Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

 💚💚💚💚PROMESSES de Simona Ferrante

RÉSUMÉ

Rafael Editions 06/2020 180 p.
AnnĂ©es 70. La narratrice vit en Roumanie avec ses parents et sa sĹ“ur Vara. Quand, Ă  ses 16 ans son père meurt, une nouvelle vie chargĂ©e de responsabilitĂ©s l’attend et elle envisage des Ă©tudes de lettres.
AnnĂ©es 80 : Au « congrès du parti en 1982 » le gouvernement dĂ©cide la famille « d’Ă©conomiser » pour Ă©ponger la dette. Elles partagent donc toutes les trois l’appartement par mesure d’Ă©conomie dans un communisme ambiant dans le pays avec des restrictions alimentaires, et des libertĂ©s peu Ă  peu bannies, surveillant de près toute la population mais canalise la jeunesse en devenir de fervents partisans du rĂ©gime. L’hĂ©roĂŻne poursuit ses Ă©tudes, et tombe amoureuse plusieurs fois, et Ă  son dĂ©sespoir d’un certain grec subjuguĂ© par l’utopie du rĂ©gime politique qui sĂ©vit en Roumanie. Puis, devenue professeure, elle Ă©pouse Victor auront une fille ; mais un divorce compliquĂ© s’imposera Ă  la suite des violences subies infligĂ©es par ce mari alcoolique et imprĂ©visible. Elle trouvera refuge avec sa fille chez sa mère et sa sĹ“ur.
AnnĂ©es 90. Le communisme s’effrite mais Ă©galement les revenus du peuple qui ne peuvent permettre aux familles de vivre convenablement. L’opulence des Ă©tals est bien lĂ  mais les portemonnaies sont vides. La narratrice doit assumer plusieurs travails Ă  la fois pour subvenir aux besoins de sa fille, sa mère vieillissante et sa sĹ“ur.
Et bientôt, la solution se trouve derrière la frontière avec d’autres contraintes étatiques…

MON AVIS

Je remercie Simona Ferrante, un auteure chambĂ©rienne pour la proposition de son premier roman. Difficile de le lâcher quand on le commence. Dès le dĂ©part on est immergĂ© dans l’univers familial de la narratrice, puis on en apprend tellement sur son environnement social !

Ce roman pourrait ĂŞtre qualifiĂ© de roman historique avec son empreinte sociale et politique dans le monde communisme des annĂ©es 70. Son Ă©criture très fluide le rend agrĂ©able Ă  lire, voici un bon page-turner. L’érudition de l’auteure, ressentie dans le vocabulaire utilisĂ©, surclasse l’ouvrage, en ne le limitant pas Ă  un tĂ©moignage. Mon seul regret : les donnĂ©es temporelles et nominatives sur les dirigeants en place, etc. Ces donnĂ©es  –peut-ĂŞtre pour un futur volume ! – mĂ©riteraient d’ĂŞtre Ă©tayĂ©es pour apporter une dimension historique et sociale plus importante. Mais cette immersion dans le communisme est dĂ©jĂ  très instructive et Ă©mouvante car très concrète.

Par son intermédiaire, l’héroïne soumet au lecteur une cruelle réalité vécue par nombres de femmes de sa génération. Son expérience nous instruit de cette période heureusement révolue et pourtant si proche de nous en temps et lieu.

LE RECIT D’UNE ROUMAINE

LinĂ©aire dans sa chronologie, le rĂ©cit est marquĂ© d’un certain dynamisme car composĂ© de beaucoup de mouvements et d’Ă©motions mais plus de dialogues lui procureraient un atout.

Certes, cette biographie riche d’intĂ©rĂŞts aborde beaucoup de thèmes sociaux : deuil, violence conjugale, adolescence, avortement, vie de couple, famille monoparental, alcoolisme, amour, immigration, place de la femme dans la sociĂ©tĂ©, divorce. Mais aussi des Ă©lĂ©ments gĂ©opolitiques !

