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đź’śđź’śđź’śđź’śđź’ś EN ATTENDANT LE JOUR De Michael Connelly

RESUME
Calmann Levy noir
Mars 2019
410 pages
USA. Au LAPD, l’inspectrice de police Renée Ballard a été rétrogradée à l’équipe de nuit par sa hiérarchie suite à une plainte pour harcèlement sexuel déposée contre Oliveras, son supérieur. Même Kenny Chastain, son équipier de l’époque, ne l’avait pas soutenue ni appuyée, alors depuis elle se résignait à sa nouvelle situation en attendant les aveux du harceleur.
Aujourd’hui, elle fait équipe avec Jenkins qui, lui, se satisfait de ces horaires nocturnes lui offrant de sa journée libre pour s’occuper de sa femme atteinte d’un cancer. Ainsi, le binôme prend en charge les nombreux « au secours » de la nuit. Cependant quand sonnent les 7 heures du matin, la frustration de Ballard est titillée de devoir confier la poursuite des enquêtes ouvertes aux collègues. En effet à partir de là, Jenkins et elle y seront étrangers.
Or cette nuit, comme d’habitude, les affaires courantes s’enchaĂ®nent : dĂ©claration d’usage de carte bancaire volĂ©e, et l’agression transphobe, oĂą Ramone Ramana a Ă©tĂ© retrouvĂ© battu Ă  mort sur un parking. Et quand Ballard essaye de recueillir sa dĂ©claration Ă  l’hopital, il est dans le comas. C’est alors qu’est transportĂ© dans le mĂŞme hĂ´pital, le cadavre d’une serveuse, victime d’un quadruple homicide commis dans une boĂ®te de nuit. Un mass murder. SensibilisĂ©e par la nouvelle victime, RenĂ©e ne peut s’empĂŞcher de s’investir dans  cette nouvelle enquĂŞte, au moins jusqu’au petit matin. Elle trouve prĂ©texte pour  se rendre sur le lieu du crime confiĂ©e Ă  d’autres et se contente d’observer puisqu’on ses supĂ©rieurs l’Ă©cartent ouvertement de l’enquĂŞte. Alors, quand un tĂ©moin dĂ©boule avec le crime en arrière plan de ses photos, elle confie Ă  son ex-coĂ©quipier Chastain.
Comme le lendemain Jenkins est de repos, RenĂ©e profite d’une Ă©quipe accaparĂ©e par l’affaire du night club pour le service pour l’autorisation de gĂ©rer l’affaire de Ramona. En attendant la sortie du comas de la victime, RenĂ©e explore des pistes, gardant bien Ă  l’esprit de ne pas nĂ©gliger ses tâches courantes. Son enquĂŞte empiète sur ses journĂ©es, mais elle dĂ©tient une piste…
Or, en parallèle, l’assassinat de Chastain dans son garage perturbe Renée qui sait devoir agir avec discrétion pour comprendre le lien avec les crimes du dancing.
Pour sa quĂŞte de vĂ©ritĂ©, elle n’hĂ©site pas Ă  se mettre en danger…

MON AVIS

Mes vifs remerciements au site Netgalley et aux Editions Calmann Levy pour l’avant-première de ce policier captivant, d’un auteur M. Connelly (source WikipĂ©dia) de renommĂ©e mondiale Ă  juste titre mĂ©ritĂ©e. Ce roman a dĂ©jĂ  reçu le prix Barry en 2018, un prix littĂ©raire policier dĂ©cernĂ© chaque annĂ©e depuis 1997 par les Ă©diteurs de Deadly Pleasures, une publication trimestrielle amĂ©ricaine..

Si je connaissais Connelly de longue date, j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© retrouver ses enquĂŞtes complexes mais aucunement alambiquĂ©es.  Le style Ă©nergique de RenĂ©e Ballard m’a conquise. Cette nouvelle hĂ©roĂŻne entre avec succès dans la garnison des personnages de l’oeuvre de Connelly. La texture de ce roman fournira lĂ  encore, matière pour un scĂ©nario de film Ă  rebondissements.

Les 400 pages haletantes nous captivent dès le départ du roman. On immerge immédiatement dans les faits divers nocturnes avec l’équipe composée de Renée Ballard et Jenkins. Les deux premières affaires soumises des premiers chapitres assez courts pronostiquent un rythme dynamique. Ce roman policier, présente l’intérêt d’une certaine densité par les affaires qui sont présentées, le schéma de deux enquêtes parallèles en cours, des personnages très bien campés procurent plusieurs heures de lecture non-stop.

