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 💜💜💜💜 SUR MA PEAU de Gillian Flynn

Quatrième de couverture

Livre de Poche
2011
380 p.
La ville de Wind Gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà, l’été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée…
Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l’affaire. Elle-même a grandi à Wind Gap. Mais pour Camille, retourner à Wind Gap, c’est réveiller de douloureux souvenirs.
A l’adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, Camille a gravé sur sa peau les souffrances qu’elle n’a pu exprimer. Son corps n’est qu’un entrelacs de cicatrices…
On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu’elle doit puiser en elle la force d’affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité…

MON AVIS

L’intrigue d’un serial killer qui s’en prend à des petites filles dans une petite bourgade est un thème assez récurrent. Ici, le récit de Camille, notre héroïne journaliste, revenue dans sa ville natale pour écrire un article commandé par son journal Le Daily Chicago Post est aussi une manière d’approcher le sujet assez rabattu. L’auteure a pris le risque d’une originalité faiblarde mais s’en est très bien sortie grâce à son écriture fluide, et un panel de personnages crédibles et une chute glaçante. En introduisant le lecteur au milieu d’une petite ville un peu « sclérosée » du Missouri aux États-Unis, ce livre choral imposait une fresque de personnages tous différents et typiques mais réaliste : pari réussi. De plus, elle a su agrémenté l’autodérision de l’héroïne sans abuser d’un humour caustique qui pointe çà et là à côté de crimes macabres et d’une ambiance générale malsaine.

UNE RÉSILIENTE REVIENT PARMI LES SIENS

L’univers familial de Camille notre héroïne nous laisse mal à l’aise. On comprend vite pourquoi elle a quitté pour ne pas dire le fuir cette famille. Hormis, son statut social privilégié, cette famille recomposée doit aussi assumer un passé complexe. Camille s’est sortie de ce triste tableau : Un père inconnu, un beau-père Allan sympathique mais distant, Marian une demi-sœur décédée très jeune, Amma une jeune demi-sœur infecte et capricieuse. Et au centre : Adora sa mère, une personnalité si forte qu’elle étouffe tout le monde.

Alors, même si on devine Camille jolie fille, ses traits marquent une souffrance… Et quelle souffrance ! Sa sœur qu’elle adorait, est décédée quand elle était enfant ; s’en est suivie la souffrance psychologique de cette perte pour elle et ses parents. Son mal-être traduit à travers ses scarifications s’explique tout à fait.

Le retour de Camille au pays, dans un cadre qu’elle a fui est touchant et amusant. Son analyse de ses anciennes fréquentations fait sourire, et c’est une bonne idée de l’auteur lui ayant attribué un compère (le policier Richard) pour écrire son article lié à l’enquête…

UNE CERTAINE IDÉE DE L’AMOUR MATERNEL

La puissance d’Adora sur tous les membres de la famille suggère des traumatismes psychologiques induits à ses filles. Les possibles séquelles psychologiques et physiques s’illustrent avec le poids de l’éducation. Intéressant d’observer la reproduction inconsciente et involontaire de notre schéma familial. L’intégralité du comportement d’Adora, ses attitudes et ses réactions participent à la détestation qu’elle inspire au lecteur, et à lui seul, car il bénéficie du regard de Camille qui a pris du recul et s’en méfie. L’absence d’amour avoué entre elles deux surprend, mais s’explique. A contrario, aux yeux de la communauté de Wing Gap, cette femme dominatrice apparaît comme une généreuse notable bienfaitrice qui sait se faire respecter et appréciée.

LA DÉTESTABLE DEMI-SŒUR

Amma représente le pire d’une fratrie dans une famille. On éprouve immédiatement de la compassion pour Camille de devoir supporter une demi-sœur de cette trempe. Elle perturbe aussi le lecteur, car sa personnalité est très contradictoire. Cette rebelle, la plus populaire du collège est aussi une terreur, une harpie à la fois crainte et adulée par ses copines. Une ado pourrie, gâtée, et qui du haut ses treize ans maîtrise déjà l’art de manipuler les adultes. À la maison, son loisir de construire des maisons de poupées se combine mal avec sa familiarisation sur le sexe, alcool et drogue. Mais la complexité et la perversité du personnage reste crédible compte tenu de son environnement maternel opprimant qui va susciter l’attention de Camille et notre compassion.

L’excellence du livre m’a réconciliée avec l’auteure qui ne m’avait convaincue que moyennement avec 👉📖 LES APPARENCES (cf. chronique). Ici, les personnages aux multiples facettes mais totalement cohérents dans une petite bourgade américaine assurent une intrigue captivante. Une fin à faire grincer les dents.

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