elle représente le paradoxe par excellence : Sa sexualité bien assumée tranche avec ses secrets bien gardés. Son éducation bourgeoise, conservatrice empreinte d’une éducation traditionnelle est aux antipodes de son mode de vie simple et nature. Sa culture raffinée dénote avec sa inélégante marotte. Son refus d’être soumises aux principes paternels (la lecture vous éclairera) a produit une anarchiste convaincue mais qui cependant, ne rechigne pas à profiter des fruits du capitalisme en bonne rentière.
Quant au criminel, son identitĂ© reste bien camouflĂ©e jusqu’à la fin, ne se laisse pas dĂ©voiler avant les dernières pages. Belle performance d’un suspens bien tendu dans les chapitres qui lui sont consacrĂ©s oĂą c’est lui le narrateur. Ses rĂ©flexions nous conduisent aux spectacles des charniers dĂ©crits avec tact mais rĂ©alisme. ObĂ©issant Ă  son « dogme » quand « satisfaire ses exigences Ă©quivaut Ă  combler sa propre jouissance ».
Je vous recommande ce roman à l’écriture est agréable et aux chapitres bien équilibrés. A bientôt peut-être pour le retour du commissaire Agnelli ?
 
Quelques phrases plaisantes (mĂŞme s’il y en a beaucoup d’autres) :
 
Son ange gardien a mis les voiles avec sa sœur la chance, et tous deux l’ont abandonné à la terrible réalité de son sort, laissant leur copine la déveine prendre la place laissée vacante.
Surtout ne pas verser dans un sentimentalisme de mauvais aloi, cela rendrait les choses plus difficiles bien inutilement. Il va falloir lui faire peur. La jouissance n’en sera que plus forte.
En face de lui, Geneviève Maudouit semble tĂ©tanisĂ©e. Tout compte fait, la fiction est plus reposante, Navarro reste poliment confinĂ© dans la tĂ©lĂ©. MĂŞme la grimace que s’autorise Agnelli pour la renvoyer derrière son petit Ă©cran ne la rassure pas vraiment. 

Et vous, que pensez- vous de la chronique ? Avez-vous lu le livre, d’accord ou pas d’accord avec moi ? N’hĂ©sitez pas Ă  laisser un commentaire…


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