Des chroniques régulières pour partager des livres, et faire connaître de nouveaux auteurs

💚💚💚💚 LES JOURS AIMES d’Anne-Sophie Faivre Le cadre

RÉSUMÉ 

Anne Carrière
07/05/2020
190 p.
Constance, jeune journaliste au Sénégal vient passer quelques jours dans la banlieue d’Anger chez sa grand-mère de 94 ans réjouie de cette visite.
Dans le passé pour soulager les parents accaparés dans leurs responsabilités de hauts-fonctionnaires, la nonagénaire s’était beaucoup occupée de Constance. Pendant son enfance et à l’adolescence, l’investissement de cette grand-mère au fort tempérament a permis de façonner une relation privilégiée entre elles. D’ailleurs  leur complicité et cet amour basé sur la confiance vont couvrir les goûts fantasques de Constance grâce à un soutien indéfectible, inconditionnel vis-à-vis de ses parents.
Cependant, les années passant, la vie de jeune adulte et la distance géographique ont émoussé la fréquence des liens réduits à quelques communications téléphoniques de plus en plus rares.
Aujourd’hui les souvenirs de Constance la culpabilisent de savoir la vieille femme au crépuscule de la vie se débrouiller seule chez elle. Comment va-t-elle gérer la situation ?

MON AVIS

Un grand merci aux éditions Anne Carrère et site Babelio pour leur opération Masse Critique, et la découverte de ce premier roman d’une jeune auteure prometteuse. Certes le journalisme l’a aguerrie à l’écriture fluide, mais elle a su transmettre émotion et vision sociétale par le biais de cette biographie impartiale. Au cours d’un séjour chez sa grand-mère, des flashbacks sur sa courte vie (elle n’a que 27 ans) ponctués de son histoire familiale assouplissent la forme trop linéaire d’une biographie chronologique. Ainsi, le rythme agréable fait jongler le présent avec le passé familial et personnel de l’auteure. On apprend à connaître cette grand-mère aujourd’hui vieillissante, mais riche d’une histoire familiale transmise à Constance qui a su si bien nous la retranscrire. Voici un partage de deux personnalités fortes qui se comprennent.

La mauvaise conscience de Constance est on ne peut plus compréhensible : la remarquable dévotion de sa grand-mère met en relief son ingratitude sous-jacente à la vie qu’elle mène aujourd’hui. Le contraste des engagements de part et d’autre sont pourtant vraiment humains et généreux, ils transposent les préoccupations des âges de la vie. J’ai été assez surprise de l’écriture et de la vision de l’auteure quand on regarde son jeune âge, j’ai perçu beaucoup de maturité dans ses réflexions et dans sa prise de recul vis-à-vis de son histoire familiale.

De nombreux thèmes évoqués :

On peut qualifier le roman régional, il se passe dans la région d’Angers avec une description de population, son évolution et plus particulièrement celle de la bourgeoisie de province, dans une famille typiquement française mais pourtant originale.

L’adoption dans toutes ses formes :  j’insiste sur celle de Pierre-Marie particulièrement touchante.

Révolution dans les années 80, l’émancipation des femmes passe aussi par la cuisine : sa mère et sa grand-mère dégagées de cette obligation de « faire à manger », elles apprécient les plats industriels et ne complexent pas de les servir alors leurs enfants. Une certaine vision sociétale remise en question aujourd’hui par le « fait-maison » très tendance.

Un divorce tardif à l’initiative du père, une rupture familiale qui survient parce que celui-ci se « réalise enfin » avec une autre femme, il peut jouir de la vie sans les entraves d’une famille.

Une biographie très agréable non dépourvue d’humour avec un regard affuté sur la société et la vie parvient à faire réfléchir le lecteur sur ses propres agissements. Je défie les lecteurs de ne pas être tentés de lire ces lignes sans penser à son vécu aux périodes citées. Ce livre parlera à tous, quel que soit le ferment familial avec lequel il s’est construit.

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