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💙💙💙L’ABSENTE de Lionel Duroy

RESUME

J’ai Lu
2017
350 pages
La vie d’Augustin Revel, un écrivain renommé parmi quelques amateurs, fait le constat d’une vie en morceaux suite à son divorce d’avec Esther, la mère de ses trois filles. D’ailleurs, celle-ci éprouvent une grande déception à la vente la maison familiale de Mont-Pertus.
Avec une maĂ®tresse « très mariĂ©e » au maire, Augustin dĂ©pourvu de vĂ©ritable attache, part sur les routes de son passĂ© avec sa Peugeot 605. La voiture recèle ses quelques biens, surtout des reliques et souvenirs, qui Ă©voquent sa vie de naguère avec ses parents. Alors, sur les routes de France, s’engage un road-trip, sur un fond d’opĂ©ra au grĂ© de ses CD prĂ©fĂ©rĂ©s. Sous la pression de son Ă©diteur Curtis, il pense dĂ©tenir un sujet et pour le rĂ©diger, se dirige vers la propriĂ©tĂ© familiale de sa feue mère : le château de Cestas près de Bordeaux.
Ce patrimoine, transmis depuis des générations par sa famille maternelle, appartient aujourd’hui à ses cousins qu’il n’a jamais connus. En effet, les liens de sa mère Suzanne avec sa famille avaient été rompus après son mariage avec « Toto », un vendeur en aspirateur sans envergure. Il faut dire que les neuf naissances successives du couple avaient été mal perçue par leur entourage. Dans ce milieu social, les savoir en plus, désirées, était un comble. Le couple vivait chichement loin mondanités, et quand la débandade financière s’installa à son insu, Suzanne se suicida devant les huissiers abandonnant les enfants à leur sort.
Augustin prend conscience que cette mère est une inconnue pour lui et la curiosité pour la découvrir le titille. C’est pourquoi en visant la destination de Cestas, Augustin va s’infiltrer chez ses cousins sous le gentil prétexte fallacieux d’être un bricoleur à tout faire. Ainsi, immergé dans l’univers qu’a été celui de sa mère, il va comprendre cette mère la relation qu’elle avait avec son époux Toto.

MON AVIS

Titre « L’absente » paradoxal. Le roman s’articule autour d’une femme, une mère qui a certes disparu, mais sur laquelle son fils axe toutes ses pensĂ©es et mĂŞme ses futurs Ă©crits. Un road-trip sur les routes de France imposĂ© par son divorce conduit notre narrateur Augustin Ă  revisualiser sa vie familiale depuis son enfance. AccablĂ© de rancĹ“ur sur sa propre vie sentimentale, il analyse celle de ses feus parents, et surtout sa mère, rĂ©duits Ă  assumer – ou pas-, une vertigineuse dĂ©cadence sociale.

Ce roman est inspiré des épreuves personnelles vécues par Lionnel Duroy. (cf. Article du Journal du Dimanche du 21/06/2017.)

Alors Ă©merge en Augustin, l’envie de mieux connaĂ®tre sa mère, pivot du destin de sa fratrie et son père. Peu Ă  peu, la rĂ©miniscence de ses souvenirs Ă©quivaut presque Ă  une recherche psychanalytique. Ainsi,  il retrace son passĂ© : le dĂ©tachement de cette mère pour ses enfants, avec la place d’un paternel effacĂ© ou pourtant aimant, mais la dĂ©chĂ©ance sociale et financière poussant sa mère assaillie de dĂ©sespoir. Au cĹ“ur de cette escapade, une rĂ©flexion sur la vie au regard de l’amour, la place du couple, le « choix » de l’ĂŞtre aimĂ©, du poids social.

UN ROAD-TRIP LITTERRAIRE

Augustin est libre. Sans attache, il avance sur les routes du passé et se laisse guider par les rencontres de hasard. Sa liberté, sa désinvolture sur le matériel et les contingences quotidiennes déstabilisent un peu la lectrice que je suis, aux antipodes de son caractère.

Mais Augustin est un Ă©crivain avant tout, d’ailleurs sa famille notamment sa fratrie lui a dĂ©jĂ  reprochĂ© d’en avoir trop Ă©crit (Ă  vous de lire pourquoi). Si bien qu’aujourd’hui elle le considère dorĂ©navant comme persona non grata. La littĂ©rature est son domaine d’oĂą de nombreuses rĂ©fĂ©rences d’Ă©crivains et d’Ĺ“uvres. Et sans publier de best-seller, notre hĂ©ros parvient tant bien que mal Ă  vivre de sa plume sous une pression rĂ©gulière de son Ă©diteur. Les librairies jonchent son parcourt et sa vie. Si bien que, au cours de son trajet, Sarah, une lectrice inconditionnelle, non seulement de l’Ă©crivain mais surtout de l’homme, lui vouera une adoration, et un dĂ©vouement, dont il ne sait que faire ! Ce sont les clins d’Ĺ“il sympathiques de la vie.

 UN ROAD-TRIP VERS CESTAS

Pour panser ses plaies, Auguste vise la destination du château de Cestas, berceau de sa famille maternelle. Il veut connaĂ®tre cette branche « mystĂ©rieuse » qui a considĂ©rĂ© sa mère considĂ©rĂ©e comme une paria. Peut-ĂŞtre pourra-t-il comprendre  les raisons de cette opprobre ? Ainsi, cette maison familiale, oĂą se cĂ´toient plusieurs gĂ©nĂ©rations, traduit bien la pression exercĂ©e par la transmission d’hĂ©ritage, et l’attachement naturel aux racines.

