Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

đź’śđź’śđź’ś L’ENFER EN 11 LETTRES de Jean-Marie Roth

RESUME

Butterfly Edition SAS
23/11/17
153 Pages
Le commissariat d’Annecy est appelé pour secourir Mona Garner qui accuse nommément Roman Dormoy de vouloir la tuer. Quand la police arrive sur les lieux, un cadavre git dans le fauteuil.
Avant cela : La plastique de Mona Garner ex-mannequin renommĂ©e, reconvertie en prĂ©sentatrice TV sur une chaine câblĂ©e est toujours magnifique. Son panache et ses formes attirent encore le regard des hommes. DĂ©jĂ , son puissant pouvoir de sĂ©duction a dĂ©jĂ  causĂ© son divorce d’avec Lucien, mari trop jaloux. Aujourd’hui, retirĂ©e des mondanitĂ©s, dans sa villa Ă  CrĂŞt de Châtillon sur les hauteurs d’Annecy,  elle vit en toute harmonie avec sa fille Sarah 27 ans.
De son cĂ´tĂ©, Sarah, aussi belle que sa mère mais aguerrie du monde surfait du mannequinat aspire Ă  trouver l’amour. Comme la jeune cĂ©libataire ambitionne une carrière d’infirmière, elle postule Ă  l’Hopital des Alpages et passe un entretien avec Roman Dormoy, Ă©mĂ©rite chirurgien reconnu par ses pairs et admirĂ©s par ses patients.  LĂ , coup de foudre entre Roman et Sarah. LĂ , un avenir professionnel et sentimental se profile : elle sera infirmière anesthĂ©siste aux cĂ´tĂ©s du Roman. Et très vite, le sĂ©duisant sĂ©ducteur s’incorpore dans le giron familial des deux femmes malgrĂ© le trouble subit de Mona, gène dissimulĂ©e par un amour filial.
Sarah s’épanouit dans son travail autant que dans le lit de son amant. Mais une faute grave est imputĂ©e Ă  l’infirmière lors de l’opĂ©ration d’un patient –  il a failli mourir d’un mauvais dosage-. Quand la police inquiète Sarah sur cette tentative d’homicide, la jeune femme saisie d’un malaise se retrouve hospitalisĂ©e. Ă€ son chevet, son amant lui apprend qu’elle est enceinte et cette annonce n’est que l’embryon d’une descente aux enfers pour elle.

MON AVIS

J’adresse tous mes remerciements au site Netgalley et aux éditions BUTTERFLY pour ce Service de Presse.

Pour amateurs de thrillers psychologiques : une fausse impression au dĂ©but, de pseudo-romance paralysera d’effroi le lecteur de son final. Je dĂ©conseille cette lecture aux âmes sensibles friandes de happy ends mièvres.

Les 153 pages ne produisent pas un roman Ă©pais et pourtant elles constituent un ouvrage abouti procurerant moults Ă©motions. La deuxième partie vaut le double de pages lues compte tenu de la tension du lecteur, spectateur d’autant de violences psychologiques, voire physiques. On ferme le livre avec un goĂ»t amer, une sensation bizarre de frustration oppressante, et presque d’injustice. Ma « note » oscille entre 3 et 4 cĹ“urs : les nombreuses descriptions physiques des personnages (pourtant de haute qualitĂ©) m’ont lassĂ©e, avec le dĂ©marrage poussif, la logique imposait une intrigue en crescendo.

UN SEMBLANT DE ROMAN-CE

L’appel au secours de Mona dès le premier chapitre blase un peu le lecteur en dĂ©nommant les protagonistes. En effet, il prĂ©dĂ©termine la victime et son bourreau. DĂ©tail, me direz-vous, car le machiavĂ©lisme et la manipulations sous-jacents attiseront nĂ©anmoins la curiositĂ© jusqu’Ă  l’issue finale.