Mickael Connelly n’hĂ©site pas Ă  dĂ©noncer la rudesse de la sociĂ©tĂ©, et en particulier dans la police. Il illustre le problème rĂ©current de flics pourris. Jenkins (Jenk off = branleur anglais) symbolise le souffre-douleur du commissariat, victime consentante de la pĂ©nibilitĂ© des horaires. Le mĂ©pris de ses collègues, hormis Ballard, accentue sa sympathie. Par l’intermĂ©diaire de ses personnages l’auteur condamne le sexisme, et l’hypocrisie autour, mĂŞme dans le milieu policier. Avec un certain pessimisme, le livre se clĂ´t sur ce thème avec un certain fatalisme autour de cette question, mais une rĂ©signation rejetĂ©e avec force notre hĂ©roĂŻne.

Deux enquêtes parallèles

Deux enquêtes pour des crimes de nature différente sont imbriquées.

Une enquĂŞte dans lequel trempe un policier, est frĂ©quente dans les polars, mais souvent  cette hypothèse dĂ©concertante surgit après un long aboutissement.  Or, ici, cette Ă©ventualitĂ© survient tĂ´t dans le raisonnement de Ballard ; mais le mystère tournera surtout autour des motivations et de l’identitĂ© du coupable. Et belle performance de suspens.

Une autre agression de nature sexuelle illustre un fait de sociĂ©tĂ©, Ă  première vue mondialement rĂ©pandu. La pugnacitĂ© de Ballard Ă  dĂ©masquer le criminel transphobe avec un homme tabassĂ© de vouloir devenir femme met en lumière cette rĂ©alitĂ© d’intolĂ©rance contemporaine. Le courage et la tĂ©nacitĂ© de RenĂ©e Ballard va nous guider dans la progression pour Ă©claircir l’opacitĂ© qui recouvre le crime.

Peut-ĂŞtre parce que plusieurs enquĂŞtes Ă©voluent dans deux domaines diffĂ©rents, le lecteur n’est jamais induit dans une confusion. Ballard jongle de l’une Ă  l’autre, et on la suit dans une progression trĂ©pidante mais très cohĂ©rente meme dans des situations d’inconfort ou de dangers extrĂŞmes.

L’auteur nous initie au jargon et pratiques dans les commissariats, ou de la police criminelle. L’écrivain partage ainsi son travail de recherche auprès de policiers expĂ©rimentĂ©s pour nous illustrer les pratiques du mĂ©tier de policier. Ainsi, on comprend les règles appliquĂ©es pour les scellĂ©s, des armes autorisĂ©es pour les officiers, les relevĂ©s d’empreintes, les Ă©coutes, les flagrants dĂ©lits… et moults dĂ©tails dans le domaine.

Une héroïne remarquable

Les agissements de Renée Balart façonnée d’une forte et noble personnalité sont appropriés avec justesse au récit. Ce personnage féminin à tout à fait l’étoffe d’une héroïne humaine : forte dans ses convictions (elle ne se laisse pas impressionner quand la justice est en jeu), elle sait écouter ses sentiments par ailleurs, et s’attendrit encore d’un passé cicatrisé (la mort de son père). Cette nouvelle héroïne si bien cadrée et dosée dans la galerie offerte par M. Connelly, je lui pronostique une belle longévité. 

Le mode de vie pittoresque rĂ©voque le conformisme traditionnel en adĂ©quation avec son caractère solitaire mais loin d’ĂŞtre asociale.  IndĂ©pendante et curieuse, son mĂ©tier de policier est le fruit d’une rĂ©flexion Ă©tudiĂ©e puisqu’elle avait commencĂ© sa carrière en tant que journaliste. Sa rigueur et son pragmatisme lui permettent d’associer sa profession avec ce qui lui tient Ă  cĹ“ur : la pratique sportive, ses responsabilitĂ©s vis Ă  vis de sa chienne Lola et des liens Ă©troits avec Tutu sa grand-mère. Avec modĂ©ration mais sincĂ©ritĂ©, elle s’accorde des relations amicales et sexuelles. Cet Ă©quilibre de vie s’adapte totalement Ă  la cohĂ©rence du rĂ©cit. Une fille saine.

Pour ne rien gâcher, son intelligence et ses manœuvres calculées génèrent des résultats appréciés et reconnus de ses collègues et de sa hiérarchie. Sa compétence est établie, sa ténacité aussi.

Je redécouvre Connelly avec cette nouveauté. On en entendra beaucoup parler, alors je vous conseille vivement de vous y plonger. Il réunit qualité (mon coup de cœur du mois) et quantité (plusieurs heures de lecture garanties).

Bonne lecture !

Vous pouvez vous procurer l’ouvrage chez votre libraire, chez DECITRE ou à la FNAC.
Votre avis sur la chronique ou le livre est le bienvenu…


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