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đź’šđź’šđź’šđź’šđź’šSINATRA : UNE MYTHOLOGIE AMERICAINE de Steven Jezo-Vannier

Le Mot et le Reste
21/11/19
520 pages

Je remercie les éditions « le mot et le reste » et le site Babelio.com pour ce service de presse.

Les 520 pages se suivent et ne se ressemblent pas. La personnalitĂ© mĂŞme de l’artiste, parĂ© de multiples facettes (tout feu, tout flamme) contrecarre la menace d’un Ă©ventuel ennui, car l’évocation de toutes les personnalitĂ©s nous remĂ©more des icĂ´nes, un faste rare dans une sociĂ©tĂ© en perpĂ©tuel mouvement. N’oublions pas que l’ambition de Franck Sinatra d’assouvir sa passion vient d’un acharnement au travail, et que son charisme est aussi dĂ» Ă  sa gĂ©nĂ©rositĂ© et sa fidĂ©litĂ© en amitiĂ©. Plusieurs parties composent le livre (très très rĂ©sumĂ©es en fin de chronique).

Cette biographie se lit comme un roman, le texte Ă©crit dans un style agrĂ©able et fluide est agrĂ©mentĂ© d’une mine d’informations. Chaque titre de chanson est resituĂ© et expliquĂ© dans son contexte appuyĂ© d’une photographie (noir et blanc) de la pochette de l’album du disque elle-mĂŞme commentĂ©e. Les paroles les plus retentissantes sont retranscrites en V.O. et traduites !

 

UNE BIOGRAPHIE EXTRA-ORDINAIRE

Cette biographie chronologique de Franck Sinatra dĂ©taille avec objectivitĂ© tous les aspects de la vie de ce chanteur-acteur-politique-ami-animateur tĂ©lĂ©- mari-père hors-norme qui a presque vĂ©cu l’intĂ©gralitĂ© du XXe siècle. Une carrière menĂ©e avec des hauts et des bas, des très hauts et des très bas qui ascène le lecteur d’optimisme. Une ode Ă  la vie. Il est dommage que la mĂ©moire collective retienne surtout de lui ses accointances avec le milieu mafieux (Cf. Le Parrain), car avant tout, Franck Sinatra symbolise la rĂ©ussite possible offerte Ă  ceux qui foulent le sol amĂ©ricain. Son succès musical et cinĂ©matographique illustre le rĂŞve amĂ©ricain rendu possible Ă  un immigrĂ© italien qui a sĂ©duit les plus belles femmes et cĂ´toyĂ© les « grands » son Ă©poque.

À titre d’exemple, voici une liste des « people » mentionnés qui égrènent les pages… 

quelques people mentionnés le long du roman

Bing Crosby, Andrews Sisters, Rudy VallĂ©e, Dean Martin, Tommy Dorsey, Jimmy Dorsey, Glenn Miller, Sy Oliver, Bob Chester, Dick Haymes, Harry James (trompettiste), Artie Shaw, Connie Haines, Michèle Morgan et Jack Haley (comĂ©die musicale), J. Stewart, C. Gable, G. Rogers, O. Welles, Sammy Davis Jr, D. Ellington, J. Garland, Earl Robinson, Lewis Allan, Benny Goldman. H. Bogart. G. Kelly, C. Chaplin, Rita Hayworth, Frankie Laine, Marty Maxwell, Burt Lancaster, Deborah Kerr, M. Clift, F. Coppola, Nelson Riddle, Charlie Chaplin, Patti Page, Arnold Arles, Mitch Miller, Nat King Cole, Ray Charles Singers, Jackie Gleason, Doris Day, Shirley MacLaine, Dean Martin, James Dean, Lauren Bacall, E. Borgnine, Marlon Brando, Joe diMaggio, Billy May, Xavier Cugat, Django Reinhart, A. Barroso, Tom Adain, Matt Dennis, Jimmy Van Heusen, Sammy Cahn, J. Curtis, N. Wood, Joe F. Lewis, Kim Novak, Zsa Zsa Gabor, G. Cooper, Joe Bishop, Judith Campbell, E. Presley, Joe Bishop, Judith Campbell, Gordon Jenkins, Count Basie, S. Distel, Tonny Bennett, LĂ©onard Bernstein, Sarah Vaughan, Paul Anka, G. Becaud, Petila Clark, Sonny et Cher, Jacques Demi, Michel Legrand, Lizzie Minelli, G. Harrison , Antonio Carlos Jobim , Simon & Garfinkel, …

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Impossible Ă  rĂ©sumer tellement cette vie est riche d’engagements, de rencontres, d’amitiĂ©s, d’amours mais aussi d’ingratitudes, de faiblesses, et de dĂ©ceptions. Mon unique conseil : LISEZ-LE, que vous aimiez ou pas Sinatra. Il fait partie de l’histoire, des histoires.