L’auteur embobine le lecteur avec son prodige. Le roman captive. On devine une malveillance, on guette la perfidie, dont l’ampleur des dĂ©gâts sidèrera. Les ravages dĂ©voilĂ©s au dĂ©but Ă©moussent la lĂ©gèretĂ© et la superficialitĂ© suggĂ©rĂ©es par l’éblouissante plastique de Sarah et Mona. Les allusions rĂ©pĂ©titives des premières pages sur le portrait des protagonistes, me chagrinaient. J’ai regrettĂ© l’Ă©vocation sur la beautĂ© de ces Ă©phèbes, Mona, Sarah, et Roman, lourde Ă  force de rĂ©pĂ©titions. NĂ©anmoins, le vocabulaire riche, efficace et dynamique des descriptions sort des clichĂ©s et sauve le tout.

Heureusement : la seconde partie booste le rĂ©cit. Et quelle histoire ! A partir de lĂ , la tension est si palpable qu’on ne lâche plus le livre.

RELATION MERE – FILLE

Sarah, notre hĂ©roĂŻne, sans vouloir estomper sa splendeur passe pour une femme terne Ă  cĂ´tĂ© de sa mère Mona. L’idĂ©e d’une probable rivalitĂ© sous-jacente basĂ©e sur la beautĂ© est balayĂ©e par une complicitĂ© mère-fille. Le charisme de Mona dĂ©passe celui de sa fille, moins sĂ©ductrice et plus profonde. La volontĂ© de Sarah de se rĂ©aliser par elle-mĂŞme dans une profession altruiste est comprĂ©hensible ; elle ne joue pas sur le mĂŞme terrain que sa mère, plus nombriliste.

Mona apprĂ©cie les projecteurs braquĂ©s sur elle. Le sacrifice d’une vie, retirĂ©e dans leur villa avec Sarah, atteste de son amour pour Sarah. Dans la logique de l’histoire familiale, cette relation se scelle de manière fusionnelle. Et quand leur complicitĂ© encombre Roman dans ses projets, il parviendra à renverser la situation Ă  son avantage. D’ailleurs pourquoi veut-il s’immiscer entre les deux femmes ?

UNE « BELLE » PSYCHOLOGIE

Le personnage de Roman fait froid dans le dos. Son esprit calculateur est hors norme. Il injecte sa dose lĂ©tale Ă  coup de manipulations psychologiques en instillant une haine entre ses victimes, communiquĂ©e au lecteur saisi de compassion. Les humains sont ses outils. DĂ©nuĂ© d’apathie, il utilise Sarah pour atteindre sa vĂ©ritable cible. Intelligente, elle remarque sans comprendre ses « chaud-froid » malsains mais en vain, le piège est tendu…

Naissent alors chez le lecteur une multitude de sentiments et de ressentiments dans le piège psychologique que Roman a tissé. La logique de son procédé bien étudié devient implacable. Marionnettiste, il tire les ficelles pour obtenir les réactions souhaitées des uns et des autres qui interagiront malgré eux.

BIEN MAL ACQUIS…

La bontĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© des autres personnages rĂ©chauffe le cĹ“ur du lecteur. L’humanitĂ© du commandant responsable de l’enquĂŞte nous rassure. Sans spoilier : il a tout compris mais…

Je vais résumer sa philosophie du policier à son collègue avec cette phrase de Sénèque :

Nul châtiment n’est pire que le remords.
153 pages oppressantes inoubliables pour le lecteur.

Vous pouvez vous procurer l’ouvrage chez votre libraire, ou par exemple chez Decitre ou à la Fnac…

Votre avis sur la chronique est le bienvenu…

Citations :

Un soupçon d’embonpoint, signe de l’âge plus que de la gourmandise, arrondissait légèrement la virilité anguleuse du policier. Son visage, ridé par le vécu, semblait servir d’écrin à des yeux clairs aussi vifs que troublants.
Une taille de guêpe et des fesses dignes de donner le bourdon à toutes ses rivales amorçaient la longue descente vers les jambes infinies de sensualité et de perfection de Mona.


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