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💜💜💜💜LA BELLE-MERE de Sally Hepworth

Résumé  

L’Archipel
20./08/2020
360 p.
Australie.
Avocate apprĂ©ciĂ©e pour son dĂ©vouement, Diana se bat pour amĂ©liorer le sort des rĂ©fugiĂ©s, mais elle se montre froide et distante, sinon blessante, envers les siens. Ce dont souffre Lucy, sa belle-fille, qui rĂȘvait de trouver en elle une mĂšre de substitution.
Dix annĂ©es ont passĂ©, et Diana vient de mourir. Elle se serait suicidĂ©e. Mais, Ă  l’autopsie, nulle trace d’un cancer
 Qu’est-il donc arrivĂ© Ă  Diana, dont le testament a Ă©tĂ© modifiĂ© peu de temps avant sa mort ?

Mon avis

Ce service de presse proposĂ© par le site Netgalley et les Ă©ditions l’Archipel que je remercie m’ont fait dĂ©couvrir une auteure australienne qui signe son troisiĂšme roman.

Qualifier le roman de thriller familial est inappropriĂ©, car il n’y a pas de suspens Ă  proprement dit mais surtout beaucoup de questions en suspens Ă  rĂ©soudre. Suicide ou pas ? En tout cas, mort suspecte… La duretĂ© de cette femme a-t-elle suscitĂ© des envies de crimes ? Comment justifiait-elle sa duretĂ© envers ses propres enfants ? Était-elle aussi froide et inflexible que ce qu’elle voulait montrer ? Qui aurait-elle provoquĂ© pour organiser un crime sur sa personne ?

LA VRAIE BELLE-MÈRE

Le thĂšme rĂ©current et universel de la relation belle-mĂšre et bru bien galvaudĂ©e est ici traitĂ© sous couvert d’une intrigue policiĂšre. L’amour de ces deux femmes (mĂšre et Ă©pouse) en convergeant vers le mĂȘme homme fourmille de prĂ©textes Ă  embrouilles, non-dits, frustrations, invectives et parfois de tendres complicitĂ©s. La trame psychologique entre Diana et Lucie est bien illustrĂ©e. L’introspection respective de l’une et l’autre permet d’extraire les attentes originelles de ce lien par alliance, les maladresses formulĂ©es, et l’Ă©volution des sentiments Ă©prouvĂ©s.

J’ai apprĂ©ciĂ© la juste analyse de la situation avec la passivitĂ© de la part de la gent masculine de la famille : Ollie, (Oliver) le mari de Lucy et le fils de Diana, et celle de Tom le mari de Diana. IndiffĂ©rents aux questionnements des femmes en prĂ©sence, ils semblent mĂȘme ignorer ces « prises de tĂȘte ».

UNE RELATION COMPLEXE

Le personnage Diana, a monopolisĂ© mon attention. Au dĂ©but, si mĂ©prisable qu’elle mĂ©rite presque sa mort, puis Ă  la fin on comprend mieux. Sa narration sur son passĂ© laisse transparaĂźtre une personnalitĂ© forte, aguerrie aux adversitĂ©s de la vie, mais au tempĂ©rament complexe. On comprend qu’elle s’est forgĂ© une carapace manifeste pour ses proches mais qui cache une gĂ©nĂ©rositĂ© sincĂšre pour d’autres causes. Mais lĂ  oĂč la logique de l’auteur m’Ă©chappe, c’est son dĂ©semparement quand survient le dĂ©cĂšs de son mari, pourtant prĂ©visible. Ça ne colle pas avec le personnage.

Lucie, dans son genre est Ă©galement attachante parce qu’elle espĂ©rait beaucoup de cette relation avec sa belle-mĂšre, celle qui aurait pu lui procurer une attention maternelle qui lui a manquĂ©e avec le dĂ©cĂšs de sa propre mĂšre. Un peu fade par rapport Ă  Diana, son caractĂšre tranche avec celui de sa belle-mĂšre. J’ai adhĂ©rĂ© Ă  son approche avec cette femme ostensiblement distante, voire antipathique avec elle, ainsi que cette tergiversation de sentiments de vouloir la « frapper » et celle oĂč elle persĂ©vĂšre dans les efforts pour lui ĂȘtre agrĂ©able. Cette ambiguĂŻtĂ© assez humaine est finalement assez cohĂ©rente.

Un autre thĂšme familial comme la « relation fille mĂšre » Ă©galement traitĂ© explique bien le manque de confiance en soi de Nettie. La distance Ă©tablie par Diana  avec sa fille est si frappante de rĂ©alisme que Nettie est assez touchante dans sa quĂȘte d’affection vis-Ă -vis de sa mĂšre. Ainsi son obsession de maternitĂ© afin de combler un vide affectif est assez pitoyable, limite Ă©nervant mais qui finalement nous attendrit.

DESCENDANTS DÉSHÉRITÉS

Le mobile d’un hĂ©ritage convoitĂ© complique l’intrigue car l’existence d’un testament change la donne. Cette disposition testamentaire en modifiant les hĂ©ritiers ajoute de la matiĂšre Ă  l’énigme  : qui la connaissait ? Pourquoi a-t-elle Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e ? Est-ce que le passĂ© de Diana justifie sa volontĂ© d’Ă©carter ses enfants d’une fortune « facile » ?

Le thĂšme l’Ă©ducation avec le rapport Ă  l’argent avec les enfants, abordĂ© de maniĂšre continue dans le rĂ©cit trouve ici une illustration un peu alambiquĂ©e. Le passĂ© de Diana paraĂźt acceptable comme justification mais c’est lĂ  ma rĂ©ticence : je ne suis pas convaincue de la cohĂ©rence de point de vue.

Le passĂ© de Diana, l’organisation familiale et professionnelle de Lucie et son mari, la dĂ©sespĂ©rante infertilitĂ© de Nettie place au second plan l’enquĂȘte pour une mort dĂ©guisĂ©e en suicide. Et si finalement les conclusions de l’enquĂȘte dĂ©coulent naturellement au fur et Ă  mesure, le scĂ©nario de la mort surprend quand mĂȘme le lecteur.

C’est un excellent roman domestique, avec une pointe de suspens.

#LabellemĂšre #NetGalleyFrance


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