Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

đź’śđź’śđź’ś FIN D’ETE de Johan Theorin

RESUME 

Albin Michel
2015
505 pages
Tout a commencĂ© avec le fermier Gillis qui a achetĂ© bon marchĂ© plein de terres sur la cĂ´te, au dix-neuvième siècle. Tout le monde considĂ©rait que la terre en bord de mer ne valait rien, on ne pouvait pas la cultivĂ©e… mais il a continuĂ© Ă  en acheter toute sa vie. Puis il les a transmises Ă  ses trois fils, Edvard, Gilbert, et mon grand-père Sigfrid. Après la mort de ses frères, Sigfrid a enclos une partie de ces terres pour former ce qui est aujourd’hui devenu Olandic Resort…
L’été s’ouvre avec la fête très populaire de la Saint-Jean sur la petite île d’Oland en Suède. Les saisonniers, et les vacanciers se ruent sur la petite balnéaire où la famille Kloss détient l’hégémonie touristique sur l’île en fondant Olandic Resort. La famille, les notables du coin a su développer l’activité économique et leur fortune en convertissant les terres héritées de leur ancêtre en complexe hôtelier, et en camping. Leur réussite tient surtout à Kent, inflexible homme d’affaires et sa sœur Veronika qui l’assiste tout au long de l’année. Cet été, comme chaque année, les rejoignent leur frère Nicolas pour les aider dans leur restaurant avec ses enfants Mats et son jeune fils Jonas.
Il est convenu que pendant ses vacances, Jonas effectuera des petits travaux extĂ©rieurs dans la demeure de son oncle Kent. Ensuite il s’occupera de celle de sa tante Veronika. Mais l’enfant, dĂ©laissĂ© par son frère et ses cousins plus âgĂ©s, se sent un peu dĂ©sĹ“uvré pendant temps libre.
Et pourtant, son été sera bouleversé. Il se retrouve témoin de visions d’horreurs commises par un fantôme, un revenant et des morts sur un cargo en perdition, le Elie. En désarroi, l’adolescent livre ces démons à Gerloff Davidsson, un vétéran de l’île qui conserve en mémoire ces secrets les plus enfouis. Ancien fossoyeur, il est lui-même hanté par le souvenir de bruits d’un cercueil lors d’un enterrement en 1931. Il va se charger d’éclaircir les mystères fantomatiques pour soulager Jonas et ainsi faire surgir du passé Aron, l’enfant de douze ans en 1931 parti pour le Pays neuf…
Pourquoi, comment le passé impacte-t-il à ce point, sur les crimes commis aujourd’hui sur cette petite île paisible ?

MON AVIS

L’invitation à pénétrer dans ce huis clos sur une île suédoise nous projette dans un lieu où les courtes nuits agitent vacanciers et échauffent les esprits.

Suède

On y découvre une coutume de la Suède, l’importance de la fête de la Saint Jean (dite la Midsommer, au solstice d’été), deuxième festivité après Noël dans le pays où des concerts et réjouissances sont organisées sur tout le territoire. L’auteur décrit bien son paysage marqué de moulins, les plages de roches, les cairns, les bateaux… Cependant, un français peinera à retenir les noms des nombreux lieux géographiques cités, leurs consonances se ressemblent beaucoup mais le cadre de ces 500 pages de suspens, le motiveront pour mieux les connaître.

Le passé ressurgit

Avec des morts rĂ©veillĂ©s dans leur cercueil, des fantĂ´mes qui ressurgissent du passĂ© trouble d’une famille, des revenants armĂ©s, on friserait presque l’ambiance d’Halloween si on fait abstraction de la saison. Le tout, avec les personnages et le scĂ©nario contribue cependant Ă  produire une splendide intrigue policière sans policier. L’enquĂŞte, qui n’en est pas une – cherchez l’erreur – repose sur la curiositĂ© constructive du vĂ©tĂ©ran : Gerlof. Sa compassion pour la souffrance morale de Jonas, nous procurent un beau suspens Ă  comprendre et rĂ©soudre. Belle idĂ©e de l’auteur de faire abstraction des pouvoirs et des moyens de la police et de leurs classiques inspecteurs. Le dĂ©but du roman brouille notre vision d’ensemble avec un passĂ© qui ressurgit et une famille disloquĂ©e mais dont les pièces du puzzle se mettront en place avec le fils de la lecture.

Le début un peu poussif, me semble-t-il, ne doit quand même pas être négligé car il est la clé de toute l’intrigue.

Beaucoup de personnages bien particuliers

L’alternance des personnages en jeu se dĂ©cline avec les chapitres pour rythmer la trame grâce Ă  l’interfĂ©rence des quatre personnages principaux avec : Jonas, Gerlof, Lisa et le revenant. En plus, des chapitres « flashback » dĂ©voilent les Ă©nigmes du passĂ© responsable indirect des morts d’aujourd’hui.

Lisa et d’Aron semble reprĂ©senter la symbolique du livre avec cette espèce de schizophrĂ©nie forcĂ©e par l’autoritĂ© paternelle. Chacun des deux antagonistes se sent investi d’une mission de rĂ©paration des souffrances subies dans l’histoire familiale et assument les choix de leur père. Au risque d’en dire trop, Lisa la guitariste laisse place Ă  Lady Summertime la Dj pickpocket du Maylai Bar pour rĂ©pondre aux besoins de Silas ; Aron a dĂ» affronter les consĂ©quences de l’orientation politiques de Sven. Aron et Lisa devront s’affranchir de la pression autoritaire Ă  faire le mal pour ne pas perdre leur âme.

Au contraire d’eux, Jonas subit plus l’autorité de son oncle que de son père entiché d’une personnalité plus effacée. Adolescent réservé, et esseulé mais volontaire, ses vacances gâchées par les multiples frayeurs à affronter tendent à émouvoir le lecteur. De surcroît, son honnêteté et sa candeur le façonnent en proie facile pour qui veut en profiter. Un été pourri pourrait-il dire. La fin de l’été clôt la Saint Jean marque des premiers crimes de l’île.

Gerlof, incarne le « bon grand-père » ce confident bienveillant pour les enfants qui se trouve être l’oreille attentive et providentielle pour les malheurs de Jonas. Outillé pour déjouer la défaillance de son ouïe, il se révèle un enquêteur infaillible dans ce thriller bien mené.

L’auteur a trouvĂ© un prĂ©texte judicieux pour aborder dans le roman la cruelle histoire de la Grande terreur Russie soviĂ©tique. Avec son personnage Vlad il redonne des fragments humains Ă  des politiques totalitaires ancrĂ©es dans des pratiques inhumaines invivables et insupportables.

Pour vous procurer le roman, c’est possible ici.

 

Quelques phrases retenues

Si on habille le mort aussi bien qu’on parle de lui, alors il sourit dans son cercueil. Gerlof se rappelait avoir entendu cet adage dans la bouche de sa grand-mère.
Il y a une chose que j’ai apprise, dit Kent, c’est qu’après chaque fête, il faut faire la vaisselle. Plus la fête dure, plus il y a de vaisselle.

Et vous, que pensez- vous de la chronique ? N’hĂ©sitez pas Ă  laisser un commentaire…

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