Le rĂ©cit met en lumière la force de cette femme courageuse qui a su transmettre sa propre Ă©motion d’adolescente puis de femme. Et une femme forte, courageuse pas bĂ©gueule avec des histoires d’amours malheureusement dĂ©cevantes car elle a le don de s’Ă©prendre d’amoureux qui ne lui correspondent pas. Sa condition fĂ©minine comme celle nombre de ses congĂ©nères est pavĂ©e d’embĂ»ches, et je ne peux taire l’horreur sociale, physique, et psychologique de son expĂ©rience d’IVG dans les annĂ©es 80 mais si indigne d’humanitĂ©.

UNE ROUMAINE DEVENUE CHAMBÉRIENNE

Son vĂ©cu et son ressenti personnel teintĂ©s de pudeur dans ses confidences intimes livre son histoire familiale dans un cadre particulier. Ainsi, elle Ă©volue dans la Roumanie entre les 70’s Ă  1995 au grĂ© des politiques et de l’histoire soviĂ©tique. La totalitarisme sous la dictature de Ceausescu,  soumet le peuple qui consent Ă  se dĂ©partir de libertĂ©s. En effet, La Roumanie, pays soviĂ©tique sous l’Ă©gide du communisme, Ă©rigĂ©e en quasi religion unique opprimait la population. Sa conception politique qui faisait abstraction de l’individu : la peur règne en maitre, les contrĂ´les et les surveillances sont omniprĂ©sentes.

En s’emmourachant d’un Grec, Ă©bahi par l‘utopie communiste, Simona est dĂ©pitĂ©e et sidĂ©rĂ©e. Cet Ă©tranger vĂ©nère ce rĂ©gime, alors qu’elle redoute sa rĂ©alitĂ© cruelle ! La vigilance de la narratrice mĂŞme jeune, s’alerte des mesures liberticides du rĂ©gime totalitaire. Son rĂ©cit et son expĂ©rience retranscrit Ă  la perfection cette abnĂ©gation extrĂŞme de pouvoir s’exprimer, de prier, de s’opposer… une belle illustration de la vĂ©ritable privation LIBERTE Ă  ceux qui aujourd’hui rĂ©futent l’usage du masque (prĂ©conisĂ© pour protĂ©ger autrui) comme liberticide ! Il y a de quoi sourire devant le vĂ©cu d’autres civilisations face Ă  la libertĂ©…

LĂ  aussi, Simona raconte son difficile parcours vers la libertĂ©, un long cheminement jusqu’Ă  sa vie d’aujourd’hui en Savoie.

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L’AUTEURE

« Promesses » publié en 2020 est son premier roman.
Auteure de romans et de contes pour adultes et enfants, l’écriture a été sa passion depuis toujours.
Après une licence en langue et littérature roumaine et française, Simona Ferrante a été professeure de littérature roumaine pendant quinze ans, puis elle a émigré en France. En France, elle a travaillé pendant plusieurs années comme interprète en langue roumaine et brièvement comme correspondant locale de presse pour le « Dauphiné Libéré », elle est lectrice bénévole pour le Festival du premier roman. Ses grandes passions, l’écriture et la lecture jalonnent sa vie.
Elle est l’auteure aussi de « TĂ©moignage de l’autre rive », publiĂ© en 2014. En 2017 elle publie chez l’Harmattan un livre de contes, « Sinzienele ou les FĂ©es de l’amour, Mythes et lĂ©gendes de Roumanie », livre qui contient sept contes autour des plus cĂ©lèbres mythes roumains. Le livre est illustrĂ© magnifiquement par le peintre roumain Emil Florin Grama. En 2020, elle publie le conte illustrĂ© « Lino a une grande famille », pour enfants de 5 Ă  8 ans.

POUR ALLER PLUS LOIN

Entretien avec Simona Ferrante

« — Si vous devriez présenter votre roman en cinq mots essentiels, que choisiriez-vous ?

— Je choisirais : Communisme, Liberté, Femme, Promesse, Espoir .

