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💙💙💙L’ELEGANCE DU HERISSON de Muriel Barbery

RÉSUMÉ

Gallimard/Folio
03/2015
415 p.

RenĂ©e Michel 54 ans, vit seule depuis le dĂ©cès de son mari, dans sa loge de concierge d’un immeuble parisien. Depuis plus de 30 ans elle y assume son service auprès des habitants, des notables bourgeois bien Ă©tablis. Et grâce Ă  sa soif de connaissance, RenĂ© s’Ă©vade moralement de sa condition avec les livres, s’enivre de musique classique et se rĂ©fugie dans les musĂ©es oĂą elle se dĂ©lecte de toiles. Loin de la caricature de la concierge typique, son goĂ»t pour la discrĂ©tion et sa modestie ne dĂ©trompent pas l’idĂ©e que se font d’elle les habitants de l’immeuble. Pourtant, sa subtilitĂ© n’Ă©chappera pas Ă  ses amis : Manuela, M. Uso un japonais, et la jeune Paloma, fille d’un parlementaire habitant l’immeuble.
Dans l’antre de sa loge, les affinitĂ©s mĂ©langĂ©es influenceront la conception de leur vie et leur destinĂ©e…

MON AVIS

La narration de Renée s’alterne avec celle de Paloma, une enfant de 10 ans intellectuellement précoce qui porte un regard éclairé et caustique sur sa famille. Comme Paloma, Renée observe l’attitude de ces bourgeois respectables, des politiciens socialistes — la gauche caviar — qui prônent l’égalité et la fraternité. Mais sa considération vis-à-vis de ses contemporains de classes sociales différentes, la mère de Paloma marque néanmoins une séparation. Ce que dénoncent surtout Renée et Paloma dans leur récit, c’est l’hypocrisie de ces bien-pensants qui prônent générosité et l’égalité mais qui entretiennent les barrières sociales : l’exemple de mère de Paloma avec sa femme de ménage et le comportement de Colombe, au look hippie, mais quand même si profondément conformiste.

Dans le roman de la bienveillance, l’amitié ignore la logique sociale. L’appartenance à un même microcosme détermine des codes de conduite qui dictent les relations et les affinités.

Voici une lecture qui oxygène nos certitudes et nos habitudes. Elle ouvre des perspectives enrichissantes de faire fi de nos prĂ©jugĂ©s sur les ĂŞtres qui nous entourent. Quand la facilitĂ© d’Ă©tiqueter les personnes selon leur profession ou leur allure affichĂ©e, « L’habit ne fait pas le moine » prend toute sa valeur.

Avec finesse et sans ostentation

L’Ă©rudition de RenĂ©e et Paloma, leur point commun, est un secret qu’elles tiennent Ă  garder.

Les réflexions de Renée, notre concierge très attachante, offrent une parenthèse de philosophie apaisante au milieu des tensions environnantes. Elle observe sans animosité et dénonce tout en douceur avec beaucoup de recul, la sociologie qui se dessine autour d’elle. Des groupes sociaux composant la population de son immeuble, on en déduit des attitudes culturelles. Son acceptation ou résignation d’un fait établi de deux mondes opposés fait qu’elle ne juge pas. Elle constate avec simplicité la frontière de ces personnages qui se côtoient sans jamais se croiser.

L’approche humaine et l’univers culturel de RenĂ©e la sauvent des banalitĂ©s de la vie et de ses souffrances passĂ©es. Les rĂ©fĂ©rences culturelles et son approche philosophique ponctuent le rĂ©cit par touches lĂ©gères. Ainsi, le nom d’auteurs, compositeurs, musiciens ou peintres vont inciteront peut-ĂŞtre Ă  revisiter vos classiques 🙂. Dans ce dĂ©dale culturel, l’auteure a Ă©tĂ© attentive Ă  ne pas confondre savoir et penser. Aux lectures et connaissances de RenĂ©e s’ajoute son intelligence de coeur. Sa philosophie et son empathie intègrent sa façon de penser, comme pour son petit groupe d’amis. L’Ĺ“il nippon de M. Osaka l’a bien perçu : on ne voit bien qu’avec le coeur.

Les yeux d’enfants de Paloma traduisent dans un vocabulaire non puéril son sentiment d’incompréhension et son point de vue sur les adultes. Mais son intelligence dépasse leur réflexion, d’où son désespoir de vieillir puisqu’elle a décidé de disparaitre le jour de son anniversaire afin d’éviter l’écueil de la maturité adulte ! Le choix judicieux de ce biais par l’auteure permet de décliner une vision différente de celle de Renée.

L’intrusion d’une autre culture

Les échanges au sein de cet immeuble se déroulent en finesse et l’arrivée de M. Ozu va ébranler la quiétude de Renée dans son immeuble. Loin des préjugés, il considère la concierge pour sa personnalité et non sa situation sociale ; il entrevoit et surtout prône le postulat d’une possible l’amitié entre eux voire plus.

La recherche intellectuelle de Renée lui confère une grande sérénité à laquelle son ami japonais adhère. Il révoque le déterminisme qui a forgé le caractère de Renée. Paloma du haut de ses 10 ans nourrit la même philosophie.

Bonne lecture !


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