Des chroniques réguliÚres pour partager des livres, et faire connaßtre de nouveaux auteurs

💜💜💜💜PERSONA de Maxime Girardeau

RÉSUMÉ

Ed. Mazarine
12/02/2020
315 p.
Franck Sommerset policier au commissariat du « 36 » arrive Ă  l’hĂŽpital Saint-Anne pour constater l’horreur commise sur Philippe Silva. L’affairiste, mariĂ© et pĂšre de famille, a fait fortune grĂące aux rĂ©seaux sociaux. Il a la vie sauve mais ses tortures le rĂ©duisent Ă  un avenir d’Ă©tat vĂ©gĂ©tatif : il a Ă©tĂ© lobotomisĂ©, amputĂ© des bras, Ă©nuclĂ©Ă©, et un masque de pierre a Ă©tĂ© clouĂ© sur son visage. Son bourreau l’a piĂ©gĂ© dans une antre dĂ©sertĂ©e de l’institution pour agir Ă  sa guise sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©.  Pourquoi une telle ignominie commise sur cet homme sans problĂšmes particuliers, ni ennemis en apparence ? Une unique piste pour l’heure : La violence et la prĂ©cision de cette barbarie sont la signature de la main experte d’un militaire endurci Ă  l’Ă©preuve.
À l’annonce de l’agression faite Ă  Sonia, l’Ă©pouse de Philippe Silva, Elga sa meilleure amie est alors prĂ©sente. Et, Franck en dĂ©duit vite que le tĂ©moignage de celle-ci paraĂźt crucial car en travaillant chez Google, elle connait bien le milieu dans lequel a Ă©voluĂ© la victime.
Et alors que l’enquĂȘte dĂ©bute Ă  peine, on signale une violente agression infligĂ©e Ă  Virgine Debassin directrice commerciale au Figaro. Les tortures subies s’apparentent Ă  celles de Philipe Silva, Ă  quelques nuances prĂšs. ParalysĂ©e par des cervicales rompues, visage clouĂ© d’un masque prĂ©colombien, langue coupĂ©e, Ă©nuclĂ©e. Martyrisant la victime Ă  son domicile, le tortionnaire ne s’est pas formalisĂ© de la prĂ©sence d’un jeune fils et d’un mari, bien neutralisĂ©.
Lors de l’entretien d’Elga avec lui, Franck a senti qu’il pouvait lui faire confiance quand Ă  Google, elle lui prĂ©sente Ariane, une experte en logarithmes capable d’Ă©tablir un lien entre les deux victimes
 TrĂšs vite, Khal Doe, un ponte dans le numĂ©rique apparaĂźt comme le dĂ©nominateur commun de ces personnes rĂ©unies Ă  Cannes au Festival mondiale de la publicitĂ©.
Ainsi, Franck s’intĂ©resse de prĂšs Ă  Doe ; d’autant que le profil de l’ancien lĂ©gionnaire Ă  l’identitĂ© trouble se rapproche de celui du criminel. Mais ses alibis empĂȘche de le confondre, alors Franck poursuit son enquĂȘte Ă  laquelle il associe plus ou moins Elga.
Mais l’affaire se complique avec la dĂ©couverte fortuite d’une troisiĂšme victime encore vivante ensevelie dans les catacombes de Paris. On lui a Ă©tĂ© retirĂ© la parole, l’ouĂŻe et la vue et clouĂ© un masque prĂ©colombien sur le visage. Quand l’algorithme d’Ariane confirme Khal Doe comme connaissance commune au trois victimes, la police se presse Ă  le neutraliser au plus vite. Cela va-t-il ĂȘtre nĂ©cessaire Ă  stopper cette hĂ©catombe d’abominables tortures ?

MON AVIS

Service de presse : Tous mes remerciements aux Ă©ditions Mazarine et au site Netgalley pour ce scĂ©nario Ă  suspens digne d’un bon thriller. Les multiples supplices marquent une imagination fertile de l’auteur.

Un macabre inouĂŻ accompagnĂ© d’insupportables souffrances sur des personnes au long du  roman sont relatĂ©s avec prĂ©cision ; mais l’auteur n’a pas accentuĂ© l’horreur. Cependant, peut-ĂȘtre m’habituĂ©-je Ă  lire un peu trop de thriller ! 🧐 En tout cas, leurs justifications – exotiques et originales – prennent sens Ă  la fin. Un dosage bien pesĂ© entre l’ignominie et une enquĂȘte qui redonne du sens Ă  l’humain avec des personnages dotĂ©s d’un sens de gĂ©nĂ©rositĂ©.