– Vos études et votre culture vous a imprégnée du goût de la lecture, est-ce que l’écriture en découlait forcément pour vous ? A-t-elle joué un rôle de se libérer du joug psychologique emmagasiné ?

C’est vrai que ma génération a été en grande partie une dévoratrice de livres. Nous n’avions pas des émissions télé aussi diversifiées qu’aujourd’hui, loin de là ! Nous avons eu principalement la lecture, la musique et l’amitié comme passe-temps. Je ne peux pas m’imaginer ma vie sans les livres ! La passion de la lecture je la dois en partie aussi à ma mère qui est encore, à 85 ans, une grande lectrice. Cependant, je pense que l’écriture fait partie de mon histoire personnelle. C’est difficile de s’ouvrir et de raconter une histoire qui touche une partie profonde de soi-même, c’est plus facile de l’écrire.

Au fil de mes rencontres et aussi dans le café où je travaillais, je m’apercevais que beaucoup de questions récurrentes m’étaient posées sur mon passé en Roumanie, sur la raison pour laquelle j’ai quitté mon pays. Alors finalement, j’ai décidé d’écrire mon histoire, notamment dans « Promesses ». Mais cela a été fait en plusieurs phases. Après une première écriture du récit, commencé en 2008, je l’ai reprise en 2014. Puis, sur le conseil de ma fille, j’ai introduit une partie beaucoup plus personnelle à mon histoire.

— Le livre a été publié en français. L’avez-vous écrit en roumain puis traduit ou l’avez-vous écrit directement en français ?

La première version, publiée sous le titre de « Témoignage de l’autre rive », je l’ai écrite en roumain et je l’ai traduite moi-même en français. Ensuite, je l’ai repris en intégralité en 2014 et j’ai tout écrit en français directement.

Belle performance, car c’est bien écrit !

— L’écriture a-t-elle joué un rôle de vous soulager d’un joug, (car votre vécu a été très difficile par moment ?)

Oui, raconter mon histoire m’a permis de tourner la page. L’écriture est une délivrance, tout en étant une thérapie. Je reçois ce besoin d’écrire comme un cadeau du Ciel, parce que c’est mon lien subtil aux autres. L’écriture est un vrai échange. On donne notre cœur et si on touche le cœur de l’autre tout est réussi.

— Cette phrase symbolise une nouvelle liberté après la chute du régime de Ceausescu : « Les gens osent tout d’un coup parler plus ouvertement de la précarité de notre vie. Des discussions animées naissent dès que les gens se rassemblent, dans le hall d’un immeuble, dans une file d’attente, sur les couloirs de l’entreprise où ils travaillent. Le ton monte, la colère s’exprime contre ceux qui sont responsables de nos privations. » Vous qui avez vécu cette transition vers la liberté, quel ressenti avez-vous vis-à-vis du tempérament français souvent « jamais content » ?

Au début, j’étais exaspérée de voir les gens se plaindre tout le temps alors que le système de santé et l’administration française fonctionnent parfaitement bien par rapport à ce que j’avais pu vivre en Roumanie. Ensuite je me suis adaptée, on s’adapte vite au meilleur !

— J’ai trouvé que les données historiques et politiques manquaient de précisions. Ayant vécu personnellement la chute de Ceausescu via la radio, ou télévision, on a du mal à se représenter la libération ou non du peuple… comme pour toutes les fins de dictature, on s’aperçoit que la suite donne lieu à d’autres excès… vous sentez-vous désirer un jour de raconter cela ?

Je ne voulais pas écrire un roman historique, mais je comprends tout à fait que le lecteur puisse rester sur sa faim sur le sujet. Tant mieux si mon roman lui a éveillé la curiosité de lire plus, de s’informer. Ça serait même une belle démarche ! Les gouvernements qui ont suivi le régime Ceausescu ont déçu le peuple de manière répétée. Pour moi c’est une blessure qui n’est pas encore fermée. Je rêve qu’un jour la Roumanie soit un pays qui ne déçoit plus ses citoyens, un pays juste, honnête, démocrate. Les Roumains sont des gens exceptionnels, ils le méritent !

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