Chroniques réguliÚres sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

💙💙💙💙S’ADAPTER de Clara Dupont-Monod

Le handicap d’un enfant dans une fratrie se comprend et se vit diffĂ©remment, par rapport Ă  sa place dans la famille et sa sensibilitĂ©.

QuatriÚme de couverture 

Editions poche
C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongĂ©, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinĂ©es de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbĂ©s et au palais creux, un bĂ©bĂ© Ă©ternel, un enfant inadaptĂ© qui trace une frontiĂšre invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cĂ©venole oĂč il naĂźt, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversĂ©es. Celle de l’aĂźnĂ© qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionnĂ© et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dĂ©goĂ»t et la colĂšre, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aĂźnĂ©. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantĂŽmes familiaux tout en portant la renaissance d’un prĂ©sent hors de la mĂ©moire.
Prix Goncourt des lycéens 2021, Prix Femina 2021, Prix Landerneau 2021

MON AVIS

Cet ouvrage suggĂ©rĂ© par ma sƓur Nathalie rĂ©pond totalement Ă  la thĂ©matique de la rubrique « handicap » du blog.

Voici la prĂ©sentation inscrite en quatriĂšme de couverture : Comme dans un conte, les pierres de la cour tĂ©moignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aĂźnĂ© qui protĂšge, de la cadette rĂ©voltĂ©e qui rejettera le chagrin pour sauver la famille Ă  la dĂ©rive. Du dernier qui saura rĂ©concilier les histoires.

Pierres qui narrent

La chute des grands hommes rend les mĂ©diocres et les petits importants. Quand le soleil dĂ©cline Ă  l’horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose. (Victor Hugo)

Donc, la narration est celle des pierres qui dĂ©crivent leur vision d’une situation particuliĂšre. L’idĂ©e d’un rĂ©cit factuel (et minĂ©ral) illustre la survenance du handicap au sein d’un foyer et les bouleversements engendrĂ©s pour chacun. Et surtout par les membres d »une fratrie. Ce rĂ©cit peut ĂȘtre dĂ©calquĂ© Ă  d’autres entitĂ©s familiales. En effet, les hĂ©ros du roman ne sont personnifiĂ©s par aucun prĂ©nom. L’ĂȘtre inadaptĂ©, perturbateur, est appelĂ© « l’enfant », tandis qu’on parle de son grand frĂšre comme « l’aĂźnĂ© » et sa grande sƓur « la cadette ». Le dernier-nĂ© de la fratrie, surnommĂ© « le dernier » qui n’a pas connu ce frĂšre « Ă  part » se donne implicitement le devoir de rĂ©parer les blessures tues.

L’entourage est aussi Ă©voquĂ©. Effectivement, l’isolement de la famille, malgrĂ© elle, malgrĂ© les autres, s’instaure insidieusement. J’ai aussi apprĂ©ciĂ© la place de la grand-mĂšre. Simple observatrice impuissante, elle se rĂ©vĂšle un exutoire ou une soupape libĂ©ratoire et providentielle. Malheureusement, sa limite sera celle de son Ăąge et de ses annĂ©es Ă  vivre.

Le handicap illustrĂ© ici, est d’une grande lourdeur. L‘enfant d’une grande dĂ©pendance ne communique que par son regard. Mais la problĂ©matique, selon mon expĂ©rience, est transposable Ă  d’autres types de handicap.

Triste comme les pierres, une famille bouleversée

L’amour fraternel est plus durable ; il ressemble Ă  la pierre prĂ©cieuse qui rĂ©siste aux plus durs mĂ©taux et dont la valeur s’accroĂźt avec les annĂ©es.

Henri Carbonneau. Ecrivain et traducteur québécois (1889-1962).

L’ouvrage, traite de beaucoup de sujets avec finesse et sans jugement. Et l’auteure a traduit en douceur les maux avec ses mots ainsi que la violence insidieuse d’une rĂ©alitĂ© brutale et inconnue. Chacun la gĂšre Ă  sa maniĂšre. En effet, les mĂȘmes Ă©vĂ©nements, la mĂȘme difficultĂ© sont perçus diffĂ©remment. Alors, chaque membre de la famille s’adapte comme il peut Ă  la rĂ©alitĂ©, Ă  sa rĂ©alitĂ©.

Ainsi, selon sa place dans la fratrie, l’arrivĂ©e d’un enfant diffĂ©rent se vit diffĂ©remment, par rapport Ă  sa sensibilitĂ©. Sans approfondir le ressenti intrinsĂšque des individus, on retrouve une empathie. Pourtant, un engagement exacerbĂ© de l’aĂźnĂ© tranche avec l’évitement de la cadette. Quant aux parents, la mĂšre assume les contraintes quotidiennes de front. Mais l’effacement du pĂšre se ressent par la parcimonie des phrases qui l’Ă©voque.

Et selon la place des frĂšres et sƓur, la situation procurera des rĂ©actions diffĂ©rentes face aux situations. Et ensemble, ils se relĂšveront avec leur propre dĂ©fense.

Ce livre interpelle. Il ne laisse pas indiffĂ©rent, comme la survenue d’une impondĂ©rable naissance. Avec la douceur d’un galet, le roman dĂ©montre l’ñpretĂ© de la fatalitĂ© de la vie et de la gĂ©nĂ©tique.

Pour aller plus loin… 

Et pour les personnes intĂ©ressĂ©e par le sujet du handicap vĂ©cue par les fratries, je les invite Ă  dĂ©couvrir l’ouvrage plus « scientifique » : 🧐👉📖La fratrie Ă  l’Ă©preuve du handicap (C. Bert) 
déjà chroniqué sur ce blog
et de cet ouvrage 🧐👉📖Le choix nous appartient (I. Poirot) qui traite du choix parfois offert aux familles d’Ă©viter Ă  tous des souffrances.