Dans l’aire numĂ©rique

Les policiers, les tĂ©moins et victimes Ă©voluent aux milieux dans l’univers contemporain des rĂ©seaux sociaux. La sphĂšre du « vu et ĂȘtre vu » concentre des moyens financiers insoupçonnĂ©s crĂ©atrices de carriĂšres lucratives Ă  l’origine de fortunes colossales.

Notons ici, la force d’informations que peut drainer des photos anodines postĂ©es sur le Net. ExploitĂ©e pour le bien, ou pour le mal, la moindre d’entre elles n’a rien d’inoffensif ; la preuve avec les publicitĂ©s que l’on reçoit au quotidien, bien ciblĂ©es selon nos inclinations. Les prouesses d’Ariane dans le domaine de l’algorithme impressionneront les lecteurs, comme elles ont bluffĂ© la police et l’armĂ©e requises dans le roman. C’est d’ailleurs intĂ©ressant − fictif ou pas ? − d’en voir les limites de l’usage par les autoritĂ©s.

DES TORTURES PENSÉES ET PANSÉES

Chacun des supplices est administrĂ© avec une Ă©laboration intellectuelle poussĂ©e. En effet, conçue comme une punition, chaque blessure sanctionne un penchant malsain perçu par la victime. Nous nous trouvons dans un contexte de cruautĂ©s criminelles vengeresses. Du sadisme, certes prĂ©sent, mais l’auteur nous a Ă©pargnĂ©s les descriptions trempĂ©es d’hĂ©moglobine qui prennent une place infime dans le rĂ©cit.

Et ces descriptions morbides sont pourtant utiles et fournissent les clĂ©s Ă  l’histoire.

« Persona », (masque en latin) concept psychanalytique expliquerait le modus operandi : « la persona est ce que quelqu’un n’est pas en rĂ©alitĂ©, mais ce que lui-mĂȘme et les autres personnes pensent qu’il est.« 

C‘est le symbole de l’archĂ©type que l’on supporte au sein du monde extĂ©rieur : la gentille fille, le bon pĂšre de famille, […]. Elle a pour fonction de justifier notre individualitĂ©.

Paris-Bogota

L’enquĂȘte menĂ©e par Sommerset ne se limite pas Ă  de la spĂ©culation intellectuelle corroborĂ©e par des calculs mathĂ©matiques ou des recherches sur Internet couronnĂ©es d’une arrestation dans les formes. Non, rien de cela : les forces de l’ordre vont ici s’investir physiquement, et humainement.

En  effet, notre commandant doit faire fi de sa claustrophobie pour dĂ©ambuler dans les catacombes de Paris. Comme toute lecture qui suscite un intĂ©rĂȘt, celle-ci m’a poussĂ©e Ă  approfondir cette 👉 visite particuliĂšre ( cf. SITE fast pass partout) du ventre de la capitale. Ainsi, pour moi cette incursion − virtuelle − me suffira ; mon tempĂ©rament « plan-plan » me pousse Ă  fuir cet endroit pourtant riche de curiositĂ©s insolites. Sommerset va aussi se rendre — sans vouloir en rĂ©vĂ©ler trop — Ă  Bogota. Je confesse mes lacunes en gĂ©opolitique sur la Colombie, incapable de jauger les plausibilitĂ©s d’explications fournies qui justifie toute l’intrigue, alors je les admets probables. Cependant, mon bĂ©mol, est le mobile un peu tirĂ© par les cheveux mais heureusement bien ficelĂ© malgrĂ© tout alors cohĂ©rent et crĂ©dible, donc recette primordiale pour me sĂ©duire.

J’ai aimĂ© : Ce livre n’est pas mon coup de cƓur mais il procure une lecture agrĂ©able, avec des personnages qu’on apprĂ©cie et des rebondissements.

J’ai moins aimĂ© : La fin tire selon moi en longueur
 mais ce n’est que mon humble avis
 !

#Persona #NetGalleyFrance

Citations :

Il n’aimait pas la presse. Il ne l’a jamais aimĂ©e d’ailleurs. Elle ne reprĂ©sentait que des intellectuels trop limitĂ©s pour faire fortune et pas assez stupides pour fermer les yeux  sur leur condition humaine.

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