Des chroniques réguliÚres sur des livres, et faire connaßtre de nouveaux auteurs

💙💙💙💙S’ADAPTER de Clara Dupont-Monod

QuatriÚme de couverture 

Ed. Stock
25/08/21
200p.
Sortie en poche 08/22

 

 

 

C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongĂ©, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinĂ©es de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbĂ©s et au palais creux, un bĂ©bĂ© Ă©ternel, un enfant inadaptĂ© qui trace une frontiĂšre invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cĂ©venole oĂč il naĂźt, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversĂ©es. Celle de l’aĂźnĂ© qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionnĂ© et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dĂ©goĂ»t et la colĂšre, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aĂźnĂ©. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantĂŽmes familiaux tout en portant la renaissance d’un prĂ©sent hors de la mĂ©moire.
Prix Goncourt des lycéens 2021, Prix Femina 2021, Prix Landerneau 2021

MON AVIS

Cet ouvrage suggĂ©rĂ© par ma sƓur Nathalie rĂ©pond totalement Ă  la thĂ©matique de la rubrique « handicap » du blog.

Voici la prĂ©sentation inscrite en quatriĂšme de couverture : Comme dans un conte, les pierres de la cour tĂ©moignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aĂźnĂ© qui protĂšge, de la cadette rĂ©voltĂ©e qui rejettera le chagrin pour sauver la famille Ă  la dĂ©rive. Du dernier qui saura rĂ©concilier les histoires.

Pierres qui narrent

La chute des grands hommes rend les mĂ©diocres et les petits importants. Quand le soleil dĂ©cline Ă  l’horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose. (Victor Hugo)

La narration est celle des pierres qui dĂ©crivent leur vision d’une situation particuliĂšre. L’idĂ©e d’un rĂ©cit factuel (et minĂ©ral) illustre la survenance du handicap au sein d’un foyer et les bouleversements engendrĂ©s pour chacun des membres. Ce rĂ©cit peut ĂȘtre dĂ©calquĂ© Ă  d’autres entitĂ©s familiales car les hĂ©ros du roman ne sont personnifiĂ©s par aucun prĂ©nom. L’ĂȘtre inadaptĂ©, perturbateur, est appelĂ© « l’enfant », tandis qu’on parle de son grand frĂšre comme « l’aĂźnĂ© » et sa grande sƓur « la cadette ». Le dernier-nĂ© de la fratrie, surnommĂ© « le dernier » n’a pas connu ce frĂšre « Ă  part », mais se donne implicitement le devoir de rĂ©parer les blessures tues.

L’entourage est aussi Ă©voquĂ©. L’isolement de la famille, malgrĂ© elle, malgrĂ© les autres, s’instaure insidieusement. J’ai aussi apprĂ©ciĂ© la place de la grand-mĂšre simple observatrice impuissante mais qui se rĂ©vĂšle un exutoire ou une soupape libĂ©ratoire et providentielle. Malheureusement, sa limite sera celle de ses annĂ©es Ă  vivre.

Le handicap illustrĂ© ici, est d’une particuliĂšre lourdeur (l’enfant d’une grande dĂ©pendance ne communique que par son regard…). Mais la problĂ©matique, selon mon expĂ©rience, est transposable Ă  d’autres types de handicap.

Triste comme les pierres, une famille bouleversée

L’amour fraternel est plus durable ; il ressemble Ă  la pierre prĂ©cieuse qui rĂ©siste aux plus durs mĂ©taux et dont la valeur s’accroĂźt avec les annĂ©es.

Henri Carbonneau. Ecrivain et traducteur québécois (1889-1962).

L’ouvrage, traite de beaucoup de sujets mais avec finesse et sans jugement. Et l’auteure, je trouve, a su traduire tout en douceur les maux avec ses mots ainsi que la violence insidieuse d’une rĂ©alitĂ© brutale et inconnue. Chacun la gĂšre Ă  sa maniĂšre. En effet, les mĂȘmes Ă©vĂ©nements, la mĂȘme difficultĂ© ne sont pas perçus pareil. Alors, les membres de la famille s’adaptent comme ils peuvent, Ă  la rĂ©alitĂ©, Ă  leur rĂ©alitĂ©.

L’arrivĂ©e d’un enfant diffĂ©rent dans une fratrie se comprend diffĂ©remment, par rapport Ă  sa sensibilitĂ©. Sans approfondir le ressenti intrinsĂšque des individus, on retrouve une empathie et un engagement exacerbĂ© de l’aĂźnĂ© qui tranche avec l’évitement de la cadette. Quant aux parents, la mĂšre assume les contraintes quotidiennes de front, et l’effacement du pĂšre se ressent par la parcimonie des phrases qui l’Ă©voque.

Et selon la place des frĂšres et sƓur mais aussi leur sensibilitĂ©, cela procurera des rĂ©actions diffĂ©rentes face aux situations. Et ensemble, ils se relĂšveront avec leur propre dĂ©fense.

Ce livre interpelle. Il ne laisse pas indiffĂ©rent, comme la survenue d’une impondĂ©rable naissance. Avec la douceur d’un galet, le roman dĂ©montre l’ñpretĂ© de la fatalitĂ© de la vie et de la gĂ©nĂ©tique.

Pour aller plus loin… 

Et pour les personnes intĂ©ressĂ©e par le sujet du handicap vĂ©cue par les fratries, je les invite Ă  dĂ©couvrir l’ouvrage plus « scientifique » : 🧐👉📖La fratrie Ă  l’Ă©preuve du handicap (C. Bert) 
déjà chroniqué sur ce blog
et de cet ouvrage 🧐👉📖Le choix nous appartient (I. Poirot) qui traite du choix parfois offert aux familles d’Ă©viter Ă  tous des souffrances.