HOMME DU PEUPLE DEVENU PEOPLE

L’ouvrage donne un éclairage complet et sans complaisance sur Sinatra et son entourage, le tout replacé dans son contexte social, économique et politique. Ce n’est pas mon oreille musicale profane en matière de jazz, ou big band, qui m’a incitée à le lire, mais plus mon intérêt pour l’homme réputé pour son caractère et son parcours de réussite. Mes attentes ont été très satisfaites car sa vie croise celles d’autres artistes et célébrités, resitués dans l’Histoire.

IntĂ©ressĂ© par la vie politique, F. Sinatra, dĂ©mocrate convaincu comme sa mère Dolly, ancienne « suffragette » soutiendra des hommes politiques. Il s’investira lui-mĂŞme comme un acteur de la sociĂ©tĂ© en dĂ©fendant toute sa vie des causes anti-racistes contre l’antisĂ©mitisme et antisĂ©grĂ©gationnistes. Puis il Ă©voluera avec le rĂ©publicain Reagan avec l’espoir de pouvoir l’influencer avec ses idĂ©es. Sans hĂ©siter Ă  faire des concerts au profit d’œuvre caritatifs il n’a jamais lĂ©sinĂ© sur les moyens afin de les produire. On peut conclure que la gĂ©nĂ©rositĂ©, sa principale qualitĂ© compense son cĂ´tĂ© violent très bagarreur.

TELEVISION, CHANSONS ET FILMS

 

Beaucoup de musiciens ont influencĂ© son champ musical, d’autres ont collaborĂ© avec lui, et certains lui ont « volĂ© » la vedette. Certes, j’avoue avoir nĂ©gligĂ© beaucoup d’informations musicales compte tenu de ma mĂ©diocritĂ© culturelle sur ce thème. Mais ce livre a Ă©tĂ© l’occasion de m’instruire. On a affaire ici, Ă  un vĂ©ritable registre de l’Histoire du Jazz, et autres styles sonores et musicaux diffĂ©rents (Rock, rumba, …). Ici, les mĂ©lomanes avertis seront comblĂ©s : chaque tranche vie de Franck Sinatra est dĂ©clinĂ©e Ă  travers sa discographie exhaustive, enregistrements ou concerts. Tous les trompettistes, bassistes, musiciens ou arrangeurs sont nommĂ©s pour leurs interventions selon les chansons ou morceaux. Et, mieux encore, beaucoup de paragraphes traitent de l’orchestration, de la temporisation, de l’impulsion du rythme… entre les cuivres, les voix, etc…des morceaux, chansons, ou reprises : prĂ©cisions techniques que les connaisseurs apprĂ©cieront certainement. Vous n’Ă©couterez pas Sinatra avec indiffĂ©rence, vous analyserez… :). De plus, Ă  de nombreuses reprises le biographe insiste sur les exercices du chanteur, pour amĂ©liorer sa voix, son phrasé… et explique leurs applications dans les chansons.

De même, sa filmographie est expliquée sans hypocrisie sur les succès ou navets dans lesquels Franck Sinatra a pu tourner. Cet âge d’or de l’industrie du film hollywoodien comment, pour quelques productions cinématographiques, l’acteur a dû composer et user d’influence pour jouer. Dans la même trame que pour les disques, l’envers du décor est détaillé autour des films cités. À chaque titre assorti de son pitch et des acteurs principaux, précise comment Sinatra a obtenu le rôle et conclu de son succès ou pas.

1915–1944 NAISSANCE D’UN CHANTEUR :

