Chroniques régulières sur des livres, présentations de nouveaux auteurs

đź’śđź’śđź’śđź’śđź’śDERRIERE LA HAINE de Barbara Abel

Résumé

Pocket
2013
350 p.
France dans un banlieue pavillonnaire.
Laetitia et David Brunelle entretiennent d’excellentes relations avec leurs voisins mitoyens Tiphaine et Sylvain Geniot, à tel point qu’ils sont devenus amis. Sans cesse réunis chez les uns ou chez les autres, leur  groupe s’apparente presque à un noyau familial reconstitué. En plus, leurs enfants, élevés ensemble depuis leur naissance, Milo Brunelle et Max Geniot, semblent aussi inséparables que deux frères.
Mais une dramatique imprudence de l’un des enfants va dĂ©sĂ©quilibrer l’harmonie entre les deux familles. L’amitiĂ© que les couples pensaient indĂ©fectible va glisser vers de nouveaux sentiments de part et d’autre de la haie qui sĂ©pare leurs foyers.

Mon avis

Le thriller domestique, ce genre que j’apprécie beaucoup est particulièrement bien traité ici par Barbara Abel. Je comprends l’engouement que cette auteure suscite auprès d’un lectorat avide de suspense et d’intrigue psychologiques. Si par hasard vous trouvez que ma chronique spolie trop l’intrigue, et bien, détrompez-vous : ce livre vous captivera jusqu’à la fin, et vous resterez sans voix lorsque vous le refermerez.

Amis pour la vie, Ă  la mort

Ici, on sent dès le dĂ©part que tout est trop beau pour durer. Ă€ l’ambiance rose d’une vie rĂ©glĂ©e comme du papier Ă  musique, on devine quelques fausses notes Ă  venir. Qui n’a jamais connu ce genre de relation exclusive avec cette sensation d’envahissement ? Car avec l’amitiĂ© fusionnelle oĂą l’on partage tout, laisse trop peu d’espace au jardin secret. Pourtant, on dit que c’est un mal nĂ©cessaire dans les liens sociaux ou affectifs. Ainsi, ici, le voisinage se confond avec une amitiĂ© gagnĂ©e par l’opportunitĂ© d’une proximitĂ©. Or, cette promiscuitĂ© extrĂŞme, parce qu’un peu invasive, comme semble la redouter David, rassure les autres protagonistes. D’ailleurs, cette tragĂ©die va en rĂ©vĂ©ler les dangers possibles.

Et B. Abel a parfaitement illustré le leurre d’une amitié quasi familiale. Un grain de sable dramatique va faire germer des sentiments perfides avec des plans diaboliques. L’insupportable disparition brutale d’un être décuple l’imagination pour des actes non commis par perversion, mais juste motivés pour combler le manque.

Tout en crescendo et avec logique, chacun évolue dans la torpeur, et nourrira des émotions différentes en gradation selon les évènements. Le lecteur appréciera la cohérence des transitions dans le deuil, et de la réactivité des uns et des autres. Même les attitudes des personnages secondaires sont adaptées à la réalité exposée devant eux.

La suggestion d’une faille au sein du couple composé par Sylvain et Tiphaine va révéler les prémices d’un problème. Et en effet, les secrets enfouis par Sylvain l’enchaîneront dans une dégringolade machiavélique. On ne comprend pas tout de suite le lien de sa faute de jeunesse avec le présent, mais elle conditionnera peut-être sa complicité conjugale et meurtrière.

Spectateur impuissant de la souffrance des deux mères qui rĂ©agissent comme elles peuvent, la fin bluffera le lecteur avec une sensation de malaise. J’ai admirĂ© l’articulation du rĂ©cit tout Ă  fait crĂ©dible avec le mĂ©canisme de dĂ©fense psychologique de Tiphaine, qu’on parvient presque Ă  excuser – jusqu’à un certain stade quand mĂŞme-. Quant Ă  l’attention et la bienveillance constantes de Laetitia, elles nous touchent aussi. Difficile d’imaginer susciter de la rancĹ“ur, de la colère, et de jalousie quand on agit de bonne foi.

À lire absolument ! Un coup de coeur pour moi même si ce n’est pas une nouveauté (du coup, sorti en poche).