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💙💙💙 LOIN DES FAUVES de Philippe Saimbert

RESUME

Auto-édité
Nov 2017
230 pages
Jean, vit dans le Béarn dans la propriété agricole de sa belle-famille, les Graveaux. Depuis sa démission comme employé de banque, sa situation familiale et conjugale est pitoyable. Les reproches abondent à propos des revenus du ménage. Ils proviennent pour l’essentiel de l’exploitation agricole, au vu l’insuccès des créations de Jean comme artiste musicien. Son malaise au sein de son propre foyer où il n’est pas le bienvenu, s’ajoute aux convictions divergentes sur la politique intensive de son beau-père sur la ferme.
Pour s’oxygéner, Jean erre en moto sur les chemins ruraux quand une embardée l’immobilise dans la campagne. Coup du destin, Lorina, une promeneuse providentielle le secoure et le prend en charge chez elle pour lui prodiguer des soins appropriés. Conquis par celle qui agit plus en guérisseuse que kiné traditionnelle, Jean revient chez cette voisine. Sous le charme d’un coup de foudre réciproque, ils partagent une complicité naturelle et Jean va quitter sa famille que personne ne regrette. Il va retrouver chez Lorina un nouveau foyer accueillant et la sérénité apparente de l’environnement familial de Lorina.
Mais les querelles de voisinages ont la vie dure… et vont perturber les amours de Lorina et Jean.

MON AVIS

Remerciements au site Simplement Pro et à l’auteur pour ce service de presse.

Avec le drame familial« Loin des fauves », Philippe Saimbert se différencie des « 11 serpents », une comédie acide, déjà chroniquée sur « les paroles s’envolent ». Il délaisse le ton léger et acerbe pour cheminer vers une romance… dramatique

Un style d’écriture appréciable : efficace, une pointe de poésie, d’humour avec des personnages vifs et attachants même si le principal paraît le plus « lisse » de tous (comme dans « 11 serpents » d’ailleurs). Un nouvel exercice littéraire pour l’auteur qui passe de la comédie amère à une intrigue dramatique. Exercice réussi.

Les fondations du roman reposent sur l’évocation d’une propriété déshabitée mais encore habitée de souvenirs du narrateur Jean. Sa mémoire redonne vie aux anciens habitants des lieux et la visite de tous les recoins de la maison l’envahit alors d’un sentiment nostalgique et de mystère. Alors conquis,  Jean choisit de pérenniser cette douce sensation avec l’acquisition de cette maison, symbole d’un bonheur éphémère.

UN AMOUR FOU

Jean la quarantaine et père de famille découvre enfin la passion amoureuse : « refaire » sa vie prend ici toute sa signification. Il savoure enfin la sérénité d’être apprécié à sa juste valeur chez Lorina où ce nouvel amour qui lui impulse de la vie.

Un sentiment d’amour pur enveloppe la maison des Larivière. L’amour des uns pour les autres dans le foyer rassérène le lecteur spectateur impuissant face à la souffrance morale de Jean dans son ex-foyer. Leur amour tout neuf et vite enraillé présage une passion foudroyante tempérée par des caractères complémentaires. L’enthousiasme et l’assurance de Lorina éveille la fantaisie enfouie et l’inspiration artistique de Jean. Les rapports d’Anselme et Léopoldine sont exceptionnels, de même que l’obsession d’Anselme avec sa feue épouse.

Le don de soi si bien appliqué par Lorina et d’Anselme immerge de bienveillance le narrateur et indirectement le lecteur. J’ai beaucoup apprécié baigner dans l’ambiance généreuse des Larivière. La maisonnée nous enveloppe d’un véritable don de soi et rassérène le narrateur et du même coup le lecteur de la bonté de la nature humaine.

ARTISTE RATIONNEL

La compassion, pour ne pas dire la « pitié » nous saisit au spectacle des humiliations affligées à Jean sous son propre toit. On admire sa patience (ou faiblesse) à supporter une telle hostilité de la part des siens… Le lecteur se réjouit vite pour lui de le voir s’extirper d’un ancien ménage en déclin. Son humilité et sa modestie émeuvent ou énervent de le voir se laisser porter par les évènements.

Par amour pour Lorina, le calme flegmatique de Jean s’évapore. Il se ressource. Sa muse inspire ses créations musicales. Avec une certaine pudeur, il déplie au lecteur la rétrospection de son coup de foudre réciproque dont les fissures se tapissent pourtant dès le début. La narrateur nous avait  avertit d’une déconvenue à venir. Et en effet, le lecteur sent l’orage se dessiner en ignorant quand cela va éclater…  Car dès le début, dans un climat d’apesanteur, l’intrigue est amorcée.

LA VIE RURALE

Le petit hameau de la motte castrale dans le Béarn, voit le microcosme du voisinage, comme dans beaucoup de contrées constituer la base de la société. Ainsi, Jean étranger à ce village, découvre alors son nouvel amour à seulement quelques kilomètres de chez lui. Grâce à cet accident de moto tombé à pic, il découvre la chaleur d’un accueil chez Lorina, la fille du fermier voisin. Générosité et nature, elle lui prodigue ses soins et partage son foyer et sa famille.

Et comme partout, le conflit de voisinage brouille la tranquillité sociale. La haine de Mattias le beau-père de Jean pour les La Rivière, la famille de Lorina transpire du début jusqu’à la fin. Sans fantaisie, ni faiblesse, cet homme d’affaire est fixé sur le profit lucratif, tout l’oppose à Jean, idéaliste et artiste. Il est rasséréné de se rallier au combat écologique de sa nouvelle famille, partisan convaincu de cette politique.

Et ce beau-père fait aussi l’objet de détestation de la famille de Lorina. L’arrogance, la fierté et les méthodes agricoles du mauvais personnage rendent évidente la puissance de cette haine pour Jean ; mais un mystère en occulte d’autres raisons plus profondes. La paix d’un cadre rural va déstabiliser le lecteur qui va basculer du registre de la romance sincère et pure vers une intrigante machination étrangère à notre narrateur, Jean.

UN DON DE SOI

Le don de soi flagrant de Lorina et Anselme immerge de bienveillance le narrateur et indirectement le lecteur.

Les pratiques thérapeutiques de Lorina apaisent ses patients. Sa méthode particulière et confidentielle à base de concoctions d’herbes certifie une certaine efficacité. Proche de la nature et de ses potentialités, Lorina entretient un mystère autour de ses pouvoirs. Presque surnaturels, elle y insère un peu de mysticisme, de parapsychologie voire de sorcellerie. Elle joue avec cette dimension paranormale, de manière naturelle ce qui va intriguer Jean et le lecteur. L’ambiance de tranquille sérénité va voler en éclat avec le drame de la mort tragique et provoquée de Rosalie, un membre à part entière de la famille.

Citations

On garde tous dans nos esprits des instantanés des moments vécus ou des êtres rencontrés, imprimés sur la pellicule notre existence.
La maladie d’amour est une très belle maladie. Une des seules dont on rêve de mourir.
P.57 : C’est drôle quand même : au fil des années, je me suis rendu compte que nombre de sales types respirent la santé. La méchanceté, c’est comme le formol qu’ils secrètent. Ça les maintient en forme !
P.73 : La chance sourit aux audacieux mais elle peut également leur faire la grimace.
P. 81 : Le vernis de civilisation est très mince chez certains hommes. La bête qui vit en nous a le sommeil léger.
P.92 : si on mettait des ailes à tous les imbéciles, il n’y aurait plus de places pour les oiseaux.
Vous pouvez vous procurer l’ouvrage chez votre libraire ou chez DECITRE ou à la FNAC :
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