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En 1900 son grand-père arrive New York de Palerme. Un de ses 5 fils, Martino dit Marty (Boxeur) se marie avec Dolly, dĂ©brouillarde, elle n’hĂ©site pas Ă  ĂŞtre en cohĂ©rence avec ses idĂ©es loin des convenances (avorteuse). Son sens des affaires assortie d’un bon sens de la communication lui apporte des succès en affaire pour mettre sa famille Ă  l’abri du besoin. La famille habite les quartiers oĂą sont relĂ©guĂ©es diffĂ©rentes communautĂ©s (Italiens, Juifs, Irlandais, Noirs). L’Italie dans la conscience populaire l’image = immigration portĂ©e par les bolcheviques avec une classe ouvrière dangereuse, insurrectionnelle. 1915 : Naissance difficile de Franck (Francis Albert) oĂą les forceps lui laisse une cicatrice – Scarface.1920 : ArrivĂ©e de la prohibition. Les frères de Dolly s’accoquinent Ă  la mafia italienne sous les yeux Ă©bahis de Franck ado. MalgrĂ© le souhait de son père qu’il poursuive ses Ă©tudes, lui, ambitionne de travailler dans la musique ou la chanson. Il aspire Ă  devenir Quelqu’un. Alors il abandonne l’universitĂ© contre la promesse d’obtenir un vrai travail, mais il va les enchaĂ®ner. Dans les annĂ©es 30 Ă  17 ans il part pour New York. Sa mère lui achète le matĂ©riel ultra moderne : un micro. C’est le dĂ©but des crooners et des jeunes filles en transe dans les concerts. En 1935 : Rencontre avec Nancy. Il appartient Ă  un groupe et concoure Ă  une espèce de Voice ou de radio crochet. Le groupe va s’appeler Hoboken Four. LĂ , Sinatra se distingue et quitte le groupe pour revenir Ă  New York. 1939 rentre dans l’orchestre de Harry James. Sinatra s’y distingue, alors l’orchestre de T. Dorsey intraitable en affaires, l’embauche et le tient par un contrat. 1940 : Il fait partie d’émissions de tĂ©lĂ©vision et sur le cinĂ©ma. Son registre : chansons romantiques. Naissance de Nancy sa fille. 1942 : Enregistrement en solo. Cela envenime une brouille avec T. Dorsey qui voit d’un mauvais Ĺ“il l’envol de son protĂ©gĂ©. Pour s’en sĂ©parer, F.Sinatra doit engager H.Jaffre Et J. Stein (fondateur d’agence artistique liĂ©e Ă  la mafia qui surveille les clubs). ComĂ©die musicale « amour et Swing » et enregistre les V-Dics Ă  destination des troupes sur le front pour leur remonter le moral. 1944 : F. Sinatra touche 3000 $ par semaine pour Le Franck Sinatra Show (Paramount).

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1944-52 : NAISSANCE D’UNE STAR

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Oct. 44 : Succès – Broadway – commence Ă  dĂ©chainer les foules de jeunes filles en transe… Swoonatra (Swoon = dĂ©faillir). Il devient un sexe symbole de la gent fĂ©minine (80 % de son public) pendant que les hommes se battent sur le front. Il engage un nouvel agent George B. Evans. La famille s’installe en Californie. Naissance de Franklin Emmanuel. 45 : Élu« chanteur de l’annĂ©e ». Mais reproche de ne pas participer Ă  l’effort de guerre. Nouveau parolier : Sammy Cash. Nouvel agent : George B. Evans (qui sera son ange gardien dans bien des situations). Le FBI (sous Hoover) commence Ă  le « surveiller » vu sa popularitĂ© importante dans l’AmĂ©rique puritaine de l’époque, on l’associe au mal en puissance : le communisme. Frank Sinatra s’engage auprès de Roosevelt. Et ses idĂ©es incitent le FBI Ă  le surveiller. Succès de Voice of Frank Sinatra. En 1947 : Sa vie trĂ©pidante lui provoque un BURNOUT. Deux semaines après la mort d’Al Capone, son sĂ©jour Ă  la Havane intĂ©resse les journalistes. Dans ce paradis de la drogue, du jeu et de la Cosa Nostra, il y a une rĂ©union tous les cousins du parrain de la mafia. Frank Sinatra va dĂ©mentir cette amitiĂ© en prĂ©tendant y ĂŞtre venu animer mais ses accointances mafieuses seront quelque peu confirmĂ©es par ailleurs. 1947 : SĂ©rie de concerts caritatifs. La popularitĂ© de Frank Sinatra baisse : les jeunes filles qui l’idolâtraient ont grandi. L’ère du maccarthysme arrive alors certains artistes n’hĂ©sitent pas fuir les US pour l’Europe. Frank Sinatra s’affiche avec des maĂ®tresses, sĂ©paration d’avec Nancy. Tout le monde dĂ©sapprouve ses Ă©carts matrimoniaux : l’église, comme la mafia (la famille prime), comme ses producteurs par l’intermĂ©diaire de Mayer. La mafia met en application ses codes d’honneur, et hĂ©site pas Ă  se dĂ©barrasser des membres qui rompent l’omerta. 1950: Commission Kefauver (dĂ©putĂ©) met en lumière le pouvoir de la mafia. L’enquĂŞte va s’intĂ©resser de nouveau Ă  Sinatra. Page 209 : HĂ©morragie des muqueuses. ForcĂ© de stopper son activitĂ© pendant quelques temps. Relation avec sa maĂ®tresse Ava Gardner = amours tumultueuses, avec chantages au suicide de F. Sinatra. Il va finir par demander le divorce Ă  Nancy pour se remarier avec A. Gardner (1951). 1952. TraversĂ©e du dĂ©sert = Ni tĂ©lĂ©, ni cinĂ©ma, ni enregistrement (ou si peu) et considère avec dĂ©sinvolture les Ă©missions qu’il anime + Colombia ne lui renouvelle pas son contrat provoque une vĂ©ritable tentative de suicide.