A partir de ces liens distendus avec sa famille matrnelle, le narrateur va jouer « serré » en se faisant passer comme « homme Ă  tout faire », un prĂ©texte pour aborder les lieux de près. Ainsi, avec cette Ă©tiquette, il se familiarise avec un de ses nombreux cousins.  Et, grâce Ă  son habiletĂ© dans l’art de la communication, il va recueillir maintes informations auprès de ses hĂ´tes, « employeurs » et cousins, sur sa mère. Il va relier les pièces de puzzle de son destin. De lĂ , des secrets de famille vont jaillir au-delĂ  de ce qu’il aurait pu penser. Ainsi, avec ces miettes du passĂ©, il comprendra mieux « le personnage maternel » qui l’a façonnĂ©.

LA MERE

Suzanne, le personnage « clé ». LA mère n’est jamais nommĂ©e avec tendresse, affection, ou rĂ©vĂ©rence. En effet, le pronom « la » dĂ©signe une femme « aigrie » tout au long du roman. Cette marque de dĂ©tachement s’expliquera au fil des pages. C’en est d’ailleurs l’axe. Alors, comme Augustin, le lecteur va considĂ©rer la duretĂ© de son comportement, et ensuite  juger cette femme, Ă©pouse, et mère. Difficile d’estimer cette femme soucieuse de sa place sociale… Son leitmotiv : « tenir son rang » rappelle ses prioritĂ©s, fruit du poids de l’Ă©ducation dans un milieu social bourgeois.

Mais tout va prendre sens quand Ă  l’extrĂŞme fin du roman. Augustin, Ă  force de recherche va Ă©clairer son histoire familiale, celle de ses parents et surtout celle de sa mère. Le mariage de Suzanne avec celui qu’on surnomme Toto, a constituĂ© un couple hors des chemins battus pour la famille, et pour Suzanne elle-mĂŞme. Et de lĂ , nous poserons un regard nouveau sur « l’absente ». En plus, comme Augustin, nous apprendrons LA rĂ©vĂ©lation du dĂ©sespoir qui l’oppressait !

Et Suzanne finira pas nous attendrir…

Belle Ă©criture. Roman riche. Un Week-end de lecture du roman ne vous suffira pas.

Un avant-goût avec ces citations 

P. 46.–« le pauvre garçon, il faut être réaliste dans la vie, ne devient pas écrivain qui veut. Qu’est-ce que tu crois ? Tu as ton bac, c’est déjà une chance, maintenant choisi un métier qui te mettra à l’abri des emmerdements. Ecrivain, mais ce n’est pas un métier, il faut être artiste, et à part Nicolas, je ne vois pas qu’il y ait un artiste dans cette famille. »
Éduqué dans le culte du paraître, comment aurait-elle pu échapper à la folie, à l’envie de se tuer, songe Augustin, après avoir été jetée à la porte du somptueux appartement de Neuilly par le commissaire de police, et les deux agents en uniforme, comme une voleuse, n’est-ce pas, et sous les yeux de nos illustres voisins ?

Cette petite citation clin d’Ĺ“il sur ChambĂ©ry :

Page 58. Il dormit le premier soir à Chambéry avant de poursuivre vers l’Italie. Il n’est plus l’homme qu’il était au bras d’Esther. Comblé, confiant. Il cherche parmi les promeneurs qui ne croiseraient pas un couple dans leur genre, des parisiens, des enfants gâtés.…
Si tu arrives à transformer ta détresse en une œuvre, tu seras sauvée. Ecrire, ce sera comme si tu t’élevais soudain de la lourde terre pour accorder une autre vie qui te permettra de regarder de haut la première, celle où tu marches aujourd’hui à tâtons, stupide et aveugle. Écrire te rendre inaccessible à la beauté à la cruauté du monde.
Page 256. Même si elle a peu de temps pour lire, elle explique à Augustin que c’est une illusion délicieuse d’être au milieu de ces milliers de destins offerts, posés là sur les tables et les étagères, comme si se promenant dans une ville on pouvait entrer librement dans la tête de telle ou telle personne dont le regard vient de vous toucher et tout apprendre d’elle.
Il sourit dans l’ascenseur en songeant que ces semaines au Château vont être les premières vacances depuis Roubaix. En vingt-cinq ans, il a publié vingt et un romans, autant dire qu’il n’était jamais été arrêté d’écrire plus de huit jours.
Page 124 : Non, Augustin ne croit pas que la mère ait cette lucidité, elle n’a jamais appris à réfléchir, seulement à obéir au code que lui ont transmis les siens. Il dirait même que chez elle il était défendu de réfléchir. Pourquoi s’adonner à cet exercice extravagant quand les règles de vie, édictées depuis des générations, ont fait la preuve de leur efficacité ?
Page 117 : « Tenir son rang » avait été pour elle l’unique façon d’être digne du père, d’exister au regard du père, et probablement dans le sien propre.
Page 259 : On arrive innocent et confiant sur la Terre et on peut être de la sorte sanctifiés ou condamnés par sa propre mère avant même d’avoir pu envisager ce qu’on allait faire de notre vie.
page 294 : il en avait conclu qu’il y avait quelque chose de profondément inquiétant dans le désir des femmes, une part secrète et meurtrière qui ne se révélait qu’au moment de la rupture. Il en avait conclu qu’on ne pouvait pas compter sur l’amour pour échapper à la solitude.

 


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