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💜💜💜💜 LES CHIENS DE DETROIT de Jérôme Loubry

RESUME

Calmann Lévy
oct 2017
306 Pages

Quatrième de couverture

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

Mon résumé

En 1998, Stan Mitchel avait été muté de Washington à Détroit en guise de sanction pour le rétrograder ; sa vie personnelle n’était pas plus reluisante : l’alcoolisme de ce mari violent l’a conduit au divorce avec Mary. Dans cette ville de Détroit déjà en décadence, il aurait pu redorer son blason avec l’arrestation du Géant De Brume qui sévissait avec l’enlèvement avec pétition d’enfants mais hélas, il subira l’échec cuisant de sa vie car l’enquête restera irrésolue. Et même si les crimes se sont arrêtés, ils sont imprimés dans les mémoires…
et en 2013, le modus operandi du géant de brume ressurgit dans la vie de Stan Mitchel avec le signalement de plusieurs disparitions d’enfants dans la commune. Cette fois, Stan ne sera plus aux commandes de l’enquête mais assistera Sarah Berkhamp. Leur travail de collaboration permettra d’identifier Simon Duggan comme étant Le Gérant De Brume. Son arrestation n’est que le début d’une course contre la montre pour Sarah et Stan : il faut retrouver les enfants vivants, et comprendre le rôle que Sarah que veut lui attribuer Simon Duggan…

MON AVIS

Un excellent roman policier sur une disparition d’enfants et de crimes d’enfants dans un contexte social déjà sombre. Le lecteur tenu en haleine du début jusqu’à la fin de l’enquête, la suit avec attention, s’interroge. Il doute au rythme de la jeune Sarah et de Stan, son assistant désigné.

La lecture est agréable et la structure de flashbacks bien dosés et opportuns dynamisent une histoire située dans un secteur délimité : Détroit. L’affaire elle-même semble aussi un prétexte pour décrire le déclin de cette ville autrefois rutilante. Ses heures de gloire fondée sur une industrie automobile en plein essor, lui valaient le nom de « Motor City », mais sa aujourd’hui surnommée « Shrinking City » (ville rétrécissant) :

La ville agonisait, car ses veines se vidaient de ses habitants.

 À la limite du roman social, ce livre explique avec une simplicité explicite le mécanisme de l’hécatombe sociale et le mécanisme des si décriées « surprimes». Une société en décrépitude cerné d’un paysage de plus en plus clairsemé, abandonné où la pauvreté gagne du terrain. Les populations aux abois fuient peu à peu le secteur où dans cette faillite locale, le salut économique tient à l’installation d’un casino.

Dans l’esprit des hommes d’affaires, les maisons abandonnées ne seraient bientôt qu’un lointain souvenir. Les financiers rachetèrent ces pavillons dans l’idée de les revendre avec des crédits à taux réduit. Le casino serait la lumière qui attirerait les insectes.

L’auteur, pour insister sur cette paupérisation, l’arrose d’éléments désagréables car les débuts de chapitres dénoncent une météo détrempée : les pluies diluviennes omniprésentes plombent cette ambiance de grisaille environnante, à la limite du bourbier. Cette forte humidité du climat semble joindre sa désolation pluvieuse à la tristesse des enfants pleurés.

S’ajoute à ces déluges naturels, le mystère du Géant de Brume, inspiré d’un refrain d’une sorte de comptine qui martèle l’idée d’enfants piégés dans leur naïveté et de fables empreintes superstitions qui évoquent une terrible fatalité qui se renouvelle en 2013 : les enfants disparaissent sans qu’on ne les retrouve jamais.

Page 28 :
 « Il était une fois, dans un village reculé, une créature qu’on appelait les géants de brume. Chaque nuit, lorsque la Lune voilée par les nuages n’éclairaient moitié, et que la brume humide léchait les maisons, il venait enlever les enfants qu’on ne revoyait jamais… »

La succession des enlèvements produit sous l’impulsion d’un montre acharné, contraste avec une humanité prégnante car malgré la répétition de l’horreur, l’auteur l’individualise chaque enfant pétri de petites plaisirs et bêtises propres aux enfants.
Le retour de ce monstre insensible recherché après tant d’années mais qui s’était tapi, ravive les douleurs enfouies de Stan. Ressorti du placard à cette occasion, il devra opérer avec Sarah pour composer ensemble une équipe finalement bien assortie avec une sensibilité propre. Avec retenue et pruderie, ces deux célibataires se trouveront. Les circonstances du hasard les a destiner à se retrouver sur le même chemin à quelques années près signe le jeu sournois d’un jeu du destin. Sans se dévoiler leur affinité naissante, le cœur de l’enquête, c’est-à-dire les enfants, les confronte immanquablement à leurs propres défaillances. Le moteur pour réussir l’enquête sera de surmonter leurs démons.

Pour Stan : Penser à son fils Peter éveille en lui les remords d’une paternité défectueuse, de plus il a en mémoire des fantômes de son échec de 1993.

Je cite page 72 :
Stan observa les anges qui tombaient du ciel sans pouvoir interrompre leur chute. Il observa également sa propre déchéance vouloir l’amortir. Il regarda le ciel et maudit la terre. Par son incapacité à trouver des réponses et à intercepter le meurtrier, il devint coupable. Par sa paternité, il devint puisqu’il ressentait au plus profond de son âme la souffrance des parents. Sa position était un terrain fertile pour la folie, le suicide ou le dépérissement.

Quant à Sarah, en échec sentimental et sous l’emprise « d’une infertilité psychologique », elle se sait en proie à des angoisses, les fantômes inexplicables de son passé et s’obstine dans la délicate mission de rendre ces enfants à leur famille, elle aujourd’hui incapable d’avoir la sienne. Et pourquoi est-ce en elle que Simon Duggan cherche sa rédemption ?

Mais pour s’attaquer à des enfants, il fallait une raison bien plus compliquée. La découvrir revenait à expliquer l’origine même du Mal.

Pour Simon Duggan, nommément désigné dès le début comme le coupable, et on perçoit cependant une certaine gène à ce propos… Pour le Géant de brume dont la seule évidence repose sur sa massive corpulence. En revanche, ses gestes, sa psychologie nous embrume tout au long du livre.  Ce n’est qu’à l’extrême fin du livre que le brouillard se dissipera pour le lecteur, impossible pour lui de la deviner avant. D’ailleurs quelle fin !

Un magnifique thriller, un suspens et une tension permanents où la trame ne laisse rien deviner ; excellent premier roman ! La plume très agréable et fluide de Jérôme Loubry ce nouvel auteur glisse sur le lecteur et se veut prometteur d’ouvrages captivants… et ce n’est qu’un premier roman !

Un grand merci aux éditions Calmann Levy pour leur confiance dans ce service de presse et de m’avoir fait découvrir ce talent.

Vous pouvez vous le procurer, par exemple ici.

Quelques phrases que j’ai retenues :

 Les fantômes de nos espérances, de nos projets essoufflés, de nos rires effacés, tous nous hantent.
« – Tandis que vous vous teniez sous le porche de la maison, à fumer une cigarette, et pendant que votre coéquipier rouait de coups l’auteur des enlèvements, vous nous dites avoir eu l’impression que tout… merdait ? »
Dans sa mémoire elle revit la détresse d’un homme. Elle se remémora son errance. Elle se dit que le passé s’acharne parfois à bégayer.

La chronique  vous -a-t -elle donner envie de le lire ? N’hésitez pas à laisser un commentaire…


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