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52–65 : RENAISSANTE D’UNE STAR

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Grâce Ă  A. Gardner : « Tant qu’il y aura des hommes » – Oscar. En 1953 : divorce. Tentative de suicide. Il reprend la musique – nouvel essor avec un nouveau style. Succès – Installation Ă  Beverly Hills oĂą il profite de la vie avec ses amis et voisins L. Bacall et H. Boggart. Constitution avec ses amis d’Hollywood de « Rat Pack », un groupe amical qui se dĂ©fend des malversations de la presse – Aversion de F. Sinatra pour les paparazzis mais dĂ©vouĂ© pour ses amis. 1957 : dĂ©cès de Bogart. Avènement du rock’n’roll Ă  laquelle il doit faire face. 59 : Kennedy rentre en campagne. CinĂ©ma : « Ocean’s Eleven ». Le Summit sera un emblème oĂą se produit chaque soir un spectacle improvisation des Rat Pack (D. Martini, Sammy Davis Jr, F. Sintatra) avec des blagues douteuses, misogynes et racistes dans une « AmĂ©rique puritaine pĂ©trie de contradictions ». SInatra essaie de faire Ă©voluer les règles sĂ©grĂ©gationnistes des casinos… S’engage en politique aux cĂ´tĂ© de Kennedy, heureux de ce soutien – chanson de la campagne officieuse.

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1961–1971 : NAISSANCE D’UN MYTHE

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Son propre label : reprise Records. Le clan Kennedy le désavoue compte tenu de ses relations sulfureuses avec la mafia. Sinatra enregistre ses vieux tubes, reprend des comédies musicales. Son caractère impatient se limite à une seule prise pour enregistrer ses chansons. Le succès baisse : musicale, films, bides commerciaux. L’État sous l’égide de Bobby Kennedy lance une politique contre le crime organisé. Le FBI s’intéresse à Gianciana un mafieux ami dé Sinatra. Mais Frank Sinatra s’intéresse à une nouvelle cause : l’enfance (les orphelinats) pour lequel il fait des concerts pour rechercher des fonds. Il parcourt ainsi le monde où il finance des concerts à ses propres frais avec les meilleurs musiciens qu’il puisse trouver. Il fait quelques albums instrumentaux. 62: Épisode de sa propriété Cal-Neva Lodge où son ami Giancana actionnaire. Il devra vendre les lieux, sous pression de la politique contre le crime organisé. Enregistre un album avec Count Basie : cela consacre sa carrière. Enlèvement de son fils en février contre rançon. 1967 : mariage avec Mia Farrow dont il divorce quelques mois plus tard. Se sent vieillir, et le vit mal. « Stanger In The Night » et My way » : le relancent. 1967 : tube avec sa fille. Album de la 5th Dimension. Avènement des Beatles, Rolling Stones, Doors. F.Sinatra disparaît des ondes. 1968 : « 1970 : film raté et disques aussi. 1971 : décide de stopper sa carrière, mais il assure des concerts caritatifs.

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1971- 98 : NAISSANCE D’UNE LEGENDE

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F. Sinatra soutient Reagan et Nixon. Espère leur faire admettre ses idĂ©es. change le registre de ses Ĺ“uvres et choisit des femmes plus matures. 1976 : Épouse Barbara. Il obtient de multiples rĂ©compenses et marques de reconnaissance mondiales, et mĂŞme des prix universitaires. Reconnu par les dirigeants Us et Ă©trangers (J. Chirac). 1980 : cirrhose l’atteint. Jusqu’en 1988 dĂ©clin, mais en 1988 : TournĂ©e Ă©norme mondiale avec le Together Again Tour/ tournĂ©e avec Dean et Sammy mais bientĂ´t Liza Minelli remplacera Dean. Continue d’enregistrer et accepte peu Ă  peu le rock’n’roll… Meurt en 98 quand il a dĂ©jĂ  enterrĂ© ses meilleurs amis.

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